Quand j'étais jeune, "Home Sweet Home" était une expression qui faisait beaucoup rire mon frère Benoit et moi quand nous la traduisions en français: Maison Douce Maison. Bon, la traduction n'était pas très juste, mais nous n'avions que 7-11 ans, environ.
Eum...
Ouain. Je suis revenu chez moi. Ça fait du bien de retrouver, ma mère, mon frère Éric et ma chatte Cannelle. Mais je suis encore fatigué.
Oh! La page web que j'ai faite pour mon stage est en ligne: stage coop 2006. Vous y trouverez de la théorie, des exercices, des références et surtout, des résultats.
Zzzzzz...
~Marc
8/13/2006
8/09/2006
Métasujet
C'est drôle. Je voulais parler de mon séjour à Sherbrooke, de mes derniers jours en appartement, de la genèse de Stigmates, de ce que je ressens quand je relis Stigmates après toutes ces années...
Finalement, j'ai parlé de toilettes.
Sheesh.
Je crois que je suis un peu fatigué.
~Marc
Finalement, j'ai parlé de toilettes.
Sheesh.
Je crois que je suis un peu fatigué.
~Marc
Sexe!
Le département de physique de l'Université de Sherbrooke est étrange pour une raison: toutes les salles de toilette sont unisexes. Je ne parle pas ici d'une salle de toilette pour une seule personne où l'on verrouille la porte derrière nous. Je parle de toilettes publiques, avec des cabines et des urinoirs. La salle que j'utlise le plus souvent contient deux cabines et un seul urinoir. Ça ne m'est arrivé que deux fois, mais ça me rend toujours mal à l'aise de croiser une femme dans ces toilettes. Je ne sais pas pourquoi. Ça doit être toutes ces conventions sociales!
Mais la plus étonnante, c'est la salle à côté du laboratoire d'informatique. D'abord, il y a deux portes, ce qui a priori, laisse croire qu'il s'agit de deux salles de toilette séparées. Or quand on y entre, on se rend compte qu'il n'y a pas de mur au milieu. C'est une GRANDE salle où, d'un côté il y a des cabines et de l'autres, des urinoirs. Combien grand? Bien... je crois qu'elle est plus grande que mon appartement au complet. Sans blague. Il y a huit cabines et QUATORZE urinoirs! Ils sont agencés étrangement également: deux rangées de sept urinoirs chacune qui se font face. Et il ne fait aucun doute que cette salle est destinée aux deux sexes puisqu'il y a des boîtes pour disposer des serviettes sanitaires. Et les lavabos? Il n'y en a qu'un seul: le genre circulaire qu'on actionne en appuyant sur une barre avec le pied. Et il y a des fenêtres. Cette salle est tellement étrange que j'y ai rêvée après ma première incursion!
Puisque j'ai quelques lectrices, seriez-vous à l'aise de croiser des hommes dans des toilettes comme celles-là?
Je me demande ce que les ingénieurs et architectes pensaient en construisant cet édifice. C'était peut-être des hippies en pleine libération sexuelle?
Ha! J'ai écrit un message complet sur les toilettes et je n'ai fait aucune blague à caractère scatologique!
...
Et si je viens d'écrire ça, c'est juste que je voulais utiliser ce mot que je ne connaissais pas, "scatologique".
Et si vous ne savez pas ce que ça veut dire, remplacez "scatologique" par "merdique".
:p
~Marc
Mais la plus étonnante, c'est la salle à côté du laboratoire d'informatique. D'abord, il y a deux portes, ce qui a priori, laisse croire qu'il s'agit de deux salles de toilette séparées. Or quand on y entre, on se rend compte qu'il n'y a pas de mur au milieu. C'est une GRANDE salle où, d'un côté il y a des cabines et de l'autres, des urinoirs. Combien grand? Bien... je crois qu'elle est plus grande que mon appartement au complet. Sans blague. Il y a huit cabines et QUATORZE urinoirs! Ils sont agencés étrangement également: deux rangées de sept urinoirs chacune qui se font face. Et il ne fait aucun doute que cette salle est destinée aux deux sexes puisqu'il y a des boîtes pour disposer des serviettes sanitaires. Et les lavabos? Il n'y en a qu'un seul: le genre circulaire qu'on actionne en appuyant sur une barre avec le pied. Et il y a des fenêtres. Cette salle est tellement étrange que j'y ai rêvée après ma première incursion!
Puisque j'ai quelques lectrices, seriez-vous à l'aise de croiser des hommes dans des toilettes comme celles-là?
Je me demande ce que les ingénieurs et architectes pensaient en construisant cet édifice. C'était peut-être des hippies en pleine libération sexuelle?
Ha! J'ai écrit un message complet sur les toilettes et je n'ai fait aucune blague à caractère scatologique!
...
Et si je viens d'écrire ça, c'est juste que je voulais utiliser ce mot que je ne connaissais pas, "scatologique".
Et si vous ne savez pas ce que ça veut dire, remplacez "scatologique" par "merdique".
:p
~Marc
Stigmates: chapitre 4
C'était la rentrée scolaire si redoutée parmi les enfants de tous âges et à la fois tant attendue. C'était le moment des retrouvailles, le moment des câlins amicaux lorsque d'anciens amis se revoyaient après deux pénibles mois de torture auprès de petits frères, petites sœurs et parents. Les yeux scintillants, les amis échangeaient des souvenirs. Quelqu'un éclatait de rire là-bas ; un autre, allez savoir pourquoi, imitait Tarzan ici… quoique à bien y penser, l'ensemble s'apparentât bel et bien à une jungle en folie. L'entrain des élèves et l'anticipation d'une nouvelle année remplie de gags et de folies d'adolescents ne laissaient pas les enseignants indifférents. Certains se joignaient à des groupes d'étudiants afin de leur souhaiter la bienvenue en les assénant de tapes affectueuses dans le dos.
Caroline éprouva un pincement au cœur en observant toutes ces marques d'amitié. Les rares amis qu'elle avait eus à son ancienne école ne s'étaient même pas efforcés de lui demander sa nouvelle adresse ou son numéro de téléphone. Ils s'étaient foutus d'elle. Un poignard de glace sembla transpercer sa poitrine et les yeux de Caroline s'emplirent d'eau. Elle n'avait jamais eu de vrais amis. Une unique larme glissa lentement le long de sa joue. Elle tenta de réprimer ce torrent de tristesse, de haine et de désespoir qui tentait de la noyer. Elle ne pouvait se permettre une crise la première journée d'école. Elle s'essuya les yeux et se leva brusquement. Elle se mit à marcher d'un pas rapide. Elle ne savait pas où ses pieds la menaient, mais elle devait absolument faire quelque chose, n'importe quoi pour éviter cette catastrophe. Elle déambula dans les couloirs, parmi la masse de visages étrangers. Elle déambula seule, inaperçue.
La première cloche sonna, à demi étouffée dans la cacophonie générale, mais Caroline n'en fut pas consciente. Ce qui lui fit réaliser qu'elle devait se rendre à son premier cours fut le flot soudain d'étudiants qui coulaient autour d'elle. La jeune fille se laissa emporter par le courant bien qu'elle n'eût pas encore jeté un seul coup d’œil à son horaire. Elle avait été trop préoccupée par ses problèmes. Ainsi, lorsque les étudiants se dispersèrent afin de se rendre à leurs locaux respectifs, Caroline se retrouva seule dans cet étrange labyrinthe de corridors blanc délavé. Elle consulta son horaire. Elle commençait en français avec madame Évelyne Brulotte. Où pouvait bien se trouver ce local? Après plusieurs minutes de vaines recherches, l'inquiétude gagna Caroline. La deuxième cloche, annonçant le début des classes, allait bientôt retentir. Elle serait en retard la première journée d'école. Ça commence bien l'année, tu ne trouves pas? Une fois encore, tu vas rater cette journée! Fais donc quelque chose de bien pour une fois, Caroline Lapointe!
Son ange gardien devait veiller sur elle car, miracle, miracle, elle aperçut enfin son local. Elle y accourut et, en franchissant le seuil de la porte, la deuxième cloche se fit entendre. Caroline s'arrêta un instant en pénétrant dans la classe. Il y avait une vingtaine d'étudiants. La plupart se tournèrent de son côté et l'observèrent de la tête aux pieds. Elle était si mal à l'aise. Tous ces regards la rendaient nerveuse. Ils semblaient l'étudier comme ils étudieraient un insecte exotique sous un microscope. L'adolescente fouilla la classe furtivement du regard, tout en essayant de ne pas entrer en contact avec les yeux des autres, en vue d'un pupitre auquel s'asseoir. Elle opta pour un pupitre à l'arrière, d'où elle pourrait étudier la classe et ne pas être étudiée. Elle se concentra sur ses actions, sortir son cartable, son coffre à crayons, et, bientôt, les étudiants vaquaient à leurs affaires. Caroline regarda l’horloge accrochée au mur et réalisa qu’elle devrait demeurer dans cette prison sociale pendant près de sept heures encore. La jeune fille se mordit la lèvre inférieure et souhaita passer au travers cette journée sans complication supplémentaire.
Lorsque la première période fut terminée, Caroline rangea lentement ses effets, la tête baissée pour ne croiser le regard de personne. En peu de temps, la plupart des étudiants étaient sortis. Caroline balança son sac à dos sur ses épaules et releva la tête pour voir le couple qu'elle avait vu à l'agora lors de l'inscription. C'était les deux adolescents qui l'avaient entendu rire et l'avaient regardée amusés. Les couleurs se drainèrent de son visage. Heureusement, ils étaient dos à elle et sortaient de la classe. Mais ils l'avaient vue quand elle était arrivée. Pourquoi devait-elle toujours s'inquiéter de tout? Parce qu'elle devait bien paraître. Elle était la fille de Jessica Paradis et Rock Lapointe et il importait qu'elle projette la meilleure image possible. Caroline soupira. Elle était devenue une professionnelle des soupirs!
– Alors, Caroline, comment trouves-tu ta nouvelle école? demanda madame Brulotte, l’enseignante, en regardant tendrement Caroline.
– Je l'aime bien, répondit Caroline.
Quoique ce ne fût pas exactement vrai, ce n'était pas tout à fait faux non plus. Malgré les intenses émotions que les circonstances lui avaient fait vivre, son opinion sur ce nouvel environnement n’était pas encore formée.
– J'espère que les autres élèves ne te laisseront pas seule, lui confia sincèrement Mme Brulotte.
– Oh! Quelques-uns m'ont déjà adressé la parole, mentit Caroline.
– Ah oui? C'est très bien ça. Tu sais, je connais ces élèves depuis deux ans et ils sont très agréables. Je suis certaine que tu vas te faire de très bons amis!
Caroline répondit qu'elle l'espérait aussi. Elle souhaita une bonne journée à l'enseignante et s'éclipsa. Pour une première période, ç’aurait pu être mieux, pensa-t-elle. Si elle n'était pas arrivée en retard, elle aurait peut-être pu passer inaperçue. D'autre part, ses compagnons de classe avaient semblé très peu intéressés par ce nouveau spécimen qu'elle était. C'était probablement mieux ainsi. Son secret était beaucoup plus en sécurité sans amis intimes.
Elle se rendit à son deuxième cours en avance afin d'éviter la petite mésaventure de la première période. C'était un cours d’éducation à la vie économique. L’adolescente bâilla d’anticipation. L’enseignant, un jeune homme revêtant une tenue extravagante, salua Caroline du regard en ouvrant la porte du local. Elle se faufila rapidement à l'intérieur et s'empara d'une place dans le coin avant de la classe. Les pupitres étaient jumelés deux par deux donc, vraisemblablement, quelqu'un devrait s'asseoir à ses côtés. Caroline se prépara mentalement à ne rien gâcher cette fois-ci. Aussi effrayée qu'elle était d'aborder les gens, elle devait tout de même essayer de paraître bien.
Les étudiants arrivèrent par petits groupes. Caroline les observa, distinguant facilement les diverses divisions de la classe. Il y avait quatre factions qui se démarquaient. À en juger par les apparences, les étudiants à l'opposé de la classe -
– Je peux m'asseoir ici?
Caroline étudia l'adolescente qui venait de lui adresser la parole. C'était la fille du cours de français, celle qui se tenait avec le garçon, celle qui avait été amusée à l'agora. Elle était de taille moyenne, probablement aussi grande que Caroline. Ses cheveux châtains descendaient jusque sur ses épaules. Derrière de petites lunettes rondes, deux grands yeux verts pétillaient de malice.
– Bien sûr, répondit Caroline en souriant timidement, dissimulant du mieux qu'elle le pouvait la nervosité qui s'enracinait en elle.
Si la fille s'en rendit compte, elle ne le mentionna pas.
– Moi, c'est Mélissa Lacroix, dit la nouvelle camarade de Caroline en lui tendant une petite main délicate.
Caroline lui jeta un curieux regard et serra faiblement sa main.
– Caroline Lapointe.
– Donc, tu es nouvelle dans la région?
– Oui.
– Et tu t'en viens finir ton secondaire avec cette bande de fous? Je te plains!
Mélissa éclata de rire comme si c'était la meilleure blague qu'elle avait entendue depuis une éternité. Caroline trouva étrange que ce son, si spontané, si sincère, la réconfortât. Une partie de la tension qui habitait Caroline se dissipa. Une lueur d'espoir se mit à briller dans son cœur. Une amie, enfin? Peu à peu, un sourire se dessina sur ses lèvres.
– Tu vas voir, ils ne sont pas si mauvais que ça, lui assura Mélissa.
Elle la regardait avec un sourire en coin.
– Tu sais, continua Mélissa, tu nous as fait peur au début. On croyait que tu étais folle quand on t'a vue rire toute seule dans l'agora. Je suis rassurée maintenant, tu ne l'es pas plus que moi.
À ces mots, Caroline tressaillit. Le sourire de Mélissa disparut aussitôt et une expression d'inquiétude le remplaça.
– Ça va, Caroline? demanda Mélissa, sa voix empreinte de souci.
– J-J-Je... oui, ça va, répondit Caroline.
Cependant, avant que Mélissa puisse questionner Caroline davantage, l'enseignant, M. Gaudreau, débuta son cours.
Toute la période, Caroline évita de parler ou de regarder Mélissa. Les paroles que Mélissa avait prononcées avaient profondément troublé Caroline. Si elle savait ce que je fais, elle saurait à quel point je suis vraiment folle. Et je ne crois pas qu'elle désirerait m'adresser la parole à nouveau.
Lorsque le cours fut terminé, Mélissa tenta d'en savoir plus sur le malaise dont Caroline avait été prise un peu plus tôt, mais cette dernière balbutia quelque absurdité à propos d'une fièvre et se précipita hors de la classe.
C'était l'heure du dîner, mais Caroline n'osa pas manger à la cafétéria. Elle craignait devoir affronter Mélissa et s'expliquer. La force de le faire l'avait quittée. La jeune fille choisit de dîner à la bibliothèque.
En franchissant les portes de cette dernière, Caroline fut accueillie par une forte odeur âcre qui se dégageait des murs fraîchement peints en teintes apaisantes de bleu. La pièce se mit soudainement à tourner et l’adolescente chancelante s’adossa au mur afin de ne pas perdre pied. Peut-être n’est-ce pas le meilleur endroit pour manger? se demanda-t-elle. Cependant, la sensation fut vite passée. Caroline se dirigea alors prudemment vers l’un des nombreux fauteuils poire et s’y laissa tomber. Elle regarda autour d’elle. La bibliothèque semblait être le repère par excellence des âmes solitaires qui se recueillaient dans l’atmosphère quasi-mystique qui régnait dans cette grande pièce en forme de L. Quelques fois, l’oreille attentive pouvait discerner de doux chuchotements qui mouraient aussi calmement qu’ils étaient nés.
