12/24/2006

C'est fini

Et voilà, les chapitres 11, 12 et 13 ainsi que l'épilogue de Stigmates sont en ligne. Vous trouverez les chapitres aux endroits suivants:
Ça m'a fait beaucoup de bien de revisiter ces personnages. Je m'étais fortement attaché à Caroline et Mélissa pendant l'écriture et c'est bien sympathique de les retrouver après toutes ces années. Maintenant, je me demande bien ce qui leur est arrivé après les évènements de Stigmates...

Vous trouvez peut-être étrange que moi, l'auteur, ne sache pas ce qui leur arrive après l'épilogue. La raison est bien simple: pendant l'écriture, les personnages ont pris vie devant mes yeux. Alors que j'avais un plan précis pour eux, ils me surprenaient souvent à faire des choses auxquelles je ne m'attendais pas. C'est comme si je n'étais plus en contrôle et que quelqu'un (Caroline? Mélissa?) me soufflait l'histoire dans mon oreille. Depuis la fin de Stigmates, la petite voix s'est tue et je ne connais pas plus le sort ultime de Caroline que vous.

Un jour, ça me plairait de retourner fourrer mon nez dans les affaires de Caro et Mél, mais qui sait ce qui j'y trouverais? Le plus probable, c'est qu'il n'y aurait plus rien d'intéressant à raconter. Mais je peux me tromper. Seul l'avenir nous le dira!

~Marc

Stigmates: épilogue

– Appelle-nous quand ce sera terminé.

– D’accord, maman, répondit Caroline d’une faible voix.

Sa mère déposa un baiser sur son front et Caroline sortit de la voiture. Elle regarda tristement sa mère s’éloigner.

L’hiver avait enfin levé l’interminable siège de la ville. Quelques flocons de neige agonisaient au sol. Le soleil ne démontrait aucune pitié à l’égard de ceux qui l’avaient défié pendant près de cinq mois. Les oiseaux gazouillaient allègrement, soulignant à la fois le triomphe du soleil et le renouveau. Le vent caressait le visage de Caroline.

L’adolescente fit quelques pas vers le menaçant édifice vitré qui s’élevait vers le ciel parsemé de nuages, puis elle s’arrêta.

Les souvenirs des semaines précédentes lui revinrent : son séjour à l’hôpital, la visite de ses amies, l’accablement de ses parents à la découverte de ses habitudes autodestructrices et de ses ignobles cicatrices et les interminables discussions avec ceux-ci.

Après s’être coupé le poignet, son corps était entré dans ce que les médecins appellent un état de choc physiologique. Ses parents avaient appelé l’ambulance et on l’avait transportée à l’hôpital. En premier lieu, ses parents avaient cru qu’elle avait tenté de se suicider. Toutefois, les nombreuses cicatrices qui « ornaient » ses bras les convainquirent qu’il s’agissait de quelque chose de tout à fait différent. Les médecins suggérèrent la thérapie. La suite avait été horrible. Caroline avait dû faire face aux incessants questionnements de ses parents et à leurs reproches. Si Mélissa ne l’avait pas soutenue, elle aurait probablement été incapable de traverser cette pénible étape de sa vie.

Heureusement, Mélissa était venue la visiter dès son retour à la maison.



– Je peux entrer?

Caroline garda le silence.

Mélissa s’avança lentement. Ses yeux verts cherchaient son amie dans la noirceur de la pièce.

– Et si tu allumais ta lampe de chevet?

Caroline s’exécuta.

– Ah! Te voilà…

Mélissa s’assit près de Caroline sur le lit. Cette dernière fuyait le regard de Mélissa.

– Caro. Ma chère Caro. Tu vas mieux? Comme j’ai mal fait de te quitter vendredi. J’aurais dû rester avec toi. Si j’avais su…

Mélissa soupira. Caroline ne souffla mot.

– Si tu savais combien j’ai eu peur pour toi, Caro. J’ai craint pour ta vie. Je croyais que tu avais décidé de tous nous abandonner.

Sans crier gare, Caroline se mit à pleurer à chaudes larmes et se jeta dans les bras de son amie.

– Je suis tellement tannée! Je suis folle… J’ai déçu mes parents… Je ne vaux rien! Je me dégoûte! Oh! Mélissa, qu’est-ce que je peux faire?

Les larmes de douleur, de souffrances et de désespoir que Caroline avait si longtemps retenues coulaient enfin le long de ses joues.

Mélissa la berça dans ses bras en lui murmurant de douces paroles, la consolant du mieux qu’elle le pouvait. De longues minutes passèrent ainsi.

Finalement, Mélissa dut quitter son amie. Avant de partir, elle lui glissa ces mots à l’oreille :

– Sache, Caro, que je serai toujours là pour toi. Toujours. Je sais que c’est difficile de me croire. Tu es très craintive à propos de tes relations interpersonnelles, mais je suis sincère. Je suis certaine que quelque part dans ton cœur, tu le sais que je le suis et que tu me fais confiance.



Caroline secoua la tête et s’avança prudemment. Elle s’arrêta à nouveau.

Elle avait tant appris depuis qu’elle avait déménagé dans cette région. Malgré la souffrance que certains événements reliés à ses nouvelles amies lui avaient causé, elle retirait d’importantes leçons de ses expériences. Par exemple, comment pouvait-elle oublier l’épisode enivrant de la discothèque? Elle était désormais certaine qu’elle y avait découvert une nouvelle partie d’elle-même, un côté normal et merveilleux. Ces derniers jours, elle s’était accrochée à cette idée qui nourrissait l’espoir de la guérison chez elle.

C’est ainsi qu’elle reprit sa marche vers l’édifice.

Bien entendu, elle était terrifiée de ce qui l’attendait à l’intérieur. Ses parents l’avait forcée à venir ici après tout. Néanmoins, la partie d’elle-même qu’elle avait découverte à la discothèque laissa échapper un soupir de soulagement.

Elle était de plus en plus près de l’édifice.

Évidemment, la partie sombre d’elle-même ne se laisserait pas faire. Bientôt, elle serait en territoire inconnu et hostile.

Elle était arrivée à la hauteur des portes.

Caroline jeta un coup d’œil par dessus l’épaule. Elle aurait souhaité apercevoir Mélissa l’encourageant du regard à aller de l’avant. Elle se cambra et étudia les lettres moulées blanches inscrites sur la porte de droite : « Docteur Philippe Martineau, psychothérapeute ».
Puis, prenant son courage à deux mains, elle poussa les portes de l’édifice qui représentait à la fois ses plus grands espoirs et ses plus grandes peurs et se tourna vers une nouvelle étape de sa vie.

Stigmates: chapitre 13

– Hmm… Tu ne t’es pas manquée cette fois-là. Qu’est-ce qu’il y avait?

Caroline se mordait la lèvre. Elle haussa les épaules, en évitant le regard de Mélissa.

– J’sais pas, murmura-t-elle d’une voix monotone.

Mélissa inclina la tête de côté et leva les yeux des cicatrices de son amie. Elle la regarda tendrement.

– Tu sais que tu n’as pas à t’en vouloir, commença doucement Mélissa, même si tu t’es coupée. C’est normal. Tu ne peux pas arrêter du jour au lendemain. Et même si tu pouvais, je ne voudrais pas que tu le fasses car tu n’aurais plus le moyen de vivre avec tes émotions.

Caroline hocha la tête imperceptiblement tandis que Mélissa repansait soigneusement sa plaie. L’adolescente se laissa faire, la figure vide d’émotion.

Une fois encore, elle ne savait quoi penser de ce qui s’était passé ces derniers jours. Après le recul que Mélissa avait pris, elle était maintenant plus près qu’elle ne l’avait jamais été. Son dégoût pour ses cicatrices semblait s’être volatilisé. Ainsi, Mélissa était redevenue l’amie merveilleuse qu’elle avait été dès le début de l’année scolaire et Caroline ne savait quoi faire de tout cela. Comment expliquer ce changement radical d’attitude? Caroline soupçonnait son amie de s’être informée auprès de quelque spécialiste de la santé. En effet, Mélissa avait progressivement commencé à lui parler de ce qu’elle vivait, de ce que les psychothérapeutes appelaient l’automutilation. Toutefois, Caroline n’écoutait toujours que distraitement. Elle ne se sentait pas assez forte pour entendre les choses que Mélissa tentait de lui dire. Cette dernière discernait le désintérêt de Caroline et se taisait.

C’est ainsi que Caroline acceptait machinalement l’attention que son amie lui portait. La possibilité d’un second rejet de la part de Mélissa terrifiait Caroline. Néanmoins, ainsi que paradoxalement, son amie la sécurisait.

– Je dois partir, maintenant, toutefois, si l’envie te reprend, tu m’appelles immédiatement, d’accord?

Mélissa prit gentiment la tête de Caroline entre ses mains et la tourna pour qu’elle la regarde dans les yeux.

– On s’entend, n’est-ce pas? Tu m’appelles si quelque chose ne va pas?

– D’accord, répondit Caroline faiblement. Je t’appelle.

Mélissa serra son amie fortement contre elle et la salua d’un ravissant sourire.

