12/24/2006

Stigmates: épilogue

– Appelle-nous quand ce sera terminé.

– D’accord, maman, répondit Caroline d’une faible voix.

Sa mère déposa un baiser sur son front et Caroline sortit de la voiture. Elle regarda tristement sa mère s’éloigner.

L’hiver avait enfin levé l’interminable siège de la ville. Quelques flocons de neige agonisaient au sol. Le soleil ne démontrait aucune pitié à l’égard de ceux qui l’avaient défié pendant près de cinq mois. Les oiseaux gazouillaient allègrement, soulignant à la fois le triomphe du soleil et le renouveau. Le vent caressait le visage de Caroline.

L’adolescente fit quelques pas vers le menaçant édifice vitré qui s’élevait vers le ciel parsemé de nuages, puis elle s’arrêta.

Les souvenirs des semaines précédentes lui revinrent : son séjour à l’hôpital, la visite de ses amies, l’accablement de ses parents à la découverte de ses habitudes autodestructrices et de ses ignobles cicatrices et les interminables discussions avec ceux-ci.

Après s’être coupé le poignet, son corps était entré dans ce que les médecins appellent un état de choc physiologique. Ses parents avaient appelé l’ambulance et on l’avait transportée à l’hôpital. En premier lieu, ses parents avaient cru qu’elle avait tenté de se suicider. Toutefois, les nombreuses cicatrices qui « ornaient » ses bras les convainquirent qu’il s’agissait de quelque chose de tout à fait différent. Les médecins suggérèrent la thérapie. La suite avait été horrible. Caroline avait dû faire face aux incessants questionnements de ses parents et à leurs reproches. Si Mélissa ne l’avait pas soutenue, elle aurait probablement été incapable de traverser cette pénible étape de sa vie.

Heureusement, Mélissa était venue la visiter dès son retour à la maison.



– Je peux entrer?

Caroline garda le silence.

Mélissa s’avança lentement. Ses yeux verts cherchaient son amie dans la noirceur de la pièce.

– Et si tu allumais ta lampe de chevet?

Caroline s’exécuta.

– Ah! Te voilà…

Mélissa s’assit près de Caroline sur le lit. Cette dernière fuyait le regard de Mélissa.

– Caro. Ma chère Caro. Tu vas mieux? Comme j’ai mal fait de te quitter vendredi. J’aurais dû rester avec toi. Si j’avais su…

Mélissa soupira. Caroline ne souffla mot.

– Si tu savais combien j’ai eu peur pour toi, Caro. J’ai craint pour ta vie. Je croyais que tu avais décidé de tous nous abandonner.

Sans crier gare, Caroline se mit à pleurer à chaudes larmes et se jeta dans les bras de son amie.

– Je suis tellement tannée! Je suis folle… J’ai déçu mes parents… Je ne vaux rien! Je me dégoûte! Oh! Mélissa, qu’est-ce que je peux faire?

Les larmes de douleur, de souffrances et de désespoir que Caroline avait si longtemps retenues coulaient enfin le long de ses joues.

Mélissa la berça dans ses bras en lui murmurant de douces paroles, la consolant du mieux qu’elle le pouvait. De longues minutes passèrent ainsi.

Finalement, Mélissa dut quitter son amie. Avant de partir, elle lui glissa ces mots à l’oreille :

– Sache, Caro, que je serai toujours là pour toi. Toujours. Je sais que c’est difficile de me croire. Tu es très craintive à propos de tes relations interpersonnelles, mais je suis sincère. Je suis certaine que quelque part dans ton cœur, tu le sais que je le suis et que tu me fais confiance.



Caroline secoua la tête et s’avança prudemment. Elle s’arrêta à nouveau.

Elle avait tant appris depuis qu’elle avait déménagé dans cette région. Malgré la souffrance que certains événements reliés à ses nouvelles amies lui avaient causé, elle retirait d’importantes leçons de ses expériences. Par exemple, comment pouvait-elle oublier l’épisode enivrant de la discothèque? Elle était désormais certaine qu’elle y avait découvert une nouvelle partie d’elle-même, un côté normal et merveilleux. Ces derniers jours, elle s’était accrochée à cette idée qui nourrissait l’espoir de la guérison chez elle.

C’est ainsi qu’elle reprit sa marche vers l’édifice.

Bien entendu, elle était terrifiée de ce qui l’attendait à l’intérieur. Ses parents l’avait forcée à venir ici après tout. Néanmoins, la partie d’elle-même qu’elle avait découverte à la discothèque laissa échapper un soupir de soulagement.

Elle était de plus en plus près de l’édifice.

Évidemment, la partie sombre d’elle-même ne se laisserait pas faire. Bientôt, elle serait en territoire inconnu et hostile.

Elle était arrivée à la hauteur des portes.

Caroline jeta un coup d’œil par dessus l’épaule. Elle aurait souhaité apercevoir Mélissa l’encourageant du regard à aller de l’avant. Elle se cambra et étudia les lettres moulées blanches inscrites sur la porte de droite : « Docteur Philippe Martineau, psychothérapeute ».
Puis, prenant son courage à deux mains, elle poussa les portes de l’édifice qui représentait à la fois ses plus grands espoirs et ses plus grandes peurs et se tourna vers une nouvelle étape de sa vie.

Aucun commentaire: