8/28/2007

Millepatte? Logique. Nénufar? Hmm...

Il y a fort, fort longtemps... Enfin, pour un jeune homme de 23 ans, dix-sept années paraissent très longues!

Je disais donc qu'il y a longtemps, soit le 6 décembre 1990, on publiait dans le Journal officiel de la République française une série de modifications à l'orthographe française. Ces nouvelles graphies découlaient directement d'un rapport rédigé par le Conseil supérieur de la langue française, établi par le Premier ministre français Michel Rocard en 1989. Ces changements ont été approuvés par les instances francophones compétentes, tant au Québec, qu'en France, en Belgique et en Suisse. On connait désormais ces rectifications sous l'appellation «orthographe recommandée» ou «nouvelle orthographe».

L'orthographe recommandée s'applique à quelque 2000 mots du vocabulaire français. Le RENOUVO (Réseau pour la nouvelle orthographe du français) a donc publié un sympathique petit livret en 2004, Le millepatte sur un nénufar: Vadémécum de l'orthographe recommandée, qui énumère tous les mots affectés tout en expliquant l'esprit qui a guidé ces changements. Dans leurs mots, voici l'essence de la nouvelle orthographe:
Ces rectifications tendent à supprimer des anomalies de l'orthographe française, des exceptions ou des irrégularités. Elles touchent en moyenne moins d'un mot par page d'un livre ordinaire et, souvent, il s'agit d'un accent.
Or cette nouvelle orthographe est loin de faire l'unanimité auprès des francophiles.

Et bien, après consultation avec le fameux millepatte sur le nénuph(f)ar, je ne vois aucun changement déraisonnable dans cette orthographe recommandée. D'abord, mettons les choses au clair: je suis un physicien... en herbe, mais tout de même! J'aime ce qui est structuré, organisé, logique. Je n'aime pas les exceptions. Il n'y a pas d'exceptions aux lois de la physique: elles existent partout dans l'Univers.

Et je trouve la plupart de ces changements orthographiques tout à fait logiques. Regardons de plus près. Ce qui est en gras ainsi que les exemples sont tous tirés du vadémécum.


Le trait d'union est remplacé par la soudure dans:
  • tous les composés formés par contr(e)- et entr(e)- e.g. contr-appel et entre-temps deviennent contrappel et entretemps... comme contrepoint et entrevue. Logique.
  • tous les composés formés avec extra-, infra-, intra-, ultra- e.g. extra-fort devient extrafort... comme extraordinaire! Ceci est basé sur le modèle des préfixes en-, sur- et supra- qui sont tous soudés (surpasser, supraconducteur, etc.) Par contre, on conserve le trait d'union si la soudure causerait une prononciation erronée (intra-utérin, par exemple). Logique.
  • les composés d'éléments «savants», en particulier en -0 e.g. auto-école devient autoécole... comme radioactif. Logique. Ceci ne s'applique par pour les noms propres ou géographiques (e.g. gréco-romain).
  • les composés de formation onomatopéique ou des mots d'origine étrangère e.g. week-end devient weekend. OK, pas nécessairement logique, mais pourquoi on se casserait la tête avec un trait d'union?... et c'est même pas du français, de toute façon! :p On donne le mot bouiboui (?) en exemple d'onomatopée qui ne prend plus de trait d'union... comme coucou.
  • certains composés formés à l'origine d'un verbe et d'un nom, ou d'un verbe et de -tout, les composés avec bas(se)-, mille-, haut(e)-, et quelques autres composés e.g. mille-patte devient millepatte, porte-monnaie devient portemonnaie... comme portefeuille. Ici, il est seulement question de délaisser le trait d'union lorsqu'il n'est absolument pas nécessaire. Mais je ne peux pas dire que c'est logique puisque certains composés gardent leur trait d'union comme garde-côte et cure-ongle. Allez savoir pourquoi!
Les numéraux composés sont systématiques reliés par des traits d'union: ici, je vous renvoie à ma réponse à l'Imposteuze dans les commentaire du message précédent.

Les noms composés, avec trait d'union, formés à l'origine soit d'une forme verbale et d'un nom, soit d'une préposition et d'un nom, parce que perçus comme des mots simples, prennent la marque du pluriel au second élément, seulement et toujours lorsqu'ils sont au pluriel e.g. un essuie-main, des essuie-mains; un garde-côte, des garde-côtes; un abat-jour, des abat-jours. Alors là, j'aime vraiment celle-ci! Ça, c'est tellement plus logique et organisé! Pourquoi abat-jour serait invariable? On parle d'un objet ici. On aurait pu appeler ça un driabère et au pluriel, ça aurait donner des driabères, avec un «s». J'aime bien le fait que désormais on conçoit ces mots comme des «mots simples» qui s'accordent tout simplement avec un «s». Il y a des exceptions à cette règle par contre: les mots dont le second élément contient un article ou commence par une majuscule (trompe-l'oeil, prie-Dieu).