Caroline la reconduit jusqu’à la porte d’entrée. Elle observa son amie disparaître dans l’épais nuage de neige qui tourbillonnait de façon chaotique. La menaçante gueule de l’hiver sembla engloutir Mélissa.

La jeune fille se rendit au salon et s’assit près de la fenêtre. Pensive, elle appuya sa tête contre la surface froide et lisse de la vitre. Son père corrigeait consciencieusement des examens dans son petit cabinet de travail. Sa mère était plongée dans la lecture d’un livre d’Yves Beauchemin dans le grand fauteuil de cuir du salon. Le silence de la maison pesait lourdement sur Caroline. Trop lourdement.

La jeune fille se retira dans sa chambre en prenant bien soin de fermer la porte derrière elle. Elle se regarda dans le miroir et déboutonna sa blouse qu’elle laissa tomber par terre. Elle s’étudia longuement. Ses cicatrices étaient si laides, si répugnantes. Comment avait-elle pu en arriver jusque là? Quelle ratée elle était! Il lui semblait qu’aucune fois dans sa vie elle n’avait été capable d’accomplir correctement une tâche. Elle vivait continuellement échec après échec.

Tranquillement, calmement, son esprit quitta son corps. Elle s’empara de son précieux canif. Elle posa la lame inconsciemment à la hauteur de son poignet puis elle se coupa lentement, savourant la douleur qui la libérait de son malaise.

Une fois son rituel terminé, Caroline réalisa que quelque chose n’allait pas du tout. L’entaille était trop profonde, beaucoup trop profonde. Le sang coulait à profusion de sa plaie. Hâtivement, elle se rendit à la salle de bains et tenta vainement d’arrêter le saignement. L’inquiétude gagna rapidement Caroline. Sa fréquence cardiaque augmentait considérablement. Haletant, elle retourna dans sa chambre. La pièce se mit à tourner et Caroline chancela. Elle s’appuya contre sa table de chevet, étourdie, faible, nauséeuse. Son bras ne s’était toujours pas arrêter de saigner. Affolée, elle tituba jusqu’à la porte. Sa main ensanglantée glissa sur la poignée et l’adolescente s’écroula. Sa tête heurta violemment le mur.

Caroline entendit sa mère lui demander ce qui se passait. Elle la vit entrer et se mettre à crier hystériquement. Son père accourut et s’accroupit près d’elle. Tout tournait et s’assombrissait.

Ce fut une image de sa mère en pleurs et de son père se jetant sur le téléphone qu’elle apporta avec elle avant de sombrer dans le silence et la noirceur de l’inconscience.

Stigmates: chapitre 12

– C’est comme ça que j’ai appris plein de choses intéressantes sur des petits villages, comme Tweed en Ontario. On n’y pense pas souvent, mais…

Caroline poussa un profond soupir. Elle n’était présente que de corps et non d’esprit au cours d’histoire de monsieur Paradis. Les radotages amusants de cet enseignant pour le moins spécial ne suffisait plus pour retenir l’attention de la jeune fille. Depuis près de deux semaines déjà, Caroline était en proie à une sombre et profonde mélancolie. Elle avait échoué dans sa mission la plus importante : cacher son secret. Elle s’était trop attachée à Mélissa. C’était de sa propre faute si elle en souffrait maintenant.

Mélissa se tenait un peu plus à l’écart de Caroline. Quand elle lui parlait, Caroline devinait son malaise d’autant plus qu’elle avait très bien lu le dégoût dans le visage de son amie lorsque celle-ci avait regardé ses cicatrices. Et Caroline ne tentait pas de remédier à la situation. Maintenant que Mélissa savait qu’elle était folle, Caroline n’osait plus croiser son regard. Chaque fois qu’elle le faisait par inadvertance, elle croyait discerner la répulsion qu’elle provoquait chez Mélissa. La situation avait amené Caroline à se couper davantage ces temps-ci. Pour l’adolescente, ce signe de faiblesse évident de sa part alimentait ses sentiments de honte, de culpabilité et de colère malgré le fait qu’elle n’eût été capable de les nommer.

En plus, ces récents événements avaient soulevé chez la jeune fille une nouvelle vague d’anxiété ainsi que de nouveaux questionnements. En effet, la fréquence de ses crises s’était considérablement accrue depuis la rentrée scolaire. Caroline s’interrogeait sur les effets néfastes que cette augmentation pourrait entraîner chez elle. Néanmoins, elle ne pouvait rien y faire. Les bénéfices qu’elle retirait de sa pratique lui étaient vitaux.