Paisiblement, Caroline ferma les yeux. Elle songea au cours d'économie et à Mélissa. Pour un instant, elle avait baissé sa garde. Elle avait cru peut-être avoir trouvé une amie, une vraie amie. Mélissa l'avait rendue assez à l'aise... jusqu'à ce qu'elle mentionne le mot «folle». Alors, Caroline s'était souvenue qu'elle était trop différente, qu'elle avait un secret qu'elle devait conserver. Elle ne pouvait pas se lier d'amitié avec quiconque.
Ces sombres nuages de pensées assombrirent ainsi la première journée d'école de Caroline qui ne se doutait pas des événements qui découleraient de sa rencontre avec Mélissa.
Caroline éprouva un pincement au cœur en observant toutes ces marques d'amitié. Les rares amis qu'elle avait eus à son ancienne école ne s'étaient même pas efforcés de lui demander sa nouvelle adresse ou son numéro de téléphone. Ils s'étaient foutus d'elle. Un poignard de glace sembla transpercer sa poitrine et les yeux de Caroline s'emplirent d'eau. Elle n'avait jamais eu de vrais amis. Une unique larme glissa lentement le long de sa joue. Elle tenta de réprimer ce torrent de tristesse, de haine et de désespoir qui tentait de la noyer. Elle ne pouvait se permettre une crise la première journée d'école. Elle s'essuya les yeux et se leva brusquement. Elle se mit à marcher d'un pas rapide. Elle ne savait pas où ses pieds la menaient, mais elle devait absolument faire quelque chose, n'importe quoi pour éviter cette catastrophe. Elle déambula dans les couloirs, parmi la masse de visages étrangers. Elle déambula seule, inaperçue.
La première cloche sonna, à demi étouffée dans la cacophonie générale, mais Caroline n'en fut pas consciente. Ce qui lui fit réaliser qu'elle devait se rendre à son premier cours fut le flot soudain d'étudiants qui coulaient autour d'elle. La jeune fille se laissa emporter par le courant bien qu'elle n'eût pas encore jeté un seul coup d’œil à son horaire. Elle avait été trop préoccupée par ses problèmes. Ainsi, lorsque les étudiants se dispersèrent afin de se rendre à leurs locaux respectifs, Caroline se retrouva seule dans cet étrange labyrinthe de corridors blanc délavé. Elle consulta son horaire. Elle commençait en français avec madame Évelyne Brulotte. Où pouvait bien se trouver ce local? Après plusieurs minutes de vaines recherches, l'inquiétude gagna Caroline. La deuxième cloche, annonçant le début des classes, allait bientôt retentir. Elle serait en retard la première journée d'école. Ça commence bien l'année, tu ne trouves pas? Une fois encore, tu vas rater cette journée! Fais donc quelque chose de bien pour une fois, Caroline Lapointe!
Son ange gardien devait veiller sur elle car, miracle, miracle, elle aperçut enfin son local. Elle y accourut et, en franchissant le seuil de la porte, la deuxième cloche se fit entendre. Caroline s'arrêta un instant en pénétrant dans la classe. Il y avait une vingtaine d'étudiants. La plupart se tournèrent de son côté et l'observèrent de la tête aux pieds. Elle était si mal à l'aise. Tous ces regards la rendaient nerveuse. Ils semblaient l'étudier comme ils étudieraient un insecte exotique sous un microscope. L'adolescente fouilla la classe furtivement du regard, tout en essayant de ne pas entrer en contact avec les yeux des autres, en vue d'un pupitre auquel s'asseoir. Elle opta pour un pupitre à l'arrière, d'où elle pourrait étudier la classe et ne pas être étudiée. Elle se concentra sur ses actions, sortir son cartable, son coffre à crayons, et, bientôt, les étudiants vaquaient à leurs affaires. Caroline regarda l’horloge accrochée au mur et réalisa qu’elle devrait demeurer dans cette prison sociale pendant près de sept heures encore. La jeune fille se mordit la lèvre inférieure et souhaita passer au travers cette journée sans complication supplémentaire.
Lorsque la première période fut terminée, Caroline rangea lentement ses effets, la tête baissée pour ne croiser le regard de personne. En peu de temps, la plupart des étudiants étaient sortis. Caroline balança son sac à dos sur ses épaules et releva la tête pour voir le couple qu'elle avait vu à l'agora lors de l'inscription. C'était les deux adolescents qui l'avaient entendu rire et l'avaient regardée amusés. Les couleurs se drainèrent de son visage. Heureusement, ils étaient dos à elle et sortaient de la classe. Mais ils l'avaient vue quand elle était arrivée. Pourquoi devait-elle toujours s'inquiéter de tout? Parce qu'elle devait bien paraître. Elle était la fille de Jessica Paradis et Rock Lapointe et il importait qu'elle projette la meilleure image possible. Caroline soupira. Elle était devenue une professionnelle des soupirs!
– Alors, Caroline, comment trouves-tu ta nouvelle école? demanda madame Brulotte, l’enseignante, en regardant tendrement Caroline.
– Je l'aime bien, répondit Caroline.
Quoique ce ne fût pas exactement vrai, ce n'était pas tout à fait faux non plus. Malgré les intenses émotions que les circonstances lui avaient fait vivre, son opinion sur ce nouvel environnement n’était pas encore formée.
– J'espère que les autres élèves ne te laisseront pas seule, lui confia sincèrement Mme Brulotte.
– Oh! Quelques-uns m'ont déjà adressé la parole, mentit Caroline.
– Ah oui? C'est très bien ça. Tu sais, je connais ces élèves depuis deux ans et ils sont très agréables. Je suis certaine que tu vas te faire de très bons amis!
Caroline répondit qu'elle l'espérait aussi. Elle souhaita une bonne journée à l'enseignante et s'éclipsa. Pour une première période, ç’aurait pu être mieux, pensa-t-elle. Si elle n'était pas arrivée en retard, elle aurait peut-être pu passer inaperçue. D'autre part, ses compagnons de classe avaient semblé très peu intéressés par ce nouveau spécimen qu'elle était. C'était probablement mieux ainsi. Son secret était beaucoup plus en sécurité sans amis intimes.
Elle se rendit à son deuxième cours en avance afin d'éviter la petite mésaventure de la première période. C'était un cours d’éducation à la vie économique. L’adolescente bâilla d’anticipation. L’enseignant, un jeune homme revêtant une tenue extravagante, salua Caroline du regard en ouvrant la porte du local. Elle se faufila rapidement à l'intérieur et s'empara d'une place dans le coin avant de la classe. Les pupitres étaient jumelés deux par deux donc, vraisemblablement, quelqu'un devrait s'asseoir à ses côtés. Caroline se prépara mentalement à ne rien gâcher cette fois-ci. Aussi effrayée qu'elle était d'aborder les gens, elle devait tout de même essayer de paraître bien.
Les étudiants arrivèrent par petits groupes. Caroline les observa, distinguant facilement les diverses divisions de la classe. Il y avait quatre factions qui se démarquaient. À en juger par les apparences, les étudiants à l'opposé de la classe -
– Je peux m'asseoir ici?
Caroline étudia l'adolescente qui venait de lui adresser la parole. C'était la fille du cours de français, celle qui se tenait avec le garçon, celle qui avait été amusée à l'agora. Elle était de taille moyenne, probablement aussi grande que Caroline. Ses cheveux châtains descendaient jusque sur ses épaules. Derrière de petites lunettes rondes, deux grands yeux verts pétillaient de malice.
– Bien sûr, répondit Caroline en souriant timidement, dissimulant du mieux qu'elle le pouvait la nervosité qui s'enracinait en elle.
Si la fille s'en rendit compte, elle ne le mentionna pas.
– Moi, c'est Mélissa Lacroix, dit la nouvelle camarade de Caroline en lui tendant une petite main délicate.
Caroline lui jeta un curieux regard et serra faiblement sa main.
– Caroline Lapointe.
– Donc, tu es nouvelle dans la région?