Les mots empruntés à d'autres langues, dont le latin, suivent la règle générale du singulier et du pluriel des mots français e.g. les boss, les matchs, les minimas, les minimums. Ça j'aime bien ça aussi! Si on les adopte en français, autant leur appliquer les règles du français.

Devant une syllabe graphique contenant un e instable (dit «e muet»), on écrit è et non é:
  • évènement (sur le modèle d'avènement) et règlementaire (sur le modèle de règlement)
  • céder au futur et au conditionnel s'écrit avec è (donc elle cèderait... sur le modèle de elle lèverait): levez la main ceux qui auraient dû consulter un bescherelle pour connaître l'accent de elle cé(è)derait, soyez honnêtes!
  • (Puis il y a d'autres choses et des exceptions, mais je ne les trouve pas très intéressantes...)
L'accent circonflexe disparait sur les lettres i et u; le circonflexe est maintenu pour sa fonction analogique ou distinctive: bon, alors là c'est vraiment plus d'un point de vue utilitaire. Par exemple, l'accent dans île n'a absolument aucune fonction, alors à quoi bon le garder?... à part pour le fait que ile a l'air ridicule sans son accent. Voilà une recommandation que je ne suis pas prêt de suivre. Je m'entraîne au karaté dans l'île de Hull, mais peut-être qu'un jour... un jour... je jouerai de la flute traversière! :p Bref, je ne suis pas obligé d'être d'accord avec toutes les recommandations de la nouvelle orthographe, n'est-ce pas? :p

Le tréma est déplacé sur la lettre u qui correspond à un son dans les suites -güe- et -güi- e.g. ambigüité, aigüe... FUCK YEAH! Ça fait des années que je ne comprends pas pourquoi on met le tréma sur le i et le e dans ambiguïté et aiguë. On m'avait dit que le tréma nous faisait prononcer la lettre sur lequel il se trouvait... mais dans ce cas ambiguïté se prononcerait comme guiliguili puisque -gu- devant une voyelle se prononce comme un g dur! Et aiguë se prononcerait aiguE avec le son gue comme dans dingue! Ça, c'est franchement le MEILLEUR changement de l'orthographe recommandée! ENFIN LE TRÉMA A DU SENS! En plus, afin de corriger certaines prononciations défectueuses, on ajoute le tréma dans certains mots: argüer (ar-GU-é), gageüre (ga-ju-re), rongeüre (ron-ju-re). C'est logique: on veut prononcer le u dans ces mots. Mais si e avec u rime avec feu, il faut mettre le tréma sur le u pour bien le prononcer distinctement. Le e devient alors un e instable (e muet)!

Pour l'accentuation, les mots empruntés suivent la règle des mots français e.g. révolver, vadémécum... bref, pas d'accomodements raisonnables pour les mots étrangers! :p

Les formes conjuguées des verbes en -eler ou -eter s'écrivent avec un accent grave et une consonne simple devant une syllabe contenant un e instable (dit «e muet»). Les dérivés en -ment de ces verbes suivent la même règle e.g. il détèle sur le modèle de il pèle; il étiquètera sur le modèle de il achètera; nivèlement, renouvèlement... OK, OK, je vous entends: renouvèlement? Je vous concède que ce choix est discutable quand on a un mot comme nouvelle. Mais quant aux verbes, je suis d'accord avec cette modification. En effet, je trouve un peu idiot qu'étiqueter ne se conjugue pas comme acheter quand ils ont exactement la même terminaison en -eter.

Une consonne qui suit un e instable (dit «e muet») est simple e.g. lunette/lunetier, dentelle/dentelier, prunelle/prunelier, sur le modèle de noisette/noisetier, chamelle/chamelier; aussi interpeler, nous interpelons. Ici, dans une situation où il n'y avait aucune règle à suivre auparavant, on a maintenant une directive précise. Non seulement cette règle s'applique-t-elle au vocabulaire actuel, mais en plus elle peut servir dans la création de nouveaux mots, afin d'uniformiser l'orthographe. De plus, j'aime l'orthographe d'interpelons qui reflète mieux la prononciation usuelle.

Les mots anciennement en -olle et les verbes anciennement en -otter s'écrivent avec une consonne simple, de même que leurs dérivés e.g. girole, frisoter, frisotis; exceptions: les monosyllabes colle, folle, molle, bien implantés dans l'usage, et les mots de la même famille qu'un nom en -otte (botte/botter, flotter/flotter). Encore une fois, on établit une nouvelle règle qui va permettre la création de mots avec une orthographe unifiée. On en profite pour harmoniser quelques mots moins courants et on laisse tranquille des mots bien implantés.