Du coin de l’œil, l’adolescente aperçut Mélissa se lever afin d’aller tailler son crayon. Elle sentit le regard de cette dernière sur elle. Caroline garda les yeux fixés sur l’enseignant, bien qu’elle n’y portât aucunement attention, et se mordit la lèvre inférieure.
Mélissa. Caroline ressentit un vif pincement au cœur. D’un côté, Caroline avait toujours su que les liens qu’elle formait avec sa camarade de classe ne pouvaient que lui apporter malheur et souffrance. D’autre part, cette amitié avec Mélissa avait paru si sincère, si désirée de la part de cette dernière. Quant à Maria et Nadine, Caroline se tenait à l’écart d’elles aussi. Bien qu’elle ne s’en rendit pas compte, elle craignait beaucoup plus la déception et le rejet de leur part depuis que Mélissa avait découvert son secret.

Pourquoi n’avait-elle pas fermé la porte de sa chambre derrière elle ce soir-là? Habituellement, lorsqu’elle entrait en transe, elle demeurait assez consciente pour s’assurer que personne ne puisse la surprendre. Cette fois-là, tout était allé différemment. Pour toute explication, elle se dit qu’elle devenait de plus en plus folle. Elle sourit amèrement.



Monsieur Paradis parlait ; Mélissa n’entendait rien.

Elle avait toujours été une élève très attentive en classe, une élève de si bonne humeur. Pourtant, ces derniers jours, rien n’y faisait : elle n’arrivait tout simplement pas à se concentrer sur quoi que ce soit et son entrain habituel avait fondu comme de la neige sous un soleil d’été. Le fameux secret de Caroline la tourmentait. Elle avait tant cherché à le percer et maintenant qu’elle connaissait la vérité sur son amie, elle ne savait quoi faire. Elle était prise au dépourvu.

Mélissa s’était attendue à tout, absolument tout, sauf à… ça. Caroline se coupait… volontairement. Mélissa ne savait plus quoi penser. Malgré ce qu’elle avait dit à Éric, elle aurait préféré que Caroline se drogue ou, pis encore, qu’elle soit victime d’abus sexuel. Au moins dans ces cas, elle aurait pu s’en prendre à quelque chose ou quelqu’un. Mais non. Tout se jouait dans la tête de Caroline.

Mais pourquoi se blessait-elle? Pourquoi? Comment pouvait-elle supporter la douleur? Était-elle masochiste? Trop de questions demeuraient sans réponse dans l’esprit de Mélissa. Simultanément, elle rageait intérieurement contre son amie qui adoptait ce comportement incompréhensible et mourait d’inquiétude, de souci et de remords.

Mélissa, terriblement troublée, laissa échapper un juron sous son souffle. Elle avait promis à Caroline de garder son secret. Quelle erreur de sa part! Mélissa avait pu se restreindre de mentionner sa découverte à Maria et Nadine, mais Caroline se faisait de plus en plus distante. Mélissa aurait tant souhaité être plus près d’elle ces temps-ci, mais elle ne maîtrisait pas ses émotions par rapport à cette situation. C’était un terrain hostile et inconnu. Elle devait briser cette promesse idiote maintenant. Elle ne pourrait jamais aider Caroline sans aide extérieure. Et elle savait exactement à qui s’adresser afin d’obtenir l’aide nécessaire à Caroline et ainsi mieux comprendre ce dont son amie souffrait.



Éric se tenait la tête entre les deux mains plutôt par fatigue que par abattement.

– C’était donc ça. Caroline s’automutile.

Il secoua légèrement la tête.

– Pauvre fille, laissa-t-il échapper tristement.

Mélissa roula les yeux.

– Tu ne peux pas me dire quelque chose que je ne sache pas déjà? demanda-t-elle d’un ton brusque.

Son frère lui jeta un regard exaspéré.

– Tu sais que tu devras changer d’attitude par rapport à cette maladie? Car si tu te bornes à penser comme tu le fais présentement et à continuer à agir ainsi, t’es mieux de me laisser m’occuper de Caroline seul.

Mélissa poussa un long soupir en se laissant tomber à ses côtés. Elle passa sa main dans son épaisse chevelure et ferma les yeux.

– Je sais, je sais, commença-t-elle. C’est tellement dur de savoir que mon amie se fait mal comme ça. Je ne sais pas quoi faire ou quoi penser. Et je me sens mal d’avoir brisé ma promesse.

Le visage d’Éric se fit sympathisant.

– Je te comprends. C’est pour ça que je vais t’apprendre quelques petites notions de base par rapport à l’automutilation question de démystifier les choses. Bon, comme tout le monde se devrait de le savoir…

Stigmates: chapitre 11

Le soleil pointait à l’horizon, combattant vaillamment l’armée de nuages qui, quelques jours auparavant, avait entamé le siège de la ville. Cependant, il était beaucoup trop tôt et le soleil n’avait aucune chance de vaincre l’ennemi juré du peuple. Le soleil avait choyé les gens d’un été particulièrement chaud plus tôt cette année et sans doute avait-il épuisé ses énergies car ses tentatives à repousser les légions de flocons de neige qui campaient au sol furent vaines. Encore une fois, l’hiver triomphait. Ainsi, un vent nordique souffla sur la ville en guise de rappel que l’hiver lui tiendrait compagnie pour les quatre prochains mois.