– Oui.
– Et tu t'en viens finir ton secondaire avec cette bande de fous? Je te plains!
Mélissa éclata de rire comme si c'était la meilleure blague qu'elle avait entendue depuis une éternité. Caroline trouva étrange que ce son, si spontané, si sincère, la réconfortât. Une partie de la tension qui habitait Caroline se dissipa. Une lueur d'espoir se mit à briller dans son cœur. Une amie, enfin? Peu à peu, un sourire se dessina sur ses lèvres.
– Tu vas voir, ils ne sont pas si mauvais que ça, lui assura Mélissa.
Elle la regardait avec un sourire en coin.
– Tu sais, continua Mélissa, tu nous as fait peur au début. On croyait que tu étais folle quand on t'a vue rire toute seule dans l'agora. Je suis rassurée maintenant, tu ne l'es pas plus que moi.
À ces mots, Caroline tressaillit. Le sourire de Mélissa disparut aussitôt et une expression d'inquiétude le remplaça.
– Ça va, Caroline? demanda Mélissa, sa voix empreinte de souci.
– J-J-Je... oui, ça va, répondit Caroline.
Cependant, avant que Mélissa puisse questionner Caroline davantage, l'enseignant, M. Gaudreau, débuta son cours.
Toute la période, Caroline évita de parler ou de regarder Mélissa. Les paroles que Mélissa avait prononcées avaient profondément troublé Caroline. Si elle savait ce que je fais, elle saurait à quel point je suis vraiment folle. Et je ne crois pas qu'elle désirerait m'adresser la parole à nouveau.
Lorsque le cours fut terminé, Mélissa tenta d'en savoir plus sur le malaise dont Caroline avait été prise un peu plus tôt, mais cette dernière balbutia quelque absurdité à propos d'une fièvre et se précipita hors de la classe.
C'était l'heure du dîner, mais Caroline n'osa pas manger à la cafétéria. Elle craignait devoir affronter Mélissa et s'expliquer. La force de le faire l'avait quittée. La jeune fille choisit de dîner à la bibliothèque.
En franchissant les portes de cette dernière, Caroline fut accueillie par une forte odeur âcre qui se dégageait des murs fraîchement peints en teintes apaisantes de bleu. La pièce se mit soudainement à tourner et l’adolescente chancelante s’adossa au mur afin de ne pas perdre pied. Peut-être n’est-ce pas le meilleur endroit pour manger? se demanda-t-elle. Cependant, la sensation fut vite passée. Caroline se dirigea alors prudemment vers l’un des nombreux fauteuils poire et s’y laissa tomber. Elle regarda autour d’elle. La bibliothèque semblait être le repère par excellence des âmes solitaires qui se recueillaient dans l’atmosphère quasi-mystique qui régnait dans cette grande pièce en forme de L. Quelques fois, l’oreille attentive pouvait discerner de doux chuchotements qui mouraient aussi calmement qu’ils étaient nés.
Paisiblement, Caroline ferma les yeux. Elle songea au cours d'économie et à Mélissa. Pour un instant, elle avait baissé sa garde. Elle avait cru peut-être avoir trouvé une amie, une vraie amie. Mélissa l'avait rendue assez à l'aise... jusqu'à ce qu'elle mentionne le mot «folle». Alors, Caroline s'était souvenue qu'elle était trop différente, qu'elle avait un secret qu'elle devait conserver. Elle ne pouvait pas se lier d'amitié avec quiconque.
Ces sombres nuages de pensées assombrirent ainsi la première journée d'école de Caroline qui ne se doutait pas des événements qui découleraient de sa rencontre avec Mélissa.
8/07/2006
Dernière semaine à Sherby!
C'est ma dernière semaine à Sherbrooke et je suis débordé au travail!
Et il faut que je fasse mes boîtes avant vendredi.
Et j'ai du karaté mardi et jeudi.
Oh là là!
On se revoit dimanche!
~Marc
Et il faut que je fasse mes boîtes avant vendredi.
Et j'ai du karaté mardi et jeudi.
Oh là là!
On se revoit dimanche!
~Marc
8/02/2006
Stigmates: chapitre 3
Le lendemain, Caroline se trouvait seule à son domicile. Jessica avait déjà commencé à travailler et Rock préparait ses cours à l'université. Son père y avait son bureau privé et prétendait que l'atmosphère y était beaucoup plus propice à… Quelle était son expression? À la dilatation de son esprit créateur. Peu importe ce que cela voulait dire. Si on en jugeait à ce que son père affirmait, tous les endroits étaient plus favorables à son esprit créateur que sa propre demeure. Caroline ressentit de la colère contre son père se manifester et aussitôt elle fut remplacée par de la culpabilité d'avoir même osé être fâchée contre celui-ci. Cette culpabilité se transforma en son tour en irritation envers elle-même. Comment pouvait-elle penser cela de son père! Caroline réprima ses sentiments et tenta de se distraire.
L'adolescente déambula de pièce en pièce dans la maison. Il y avait quelque chose d'à la fois merveilleux et terrible à propos de l'intimité qu'elle avait cette journée-là. Aujourd'hui, personne ne l'effraierait. Elle était en sécurité.
Caroline gagna sa chambre et se mit à feuilleter quelques magazines. Après près d'une heure, un sentiment étrange s'infiltra dans Caroline : la peur. La peur de quoi? La jeune fille n'en avait pas la moindre idée. Les minutes s'écoulaient et son inquiétude prenait de l'ampleur. Caroline savait que c'était insensé, elle n'avait rien à craindre. Cependant, l'adolescente était incapable de supprimer cette anxiété. Soudain, les souvenirs de la veille revinrent la hanter. Elle se rappela le garçon de l'agora. L'angoisse et la colère montèrent en elle.
La solitude devenait maintenant insupportable. Le silence écrasant allait la rendre folle. Les quatre murs de sa chambre semblaient se refermer sur elle. La jeune fille était prise de panique. Tout devenait flou, comme dans un rêve. Son esprit s'envolait. Non! Pourquoi aujourd'hui? Tout allait pourtant bien! Elle commençait à respirer de plus en plus vite. Elle regarda son lit. La solution était là. Elle pouvait arrêter cette crise facilement. Elle n'avait qu'à prendre ce qui se trouvait sous son matelas.
Lentement, elle souleva son matelas. Elle prit le petit canif qui y était caché. Son regard était vide maintenant. Son esprit était ailleurs. Elle se regardait à distance. Machinalement, elle sortit la plus grosse lame du canif. Elle releva la manche gauche de sa blouse et révéla des dizaines de cicatrices blanches, rouges, roses partout sur son bras. Elle mit la lame en contact avec sa peau et, sans même broncher, se coupa. La douleur la calma un peu mais ce n'était qu'une éraflure, alors elle répéta le mouvement plus lentement, en appliquant une plus grande pression sur le canif. Cette fois, la coupure était profonde. Du sang apparut à la surface. Caroline était hypnotisée par la vue du liquide rouge qui coulait le long de son bras. Désormais, la douleur était plus aiguë. Puis, sa fréquence cardiaque ralentit. Elle put respirer normalement. La douleur et le sang lui permettaient de se concentrer sur son corps. Son esprit revint et elle reprit contrôle de son corps.
Sa main lâcha le canif, elle recula contre le mur et se laissa glisser jusqu'au sol. Elle ferma les yeux. La peur, l'anxiété, l'angoisse, la colère, ces sentiments négatifs s'étaient tous échappés avec son sang et la douleur. Elle s’était relaxée. La douleur avait cet effet lorsqu'elle était utilisée correctement. C'était la médecine de Caroline. C'était son secret.