Le participe passé de laisser suivi d'un infinitif est invariable e.g. les enfants que nous avons laissé partir sur le modèle de les enfants que nous avons fait partir, elle s'est laissé mourir sur le modèle de elle s'est fait mourir. Oh là là! J'entends déjà les puristes des participes passés! Rectification discutable? Bien entendu. Mais le changement est basé sur le modèle du verbe faire, ce qui me semble justifiable.

Quelques familles sont réaccordées e.g. bonhommie comme bonhomme, charriot comme charrue, chaussetrappe comme trappe, combattivité comme combattre, imbécilité comme imbécile. Voilà un autre aspect qui plaît (voyez? Je ne suis pas capable d'enlever l'accent circonflexe sur mon i...) à mon côté structuré et organisé. Pourquoi, oh pourquoi, bonhomie quand on a bonhomme? J'aime bien que désormais les mots d'une même famille s'écrivent similairement.

Quelques anomalies sont supprimées e.g. douçâtre, assoir, ognon, nénufar,... Bon, j'entends d'autres puristes crier de douleur à voir ces mots ainsi orthographiés. Voyons-y de plus près. Douçâtre s'écrivait douceâtre. Le e après le c servait à l'adoucir... mais on a un symbole qui sert exactement à adoucir le c, il s'appelle la cédille. Pourquoi alors douceâtre serait le seul mot dans le vocabulaire français à utiliser un e pour adoucir le c? On peut croire que lorsque la cédille a été introduite, quelqu'un a tout simplement oublié de l'appliquer à douçâtre... :p Assoir au lieu d'asseoir? Ici, le e ne sert absolument à rien. Dans des mots comme rougeoiement et mangeoire, le e sert encore une fois à adoucir le g, mais on n'a nul besoin de ce e après deux s et c'est le seul cas ainsi dans la langue française. Ognon (comme pognon!) au lieu d'oignon. Je sais, je sais, ognon a l'air idiot sans le i. Encore une fois, c'est une question d'anomalie. C'est le seul mot français ou le oi se prononce o. Et il y a d'autres anomalies corrigées également.

Un accent est ajouté dans quelques mots où il avait été omis ou dont la prononciation a changé e.g. bésicles... tiens, c'est un mot, ça, bésicles? Je n'ai rien à redire. Après tout, c'est bien que l'orthographe tente de refléter la prononciation.

La finale -illier est remplacée par -iller lorsque le i qui suit les deux l ne s'entend pas e.g. quincailler, serpillère, mais on conserver le suffixer -ier dans les noms d'arbres et de végétaux. Ici, je ne vois pas de problème non plus. C'est logique.


Et voilà. Ça fait le tour des grandes lignes des changements apportés à l'orthographe. On les accuse de vouloir niveler vers le bas. Je ne suis pas tout à fait d'accord. L'esprit de ces rectifications n'était pas de rendre la vie «facile» aux gens qui écrivent le français. Je crois plutôt que c'était un désir sincère de structurer, organiser, harmoniser, corriger des parties de l'orthographe jugées déficientes. Je suis certain qu'à un moment donné dans votre vie, vous vous êtes arrêtés et vous êtes demandés: «Mais pourquoi on écrit ça comme ça si ce mot-là s'écrit de cette façon?» Et bien, les gens des instances du français se sont posées les mêmes questions que nous et ont décidé de faire quelques chose.

Désolé, mais pour moi la richesse du français, ce n'est pas le fait d'écrire des croche-pied et une croûte de pain. Le français, je le trouve merveilleux pour la richesse de son vocabulaire (on n'a supprimé aucun mot ici), sa syntaxe particulière (on parle d'orthographe et non de grammaire ici), ses temps de verbe précis et poétique («Lorsque Paul eûme eussite lançâte la balle...» points bonis à ceux qui savent d'où vient cette phrase). Bien entendu, je ne veux pas dire que l'orthographe n'a pas d'importance, au contraire! Savoir bien écrire est primordial. Toutefois, je suis passionné du français et j'apprécie ces rectifications qui rendent le français un peu plus logique pour mon esprit de physicien. :p

Finalement, retirez de ce petit texte ce que vous en voulez. Adoptez les changements qui vous plaisent, rejetez ceux qui vous horripilent.

Mais surtout, célébrons notre belle langue!


Références

Site d'information sur la nouvelle orthographe française

Articles sur l'orthographe recommandée sur le site web de l'Office québécois de la langue française


~Marc

3 commentaires:

l ' i m p o s t e u Z e a dit...

Mais tu es de retour en force ma foi! ;) Intéressant ton texte. C'est bien de voir "ta" vision des modifications.

Jag a dit...

Marc.. Fais-moi plaisir et ne prens plus de vacances de blogue ok!?

Anonyme a dit...

Merci Marc! c'est vraiment bien explique' et comique de voir ton point de vue car nous en avons tous!