Caroline se réveilla en frissonnant. Cet accueil glacial ne pouvait signifier qu’une seule chose : elle avait oublié de régler le chauffage avant de se coucher. Elle soupira et, prenant son courage à deux mains, sauta hors de son lit. Sans perdre un instant, elle enfila sa robe de chambre et marcha sur la pointe de ses pieds afin de leur épargner une torture oh! combien cruelle! Après avoir réglé le thermostat à son goût, elle regagna l’agréable chaleur de son lit. Elle contempla les différentes affiches apposées aux murs de sa chambre, mais son esprit était ailleurs.

Caroline tentait de faire le point sur sa relation avec ses amies. Leur faisait-elle confiance? Évidemment, non, car elle ne leur avait jamais soufflé mot à propos de ses habitudes autodestructrices. Elle redoutait toujours le rejet, l’inévitable rejet qui accompagnait toutes ses relations interpersonnelles. À la fin de chaque jour, elle était de plus en plus proche de ses amies et, par conséquent, la douleur qui serait associée à son rejet de la part de ses amies augmentait en proportion. Caroline ruminait cette pensée pessimiste depuis plusieurs semaines déjà. Que devait-elle y faire? L’adolescente se perdait dans ce dédale d’émotions qu’était devenu son cœur. N’était-elle pas maîtresse de son corps et de son esprit? C’était du moins ce qu’elle avait lu en quelque part. Pourtant, elle ne se sentait aucunement en contrôle de quoi que ce soit. La jeune fille secoua doucement la tête afin de remettre de l’ordre dans ses idées. Peine perdue. Ce fut la sonnerie de la porte d’entrée qui l’arracha à ses pensées.

Caroline se releva et, tout en attachant sa robe de chambre, descendit au rez-de-chaussée. Elle jeta un coup d’œil dans le judas de la porte pour apercevoir Mélissa qui sautillait sur place. Caroline ouvrit la porte.

– Good morning sunshine! Mélissa chanta d’une voix enjouée.

– Salut, Mél! Qu’est-ce que tu fais ici aussi tôt?

– À vrai dire, je ne sais pas. Je me suis levée et me suis dit : « Aujourd’hui, je m’en vais chez Caroline! » Alors, me voici! Ça ne te dérange pas? Puis, j’espère que je n’ai réveillé personne.

– Non, non, ça va. Mes parents sont partis pour la fin de semaine. C’est leur anniversaire de mariage demain…

– Oh! Monsieur et madame Lapointe sortent en amoureux, n’est-ce pas? J’en connais deux qui vont forniquer en fin de semaine…

– Mél, ce sont mes parents, tout de même! répondit Caro d’un ton vexé en aidant son amie à se défaire de son lourd manteau d’hiver.

– Oh! Caro! Il faut bien savoir taquiner les gens, même nos parents, dit Mélissa d’un ton rieur en délassant ses bottes.

– Je suppose que tu as raison, admit Caroline à contrecœur. Toutefois, laisse mes parents hors de tout cela.

– D’accord, d’accord, Miss On-ne-touche-pas-à-mes-parents! Chacun ses bébites après tout. Par exemple, moi, il ne faut pas passer de commentaire à propos de mes fesses!

– Quoi? Tes fesses?

– Oh! Ça remonte à ma jeunesse. C’était des farces que je faisais avec Éric. Enfin, c’est trop long à expliquer, mais ne passe pas de commentaire à propos de mes fesses.

– Est-ce que tu me niaises? demanda Caroline prudemment en conduisant Mélissa dans sa chambre.

– Non, je suis très sérieuse.

Mélissa paraissait en effet très sérieuse. Cependant, elle ne put réprimer son sourire très longtemps. Caroline sourit en retour.

– Ah! Enfin, je peux me remettre à l’étude de ton antre mystérieux! annonça Mélissa malicieusement.

– Attention, c’est en désordre puisque je viens de me lever, avertit Caroline.

– Désordre? Quel désordre? demanda Mélissa en examinant la chambre à coucher de son amie. Tout ce que je vois, c’est un lit tout prêt à être utilisé de nouveau.

– Oui, il y a le lit, mais mes effets scolaires ne sont pas supposés être dans ce coin-là.

– Mais ils sont super bien rangés!