Caroline regarda son bras. Il saignait encore. Elle prit quelques mouchoirs et les appliqua contre sa coupure. Ils retiendraient son sang le temps qu'elle traverse à la salle de bains. Cette dernière communiquait heureusement avec la chambre de Caroline. Celle-ci se considérait particulièrement chanceuse, étant donné les circonstances. Elle fit couler l'eau du lavabo et rinça son bras. Puis, elle appliqua de l’eau oxygénée et un bandage sur sa coupure. Elle abaissa la manche de sa blouse. Rien ne paraissait. Elle imbiba d’eau quelques serviettes et nettoya le sang qui avait coulé le long de la lame du canif ainsi que sur le plancher de sa chambre. L’adolescente remit son précieux outil en place sous le matelas. Finalement, elle se coucha et dormit jusqu'en fin d'après-midi.
Caroline ouvrit lentement les yeux. Elle tourna la tête vers son radioréveil qui affichait seize heures. Bien. Elle était seule car sa mère travaillait jusqu'à dix-sept heures et son père, dix-sept heures trente. La jeune fille s’étira de façon très lasse et se rendit à la salle de bains. Elle s’aspergea le visage d’eau froide, dissipant efficacement la fatigue qui tentait de s’ancrer en elle. Elle inspecta ses vêtements dans le miroir afin de s'assurer qu'aucune goutte de sang n'y était tombée. Tout était comme il le fallait. Sa coupure ne s'était pas remise à saigner non plus. Cela lui ferait tout simplement une autre cicatrice.
Elle mit cet épisode derrière elle, tel elle le ferait d’une blessure accidentelle, et alla préparer le souper comme sa mère le lui avait demandé.
L'adolescente déambula de pièce en pièce dans la maison. Il y avait quelque chose d'à la fois merveilleux et terrible à propos de l'intimité qu'elle avait cette journée-là. Aujourd'hui, personne ne l'effraierait. Elle était en sécurité.
Caroline gagna sa chambre et se mit à feuilleter quelques magazines. Après près d'une heure, un sentiment étrange s'infiltra dans Caroline : la peur. La peur de quoi? La jeune fille n'en avait pas la moindre idée. Les minutes s'écoulaient et son inquiétude prenait de l'ampleur. Caroline savait que c'était insensé, elle n'avait rien à craindre. Cependant, l'adolescente était incapable de supprimer cette anxiété. Soudain, les souvenirs de la veille revinrent la hanter. Elle se rappela le garçon de l'agora. L'angoisse et la colère montèrent en elle.
La solitude devenait maintenant insupportable. Le silence écrasant allait la rendre folle. Les quatre murs de sa chambre semblaient se refermer sur elle. La jeune fille était prise de panique. Tout devenait flou, comme dans un rêve. Son esprit s'envolait. Non! Pourquoi aujourd'hui? Tout allait pourtant bien! Elle commençait à respirer de plus en plus vite. Elle regarda son lit. La solution était là. Elle pouvait arrêter cette crise facilement. Elle n'avait qu'à prendre ce qui se trouvait sous son matelas.
Lentement, elle souleva son matelas. Elle prit le petit canif qui y était caché. Son regard était vide maintenant. Son esprit était ailleurs. Elle se regardait à distance. Machinalement, elle sortit la plus grosse lame du canif. Elle releva la manche gauche de sa blouse et révéla des dizaines de cicatrices blanches, rouges, roses partout sur son bras. Elle mit la lame en contact avec sa peau et, sans même broncher, se coupa. La douleur la calma un peu mais ce n'était qu'une éraflure, alors elle répéta le mouvement plus lentement, en appliquant une plus grande pression sur le canif. Cette fois, la coupure était profonde. Du sang apparut à la surface. Caroline était hypnotisée par la vue du liquide rouge qui coulait le long de son bras. Désormais, la douleur était plus aiguë. Puis, sa fréquence cardiaque ralentit. Elle put respirer normalement. La douleur et le sang lui permettaient de se concentrer sur son corps. Son esprit revint et elle reprit contrôle de son corps.
Sa main lâcha le canif, elle recula contre le mur et se laissa glisser jusqu'au sol. Elle ferma les yeux. La peur, l'anxiété, l'angoisse, la colère, ces sentiments négatifs s'étaient tous échappés avec son sang et la douleur. Elle s’était relaxée. La douleur avait cet effet lorsqu'elle était utilisée correctement. C'était la médecine de Caroline. C'était son secret.
Caroline regarda son bras. Il saignait encore. Elle prit quelques mouchoirs et les appliqua contre sa coupure. Ils retiendraient son sang le temps qu'elle traverse à la salle de bains. Cette dernière communiquait heureusement avec la chambre de Caroline. Celle-ci se considérait particulièrement chanceuse, étant donné les circonstances. Elle fit couler l'eau du lavabo et rinça son bras. Puis, elle appliqua de l’eau oxygénée et un bandage sur sa coupure. Elle abaissa la manche de sa blouse. Rien ne paraissait. Elle imbiba d’eau quelques serviettes et nettoya le sang qui avait coulé le long de la lame du canif ainsi que sur le plancher de sa chambre. L’adolescente remit son précieux outil en place sous le matelas. Finalement, elle se coucha et dormit jusqu'en fin d'après-midi.
Caroline ouvrit lentement les yeux. Elle tourna la tête vers son radioréveil qui affichait seize heures. Bien. Elle était seule car sa mère travaillait jusqu'à dix-sept heures et son père, dix-sept heures trente. La jeune fille s’étira de façon très lasse et se rendit à la salle de bains. Elle s’aspergea le visage d’eau froide, dissipant efficacement la fatigue qui tentait de s’ancrer en elle. Elle inspecta ses vêtements dans le miroir afin de s'assurer qu'aucune goutte de sang n'y était tombée. Tout était comme il le fallait. Sa coupure ne s'était pas remise à saigner non plus. Cela lui ferait tout simplement une autre cicatrice.
Elle mit cet épisode derrière elle, tel elle le ferait d’une blessure accidentelle, et alla préparer le souper comme sa mère le lui avait demandé.
7/29/2006
On the Nature of Science
Je suis un scientifique et fier de l'être. Malheureusement, encore aujourd'hui plusieurs personnes épousent des conceptions erronées de la méthode scientifique. Et que dire de la popularité des pseudosciences et des mentalités nouvel âge (énergie, cristaux...)!
C'est donc avec un plaisir avide que j'ai lu cet article de B.K. Jennings, physicien au TRIUMF (laboratoire canadien de physique subatomique): On the Nature of Science. Je suis de l'avis que c'est ce genre de choses que l'on devrait enseigner aux enfants dans les cours de sciences. Il me semble que l'on pourrait ajouter ceci au curriculum du cours de Sciences physiques de 2e secondaire.
D'ailleurs, j'ai découvert un autre domaine de la physique qui m'intéresse énormément: la pédagogie des sciences! Je veux dire par là, la façon dont on enseigne la physique et les sciences en général. Ça touche aussi à l'élaboration des programmes enseignés dans les institutions scolaires. Je trouve cela tout à fait fascinant et je crois sincèrement qu'on a besoin de mettre du temps et de l'effort là-dedans! Dernièrement, je lisais un article qui examinait le raisonnement d'étudiants de première année universitaire dans un cours d'introduction à la physique. Je crois avoir reconnu certains de mes amis dans la façon dont les étudiants abordaient les problèmes!
~Marc
C'est donc avec un plaisir avide que j'ai lu cet article de B.K. Jennings, physicien au TRIUMF (laboratoire canadien de physique subatomique): On the Nature of Science. Je suis de l'avis que c'est ce genre de choses que l'on devrait enseigner aux enfants dans les cours de sciences. Il me semble que l'on pourrait ajouter ceci au curriculum du cours de Sciences physiques de 2e secondaire.
D'ailleurs, j'ai découvert un autre domaine de la physique qui m'intéresse énormément: la pédagogie des sciences! Je veux dire par là, la façon dont on enseigne la physique et les sciences en général. Ça touche aussi à l'élaboration des programmes enseignés dans les institutions scolaires. Je trouve cela tout à fait fascinant et je crois sincèrement qu'on a besoin de mettre du temps et de l'effort là-dedans! Dernièrement, je lisais un article qui examinait le raisonnement d'étudiants de première année universitaire dans un cours d'introduction à la physique. Je crois avoir reconnu certains de mes amis dans la façon dont les étudiants abordaient les problèmes!