– Puis, mes vêtements traînent sur le plancher.

– Mais ils sont super bien pliés! Ma chère Caro, t’es une vraie perfectionniste! C’est tout un travail fignolé que tu effectues! Une vraie petite fourmi… Ce n’est pas surprenant que tu aies des 95% et plus dans tous tes examens à l’école.

– Ça pourrait être mieux, marmonna Caroline.

– Quoi? Moi, je n’ai que rarement plus de 85%! Ne sois pas trop exigeante envers toi-même, voyons, ajouta Mélissa tendrement.

Caroline s’affaira à ranger ses effets personnels en se gardant d’adresser la parole à son amie par honte de l’attitude qu’elle venait d’adopter envers cette dernière. En effet, comment osait-elle se plaindre de ses excellents résultats scolaires? D’autre part, son rendement était nettement insuffisant. Ces deux sentiments contraires s’entremêlèrent dans son cœur jusqu’à ce qu’elle ne put plus distinguer l’un de l’autre et que son équilibre émotionnel soit gravement menacé.

Entre temps, Mélissa fouinait un peu partout dans la chambre, fourrant son nez dans les recoins de la pièce, lançant quelque taquinerie à propos de ce qu’elle y trouvait.

Finalement, afin de se changer les idées et ainsi peut-être prévenir une crise imminente, Caroline brisa le silence.

– Et si on se louait des films?



Le soleil avait battu en retraite face à la redoutable armée de l’hiver depuis près de cinq heures déjà. À l’intérieur, le feu crépitait dans la cheminée. L’agréable chaleur du feu et la faible lumière orangée que ce dernier émettait contribuait à l’atmosphère chaleureuse et paisible de la maison. Les deux adolescentes étaient assises à chaque extrémité du divan, en face de la télévision, enroulées dans de chaudes couvertures.

Caroline se sentait légèrement instable émotionnellement. Néanmoins, elle était parvenue à savourer les moments plaisants qu’elle avait vécus lors de la journée. Mélissa et elle avaient visionné quelques films relaxants, elles s’étaient amusées à préparer le dîner et Mélissa lui avait raconté de nombreuses anecdotes délectables concernant leurs camarades de classe.

Maintenant, les deux amies regardaient la télévision, cherchant vainement une émission intéressante.

– Tiens, ça te dit Killer B’s From Space? demanda Mélissa en blague.

– Tellement, répondit sarcastiquement Caroline en étouffant un bâillement.

– Oh! Enjeux! On va regarder ça! Leurs reportages sont toujours très intéressants!

Caroline acquiesça. Qu’y apprendrait-elle cette fois-ci?

– Bonsoir, commença l’animateur. Ce soir à Enjeux, nous explorons une maladie méconnue de tous qui fait de terribles ravages chez les adolescents et les jeunes adultes : l’automutilation.
Caroline fut intriguée par ce mot : automutilation. Une vague peur se glissa en elle. Puis vint le reportage et les images choc.

Si Caroline avait déjà connu un océan d’émotions intenses, c’était maintenant un raz-de-marée qui menaçait de l’emporter à tout jamais. L’automutilation : maladie mentale, blessures, brûlures et coupures volontaires, sentiment de désintégration mentale. Caroline entendait tout mais ne comprenait rien. Comment était-ce possible? Des gens qui, comme elle, s’infligeaient des blessures? Des gens qui se sentaient aussi quitter leur corps? Ce qu’elle faisait portait un nom! L’automutilation.

Ce simple reportage était assez pour déclencher violemment une crise chez Caroline, mais par-dessus tout, Mélissa le commentait.

– Je ne comprends vraiment pas pourquoi ces gens voudraient se faire mal? Est-ce qu’ils sont fous ou quoi? Et les cicatrices que ça laisse! C’est dégoûtant! Je veux bien être ouverte d’esprit, mais c’est beaucoup trop pour moi, ça!

Caroline ne sut contrôler la situation. Son esprit s’était déjà envolé. La voix du reporter et de Mélissa semblaient lointaines, très lointaines. Il n’y avait qu’une seule chose à faire pour se sauver de cette situation horrifiante. Caroline se leva lentement.
Mélissa l’observa de ses grands yeux verts, réalisant que quelque chose n’allait pas du tout chez son amie.

– Caro! Qu’est-ce qu’il y a?

– Je dois aller à la salle de bains, s’entendit-elle répondre.

Machinalement, elle se rendit à sa chambre en ignorant les questionnements frénétiques de son amie. Dans l’état d’esprit qu’elle était présentement, elle oublia de fermer la porte derrière elle. Puis, elle s’empara de son précieux canif, retroussa sa manche droite et se mit à l’œuvre. Elle accueillit la douleur, ce sublime médicament contre tous ses maux. Elle regarda fixement le sang qui s’écoulait de la coupure.

Caroline ne réagit pas aux cris d’une Mélissa hystérique qui l’avait suivie dans sa chambre. Cette dernière suppliait l’adolescente en détresse de cesser de se couper, mais la crise de Caroline n’était pas encore terminée. Ainsi, elle se coupa une seconde fois, puis laissa tomber son canif.

Caroline s’affaissa. Au lieu du calme habituel qui l’habitait à la suite de ses actions autodestructives, un désespoir immense l’emplissait. Son monde venait de s’effondrer sous elle. Il n’y avait plus qu’un gouffre obscur et terrifiant qui s’ouvrait sous ses pieds et elle s’y sentait tomber et tomber. Tout était foutu. Mélissa connaissait son horrible secret. Elle ferma les yeux. Elle ne voulait jamais plus les ouvrir. Elle était si honteuse et elle se détestait car, se doutait-elle, Mélissa ne voudrait plus lui adresser la parole maintenant qu’elle savait la vérité. Elle pleura silencieusement pour la pauvre créature qu’elle était, pour ses échecs perpétuels, pour les cruautés de la vie.

Mélissa se jeta sur Caroline et l’entoura de ses bras. Elle la serra fortement contre elle nonobstant le sang qui tachait ses vêtements et se mit à susurrer à Caroline tout en essayant de retenir les larmes d’accablement qui menaçaient de couler. Elle la berça affectueusement, tel un enfant que l’on réconforte d’un mauvais rêve.

– Caroline… Caroline… Caroline, murmurait-elle doucement sans cesse.

Ainsi, abattue par ce qu’il venait de se produire, Caroline s’assoupit au contact des caresses de son amie qui allaient non sans rappeler une tendresse maternelle.



Lorsque Caroline se réveilla, elle était étendue sur son lit. Ses plaies étaient pansées, l’éclairage était tamisé. Elle regarda autour d’elle. Mélissa était assise dans un coin de la chambre, serrant contre elle ses jambes repliées, la tête appuyée sur ses genoux. Ses yeux rouges trahissaient le torrent de larmes qui avait dû couler pendant le sommeil de Caroline. Ses vêtements étaient tachés de sang.

– Mélissa, coassa Caroline. Je suis tellement désolée…

Mélissa leva la tête et regarda son amie. Son regard reflétait sa désolation.

– Pourquoi es-tu désolée? demanda-t-elle. Tu n’as pas besoin de l’être.

– Je… je… je ne pouvais pas te le dire, expliqua Caroline en baissant les yeux. Vois-tu ce que je suis vraiment, maintenant? Je ne mérite pas ton amitié et ton dévouement. Je ne suis bonne que pour l’hôpital psychiatrique. Je suis folle…

Mélissa secoua la tête.

– Non, tu n’es pas folle… Tu… tu…

Caroline afficha un demi-sourire.

– Tu ne sais pas quoi dire. C’est correct, car je le suis, folle.

Ses yeux s’emplirent d’eau. Elle les referma et quelques larmes coulèrent sur ses joues.

– Non, Caro, dit Mélissa. Ne dis pas ça… Tu me brises le cœur…

Mélissa se leva et prit place aux côtés de son amie. Elle lui frotta gentiment le dos et lui tendit mouchoir. Caroline eut un petit rire nerveux.

– C’est la scène classique où l’amie réconforte la personne en détresse en lui donnant un kleenex, dit Caroline entre deux sanglots.

Pour la première fois, Mélissa n’avait pas le cœur à la plaisanterie. Elle se contenta de garder le silence.

– Tu sais, continua Caroline en reniflant, j’ai bien apprécié le temps qu’on a passé ensemble…

– Pourquoi dis-tu cela? demanda Mélissa d’une voix lourde de tristesse.

– Tu ne voudras pas m’avoir, moi, la folle, la démente, comme amie. Je t’ai caché tant de choses et tu m’as été si aimable tout ce temps. Tu vas me laisser tomber et… et…

Caroline ne put terminer sa phrase. Mélissa l’étreignit de nouveau.

– Qu’est-ce que tu dis là? Je ne te laisserai pas tomber. Non, désormais que je connais ton secret, je suis avec toi jusqu’au bout.

Caroline regarda son amie. Une lueur d’espoir brillait dans son regard. Cependant, l’ombre de l’incrédulité engloutit bientôt la lumière de l’espérance. Elle détourna les yeux de son amie.

Brusquement, elle retroussa les manches de sa blouse.

– Je suis répugnante! Elles sont répugnantes! s’écria Caroline en regardant ses cicatrices. Tu ne peux le nier! Regarde-les!