~Marc
7/27/2006
Uh-oh...
J'ai écrit à l'Université de Montréal pour avoir des informations sur le programme de maîtrise en physique médicale puisque, après tout, septembre 2007 arrive à grands pas! J'ai été un peu inquiété d'apprendre qu'ils reçoivent entre 15 et 20 demandes d'admission par année, mais qu'ils en acceptent que 4 ou 5.
Uh-oh...
C'est vraiment pas beaucoup, ça. On m'a dit que la décision est basée sur le dossier scolaire, l'expérience de recherche et une entrevue. Bref, l'affaire n'est pas autant dans le sac que je le croyais.
C'est ainsi qu'il faut sérieusement que je pense à un second et même un troisième choix pour ma maîtrise. Auparavant, je voulais faire ma maîtrise en physique des particules à Montréal. Je ne suis plus certain si ce domaine m'intéresse autant.
Or, je voudrais vraiment aller à Montréal. J'aime la ville, l'université me paraît très bien, je pourrais faire du karaté avec Sensei Katsumata... Mais ces temps-ci, je suis plus intéressé par la physique médicale.
L'Université Laval offre un programme de maîtrise en physique médicale, donc ça serait une option. Québec, c'est une superbe ville. Mais je n'ai pas vraiment le goût de m'entraîner avec Dany Martel... Je pourrais me trouver un autre club. Peut-être un style différent.
Puis, l'Université Carleton, à Ottawa, offre également un programme de maîtrise en physique médicale. L'avantage de cette option, c'est que c'est en Outaouais. Probablement que je resterais avec ma mère et mon frère. Après tout, ça serait un peu idiot de déménager en appart et de dépenser de l'argent pour mon logement quand j'ai un toit gratuit disponible. Je pourrais rester à mon cher dojo. Mais l'université est anglophone.
Finalement, je pourrais *grande inspiration* mettre la physique de côté et faire un baccalauréat en linguistique à l'Université d'Ottawa! C'est une option que je considère souvent... mais je ne sais pas trop... Si je décide de retourner à la physique plus tard, ça risque d'être difficile de me remettre dedans et de faire une maîtrise. Je devrais peut-être me débarrasser de la physique tout de suite. Je veux dire, je devrais peut-être faire ma maîtrise et mon doctorat tout de suite après mon bacc et seulement ensuite aller en linguistique si je veux... mais ça m'étonnerait qu'après un bacc, une maîtrise et un doc, je veuille encore rester à l'université. Je risque d'en avoir plein mon casque d'étudier!
Oh là là! Décision, décision...
~Marc
Uh-oh...
C'est vraiment pas beaucoup, ça. On m'a dit que la décision est basée sur le dossier scolaire, l'expérience de recherche et une entrevue. Bref, l'affaire n'est pas autant dans le sac que je le croyais.
C'est ainsi qu'il faut sérieusement que je pense à un second et même un troisième choix pour ma maîtrise. Auparavant, je voulais faire ma maîtrise en physique des particules à Montréal. Je ne suis plus certain si ce domaine m'intéresse autant.
Or, je voudrais vraiment aller à Montréal. J'aime la ville, l'université me paraît très bien, je pourrais faire du karaté avec Sensei Katsumata... Mais ces temps-ci, je suis plus intéressé par la physique médicale.
L'Université Laval offre un programme de maîtrise en physique médicale, donc ça serait une option. Québec, c'est une superbe ville. Mais je n'ai pas vraiment le goût de m'entraîner avec Dany Martel... Je pourrais me trouver un autre club. Peut-être un style différent.
Puis, l'Université Carleton, à Ottawa, offre également un programme de maîtrise en physique médicale. L'avantage de cette option, c'est que c'est en Outaouais. Probablement que je resterais avec ma mère et mon frère. Après tout, ça serait un peu idiot de déménager en appart et de dépenser de l'argent pour mon logement quand j'ai un toit gratuit disponible. Je pourrais rester à mon cher dojo. Mais l'université est anglophone.
Finalement, je pourrais *grande inspiration* mettre la physique de côté et faire un baccalauréat en linguistique à l'Université d'Ottawa! C'est une option que je considère souvent... mais je ne sais pas trop... Si je décide de retourner à la physique plus tard, ça risque d'être difficile de me remettre dedans et de faire une maîtrise. Je devrais peut-être me débarrasser de la physique tout de suite. Je veux dire, je devrais peut-être faire ma maîtrise et mon doctorat tout de suite après mon bacc et seulement ensuite aller en linguistique si je veux... mais ça m'étonnerait qu'après un bacc, une maîtrise et un doc, je veuille encore rester à l'université. Je risque d'en avoir plein mon casque d'étudier!
Oh là là! Décision, décision...
~Marc
7/26/2006
Stigmates: chapitre 2
Caroline se réveilla en sursaut. Elle s'était endormie tout habillée sans même se réveiller une seule fois pendant la nuit. Elle se souvint tout à coup quel jour il était et pour un instant fut prise de panique. Elle regarda son radioréveil. Huit heures et demie du matin. Elle devait se rendre à sa nouvelle école pour s'inscrire aujourd'hui. En avant-midi? Non… Ce n’est qu’à quatorze heures. Caroline se calma. Elle avait encore plusieurs heures devant elle. Pourtant, elle décida que cela ne lui ferait pas de mal de se lever tout de suite. Elle pourrait peut-être en profiter pour regarder un film ou deux ; il y avait un club vidéo près de sa nouvelle demeure.
Mais avant tout, une bonne douche! Caroline détestait passer une seule journée sans se laver.
En sortant de la douche, elle aperçut son reflet dans le miroir. Une adolescente de seize ans au visage hâve la regardait. De grands yeux bleu clair, rivalisant même avec la pureté du ciel, dominaient sa figure. D'après sa grand-mère, elle possédait le plus magnifique des regards. Elle ferait rêvasser bien des garçons, disait-elle aussi. Caroline en doutait fortement. Ses lèvres étaient minces et pâles, rien à attirer les garçons. Son cou était bien trop long et son corps bien trop maigre pour que les garçons ne la remarquent... et c'était beaucoup mieux ainsi. Les garçons la mettaient mal à l'aise. Son regard descendit et se porta sur ses bras. Ses bras... Elle détourna les yeux. Ce n'était pas le temps d'y penser.
Elle sécha sa longue chevelure brune, se rhabilla et descendit à la cuisine. L'adolescente avait cru qu'elle trouverait sa mère à la salle à manger en train de lire les petites annonces dans les journaux, mais elle n'y était pas. Jessica avait laissé une note sur le réfrigérateur. Elle était partie à la bibliothèque.
Ainsi, sa mère s'était peut-être déniché un emploi. Lorsqu'ils vivaient dans leur ancienne ville, Jessica travaillait au restaurant de ses parents. Frères et sœurs y avaient tous aidé papa et maman. Après environ vingt-huit années de fidèle service au restaurant familial, c'était un repos bien mérité qu'elle prenait de cet environnement. Jessica s’était donc mise à la recherche d’un nouvel emploi plus reposant que le dernier.
Caroline se fit griller quelques rôties et mangea en vitesse. Elle ne savait pas quand sa mère serait de retour et elle voulait profiter du temps qu'elle avait pour elle-même. La jeune fille avait perdu l'envie de visionner des films, donc elle se retrouva devant l'écran de son ordinateur à naviguer dans Internet.
Quelques heures plus tard, elle entendait la porte s’ouvrir et sa mère l’appeler. Caroline descendit la rencontrer. Jessica radiait de joie. Son regard était, chose étonnante, adouci. Elle sourit à sa fille.
– Et alors, maman, qu’est-ce qu’il y a de si joyeux?
– Je suis allée à la bibliothèque il y a quelques jours et j’y suis retournée aujourd’hui. J’y ai eu un emploi! Ce n’est qu’une bibliothèque municipale, je sais, ce n'est pas comme môssieur Lapointe qui travaille à l’université, et franchement, qu'est-ce qu'elle a de si spécial cette université? Mais tout de même!
Un sourire se dessina sur les lèvres de Caroline. Elle aimait bien voir sa mère heureuse. Elle la félicita.
– Quand vas-tu travailler? demanda Caroline.
– Je commence dès cet après-midi. Alors, je vais aller te reconduire à l’école très bientôt si je veux y arriver à temps.
– Mais comment vais-je revenir?
– J’ai pensé que tu pourrais prendre l’autobus. Te familiariser avec la ligne que tu devras prendre cette année. Je vais te donner de l’argent pour un billet.
Bien que l’idée de passer plus de temps qu’elle ne le dût dans cette nouvelle école et de devoir prendre l’autobus seule lui déplaisait énormément, l’adolescente ne put qu’acquiescer. Elle faussa compagnie à sa mère et alla préparer les choses qu’il lui faudrait lors de son inscription.
Caroline était assise dans l'agora de l'école. Il lui restait encore une demi-heure à tuer avant de devoir se mettre en ligne pour s'inscrire. L'adolescente regardait autour d'elle. Il y avait une longue file de futurs étudiants avec leurs parents qui longeait le corridor menant à la cafétéria, où se tenait l’inscription. Certains étaient même accompagnés de leurs frères et sœurs et de leur grand-mère. C'était probablement des jeunes de la première secondaire. Caroline se demanda si certains apporteraient même leur chien ou leur chat. Un petit rire s'échappa de sa bouche. Deux adolescents qui passaient dans l'agora la regardèrent d'un air amusé et Caroline se sentit rougir. Elle détourna rapidement son regard et prétendit s’intéresser soudainement à observer ses pieds. La jeune fille se mordit la lèvre inférieure. Que penseraient-ils d'elle?
L'anxiété essayait de s'installer dans Caroline. Pas ici! cria-t-elle dans sa tête. Elle ferma les yeux et essaya de s'imaginer à l'ombre de son pommier, comme l’après-midi précédent. Elle avait découvert que simplement s'asseoir sous cet arbre et admirer la nature l'aidait à relaxer... mais ce n'était pas assez pour éviter de –
– Ça va?
Caroline ouvrit subitement les yeux.
– Mon Dieu, pardonne-moi de t'avoir fait si peur! dit un très beau garçon qui était penché devant elle. Bien trop près d'elle à son goût.
– J-J-J'étais en train de penser à… à l'inscription et toutes ces choses-là, débita-t-elle. Son cœur battait la chamade. Mais vas-tu t'éloigner!
– Oh! Je ne m'en ferais pas trop si j'étais toi. Ça n'a jamais tué... que deux personnes! lança-t-il en riant. Et il s'éloigna, allant rejoindre un groupe d'amis dans le coin opposé de l'agora.
Caroline le regarda avec d'énormes yeux, la bouche entrouverte. Puis, elle bondit sur ses deux pieds et accourut aux toilettes des filles. Elle ignora les drôles de regards que les gens lui jetèrent. Elle poussa la porte et s'immobilisa. Quelques jeunes filles se brossaient les cheveux devant les miroirs. Caroline s'enferma dans le premier cabinet. Elle s'assit sur la toilette, haletant. Un frisson lui parcourut le dos. Elle referma les yeux. Elle espérait que le garçon et ses amis ne seraient pas dans ses cours. Mais pourquoi lui avait-il fait si peur en premier lieu?
C’était simple : lorsque quelqu'un la surprenait alors qu'elle réfléchissait à son secret, une peur ridicule que cette personne puisse lire ses pensées l'envahissait, aussi fou que cela paraissait. Son secret. Son secret qu’elle gardait depuis ce qu’il lui semblait une éternité. Son secret que personne, personne au monde entier, ne devait connaître l'existence! Ce secret qui la mettait à part des gens normaux. Elle était différente des autres et elle le savait.
Caroline secoua la tête et prit de profondes inspirations. Elle ouvrit les yeux et put respirer un peu plus normalement. Son anxiété était passée mais la jeune fille demeura songeuse. Elle n'osait pas retourner à l'agora et affronter le garçon et ses amis. Ils riraient sûrement d'elle. Caroline ne croyait pas être capable de supporter pareille humiliation, pas ici, pas maintenant. Pourquoi sa famille avait-elle dû déménager? Mais aurait-il été mieux de rester dans leur ancienne ville? Caroline n'arrivait pas à répondre à ces questions. L’adolescente demeura longtemps immobile et méditative. Puis, elle jeta un coup d’œil à sa montre et décida qu'il était temps de se mettre en ligne.
Les gens en ligne étaient maintenant plus vieux. La plupart de ceux-ci semblaient de l'âge de Caroline qui s'efforçait de les observer discrètement. Son père, sachant qu’il ne pourrait encore une fois se libérer ce jour-là, avait insisté pour qu'ils rencontrent le nouveau directeur de Caroline plus tôt cette semaine. Celle-ci était inscrite dans un programme spécial, le programme d’éducation internationale, depuis la première secondaire. Son nouveau directeur leur avait expliqué qu'il n'y avait que deux groupes d'étudiants en cinquième secondaire dans ce programme à cette école. Ainsi, elle serait presque toujours avec les mêmes gens. Elle serait donc remarquée. Caroline se mordit la lèvre inférieure. Elle voyait tout cela d’un très mauvais œil. Elle eut préféré pouvoir passer inaperçue dans sa nouvelle classe. C'était là l’un des principaux aspects qui inquiétaient la jeune étudiante dans cette nouvelle école.
– Sais-tu qui a quitté l'inter? demanda une fille à son amie en face de Caroline.
– Je sais que Martine est partie. Pauline St-Jacques, Estelle Boudria et Marcel Legault sont tous partis aussi.
– C'est dommage pour Martine. Il ne reste qu'une année. Pourquoi s'en aller? Quant à Pauline et le reste, ce n'est qu'un bon débarras! répondit la première avec ce que Caroline croyait être un accent espagnol.
Alors les deux sont en cinquième secondaire, conclut Caroline. La première était grande, plus grande que Caroline, avait le teint basané et de courts cheveux noirs. La deuxième était petite et semblait sur le point de défaillir. Elle avait de courts cheveux blonds frisés que Caroline trouvait très jolis.
La petite demanda à son amie s’il y avait des nouveaux. Cette dernière avoua son ignorance. Pour un moment, Caroline caressa l'idée de leur adresser la parole et de leur révéler son arrivée à cette nouvelle école. Elle n'en eut pas le courage. La jeune fille craignait de s'imposer dans la conversation et de déranger les deux filles. Elle avait le don de dire les mauvaises choses au mauvais moment, puis elle ne voulait pas risquer une autre situation comme celle avec le garçon à l'agora. Elle s'abstint donc d'aborder leur conversation.
Caroline continua de tendre l'oreille aux paroles des deux filles. Cela lui permettrait d'en apprendre un peu plus sur les gens avec lesquels elle s'apprêtait à passer l'année scolaire. Elle pourrait ainsi se préparer mentalement à… à tout gâcher lorsqu'elle les rencontrerait, admit-elle intérieurement. Elle n'était tout simplement pas douée avec les autres. Elle était trop différente.
Ce soir-là, elle repensa aux événements de la journée. L'échange entre les deux filles en face d'elle ne lui avait pas appris beaucoup de choses. Elles s'étaient raconté leurs vacances et avaient parlé des beaux garçons qu'elles avaient rencontrés durant l'été. Rien de tout cela n'avait vraiment intéressé Caroline. Au moins, se consolait-elle, elle n'avait pas revu le garçon de l'agora et sa peur injustifiée l'avait quittée. Et avec cette pensée, en quelque sorte, réconfortante, elle s'endormit.
Mais avant tout, une bonne douche! Caroline détestait passer une seule journée sans se laver.