Elle brandit ses bras vers Mélissa.

– Je me suis infligé chacune d’elles volontairement! C’est dégoûtant!

Mélissa fléchit sous l’attaque de Caroline. Autant qu’elle désirait aider son amie, elle ne pouvait en effet porter son regard sur ces marques d’une laideur incomparable qui représentaient une douleur si vive et si aiguë qu’à la simple pensée de celles-ci, un frisson lui parcourait le dos. Caroline baissa les bras et se recroquevilla.

– Et maintenant quoi? demanda-t-elle, la voix brisée.

– Je ne sais pas, avoua Mélissa. Je ne sais pas…

12/19/2006

Méchant Soleil!

Il fait tout fondre la neige! Méchant Soleil! Tu devrais avoir honte; on est le 19 décembre, tu pourrais bien nous laisser un peu de neige pour Noël, non?

~Marc

Il neige! Il neige!


Youppi!

On voit pas très bien, mais il neige!

On aura peut-être un Noël blanc en fin de compte!

~Marc

Coming out

Non, pas ce genre-là de coming out, voyons!

J'adore l'émission Survivor. J'en regardais quelques extraits il y a quelques saisons, mais depuis l'hiver passé, je l'écoute religieusement et je suis vraiment accroché. J'ai décidé d'en parler puisque Chris Kohler, un blogueur de jeux vidéo que j'apprécie beaucoup, en a parlé lui-même. En fait, j'aurais pu écrire ce qu'il a écrit parce que c'est exactement les mêmes raisons que moi. Tenez, allez lire son article: ici.

~Marc

12/16/2006

Les limites des mathématiques




Quelle sensibilité dans cette image! Ça vient me chercher à l'intérieur. Et je ne blague pas! J'imagine qu'il faut étudier en maths/physique pour comprendre...

J'ai découvert ce petit bijou à cette adresse.

~Marc

12/14/2006

Le Retour du Retour du Grand Test de Personnalité

Voici en primeur la troisième édition du grand test de personnalité que j'ai déjà fait auparavant. D'ailleurs, vous pouvez voir mes résultats précédents ici et ici.

Sans plus tarder, voyons ce qui a changé...


Advanced Global Personality Test Results
Extraversion |||||||||| 33%
Stability |||||||||||||||||||| 86%
Orderliness |||||||||||||||||| 76%
Accommodation |||||||||||||| 56%
Interdependence |||||||||||||||||||| 83%
Intellectual |||||||||||||||||| 76%
Mystical |||| 16%
Artistic |||||||||| 36%
Religious |||||| 30%
Hedonism || 10%
Materialism |||| 16%
Narcissism |||||||||||||||| 63%
Adventurousness |||||| 23%
Work ethic |||||||||| 36%
Self absorbed |||||||||||| 50%
Conflict seeking || 10%
Need to dominate || 10%
Romantic |||||||||||||| 56%
Avoidant |||||| 23%
Anti-authority || 10%
Wealth |||||||||||| 50%
Dependency |||||| 30%
Change averse |||||||||||| 43%
Cautiousness |||||||||||||||| 63%
Individuality |||| 16%
Sexuality |||||| 30%
Peter pan complex || 10%
Physical security |||||||||||||||||||| 90%
Physical Fitness |||||||||||||||| 70%
Histrionic || 10%
Paranoia |||| 16%
Vanity |||||||||||| 43%
Hypersensitivity |||||| 30%
Female cliche |||||||||| 36%
Take Free Advanced Global Personality Test
personality tests by similarminds.com


Stability results were very high which suggests you are extremely relaxed, calm, secure, and optimistic.

Orderliness results were high which suggests you are overly organized, reliable, neat, and hard working at the expense too often of flexibility, efficiency, spontaneity, and fun.

Extraversion results were moderately low which suggests you are reclusive, quiet, unassertive, and secretive.

Trait Snapshot: secretive, organized, clean, rarely worries, solitary, high self control, dislikes large parties, prefers organized to unpredictable, prudent, observer, tough, self reliant, very good at saving money, introverted, perfectionist, mind over heart, not controlling of others, hard working, confident, resolute, solitary, does not make friends easily, finisher, does not like to stand out, very practical, intellectual, unsympathetic at times, honest, respects authority, follows the rules, cautious


Hmm! Encore une fois, c'est très semblable aux deux tests précédents. Je suis retombé à un niveau modérément bas d'extraversion, par contre. Ce qui me semble juste.

Mais il manque un élément à tout ça: I'm a Procrastinator!






Mais seulement en période d'examens. Pendant la session, je fais tous mes devoirs à temps et en avance. :p

~The Procrastinator
(I'll be back.)