En sortant de la douche, elle aperçut son reflet dans le miroir. Une adolescente de seize ans au visage hâve la regardait. De grands yeux bleu clair, rivalisant même avec la pureté du ciel, dominaient sa figure. D'après sa grand-mère, elle possédait le plus magnifique des regards. Elle ferait rêvasser bien des garçons, disait-elle aussi. Caroline en doutait fortement. Ses lèvres étaient minces et pâles, rien à attirer les garçons. Son cou était bien trop long et son corps bien trop maigre pour que les garçons ne la remarquent... et c'était beaucoup mieux ainsi. Les garçons la mettaient mal à l'aise. Son regard descendit et se porta sur ses bras. Ses bras... Elle détourna les yeux. Ce n'était pas le temps d'y penser.
Elle sécha sa longue chevelure brune, se rhabilla et descendit à la cuisine. L'adolescente avait cru qu'elle trouverait sa mère à la salle à manger en train de lire les petites annonces dans les journaux, mais elle n'y était pas. Jessica avait laissé une note sur le réfrigérateur. Elle était partie à la bibliothèque.
Ainsi, sa mère s'était peut-être déniché un emploi. Lorsqu'ils vivaient dans leur ancienne ville, Jessica travaillait au restaurant de ses parents. Frères et sœurs y avaient tous aidé papa et maman. Après environ vingt-huit années de fidèle service au restaurant familial, c'était un repos bien mérité qu'elle prenait de cet environnement. Jessica s’était donc mise à la recherche d’un nouvel emploi plus reposant que le dernier.
Caroline se fit griller quelques rôties et mangea en vitesse. Elle ne savait pas quand sa mère serait de retour et elle voulait profiter du temps qu'elle avait pour elle-même. La jeune fille avait perdu l'envie de visionner des films, donc elle se retrouva devant l'écran de son ordinateur à naviguer dans Internet.
Quelques heures plus tard, elle entendait la porte s’ouvrir et sa mère l’appeler. Caroline descendit la rencontrer. Jessica radiait de joie. Son regard était, chose étonnante, adouci. Elle sourit à sa fille.
– Et alors, maman, qu’est-ce qu’il y a de si joyeux?
– Je suis allée à la bibliothèque il y a quelques jours et j’y suis retournée aujourd’hui. J’y ai eu un emploi! Ce n’est qu’une bibliothèque municipale, je sais, ce n'est pas comme môssieur Lapointe qui travaille à l’université, et franchement, qu'est-ce qu'elle a de si spécial cette université? Mais tout de même!
Un sourire se dessina sur les lèvres de Caroline. Elle aimait bien voir sa mère heureuse. Elle la félicita.
– Quand vas-tu travailler? demanda Caroline.
– Je commence dès cet après-midi. Alors, je vais aller te reconduire à l’école très bientôt si je veux y arriver à temps.
– Mais comment vais-je revenir?
– J’ai pensé que tu pourrais prendre l’autobus. Te familiariser avec la ligne que tu devras prendre cette année. Je vais te donner de l’argent pour un billet.
Bien que l’idée de passer plus de temps qu’elle ne le dût dans cette nouvelle école et de devoir prendre l’autobus seule lui déplaisait énormément, l’adolescente ne put qu’acquiescer. Elle faussa compagnie à sa mère et alla préparer les choses qu’il lui faudrait lors de son inscription.
Caroline était assise dans l'agora de l'école. Il lui restait encore une demi-heure à tuer avant de devoir se mettre en ligne pour s'inscrire. L'adolescente regardait autour d'elle. Il y avait une longue file de futurs étudiants avec leurs parents qui longeait le corridor menant à la cafétéria, où se tenait l’inscription. Certains étaient même accompagnés de leurs frères et sœurs et de leur grand-mère. C'était probablement des jeunes de la première secondaire. Caroline se demanda si certains apporteraient même leur chien ou leur chat. Un petit rire s'échappa de sa bouche. Deux adolescents qui passaient dans l'agora la regardèrent d'un air amusé et Caroline se sentit rougir. Elle détourna rapidement son regard et prétendit s’intéresser soudainement à observer ses pieds. La jeune fille se mordit la lèvre inférieure. Que penseraient-ils d'elle?
L'anxiété essayait de s'installer dans Caroline. Pas ici! cria-t-elle dans sa tête. Elle ferma les yeux et essaya de s'imaginer à l'ombre de son pommier, comme l’après-midi précédent. Elle avait découvert que simplement s'asseoir sous cet arbre et admirer la nature l'aidait à relaxer... mais ce n'était pas assez pour éviter de –
– Ça va?
Caroline ouvrit subitement les yeux.
– Mon Dieu, pardonne-moi de t'avoir fait si peur! dit un très beau garçon qui était penché devant elle. Bien trop près d'elle à son goût.
– J-J-J'étais en train de penser à… à l'inscription et toutes ces choses-là, débita-t-elle. Son cœur battait la chamade. Mais vas-tu t'éloigner!
– Oh! Je ne m'en ferais pas trop si j'étais toi. Ça n'a jamais tué... que deux personnes! lança-t-il en riant. Et il s'éloigna, allant rejoindre un groupe d'amis dans le coin opposé de l'agora.
Caroline le regarda avec d'énormes yeux, la bouche entrouverte. Puis, elle bondit sur ses deux pieds et accourut aux toilettes des filles. Elle ignora les drôles de regards que les gens lui jetèrent. Elle poussa la porte et s'immobilisa. Quelques jeunes filles se brossaient les cheveux devant les miroirs. Caroline s'enferma dans le premier cabinet. Elle s'assit sur la toilette, haletant. Un frisson lui parcourut le dos. Elle referma les yeux. Elle espérait que le garçon et ses amis ne seraient pas dans ses cours. Mais pourquoi lui avait-il fait si peur en premier lieu?
C’était simple : lorsque quelqu'un la surprenait alors qu'elle réfléchissait à son secret, une peur ridicule que cette personne puisse lire ses pensées l'envahissait, aussi fou que cela paraissait. Son secret. Son secret qu’elle gardait depuis ce qu’il lui semblait une éternité. Son secret que personne, personne au monde entier, ne devait connaître l'existence! Ce secret qui la mettait à part des gens normaux. Elle était différente des autres et elle le savait.
Caroline secoua la tête et prit de profondes inspirations. Elle ouvrit les yeux et put respirer un peu plus normalement. Son anxiété était passée mais la jeune fille demeura songeuse. Elle n'osait pas retourner à l'agora et affronter le garçon et ses amis. Ils riraient sûrement d'elle. Caroline ne croyait pas être capable de supporter pareille humiliation, pas ici, pas maintenant. Pourquoi sa famille avait-elle dû déménager? Mais aurait-il été mieux de rester dans leur ancienne ville? Caroline n'arrivait pas à répondre à ces questions. L’adolescente demeura longtemps immobile et méditative. Puis, elle jeta un coup d’œil à sa montre et décida qu'il était temps de se mettre en ligne.
Les gens en ligne étaient maintenant plus vieux. La plupart de ceux-ci semblaient de l'âge de Caroline qui s'efforçait de les observer discrètement. Son père, sachant qu’il ne pourrait encore une fois se libérer ce jour-là, avait insisté pour qu'ils rencontrent le nouveau directeur de Caroline plus tôt cette semaine. Celle-ci était inscrite dans un programme spécial, le programme d’éducation internationale, depuis la première secondaire. Son nouveau directeur leur avait expliqué qu'il n'y avait que deux groupes d'étudiants en cinquième secondaire dans ce programme à cette école. Ainsi, elle serait presque toujours avec les mêmes gens. Elle serait donc remarquée. Caroline se mordit la lèvre inférieure. Elle voyait tout cela d’un très mauvais œil. Elle eut préféré pouvoir passer inaperçue dans sa nouvelle classe. C'était là l’un des principaux aspects qui inquiétaient la jeune étudiante dans cette nouvelle école.
– Sais-tu qui a quitté l'inter? demanda une fille à son amie en face de Caroline.
– Je sais que Martine est partie. Pauline St-Jacques, Estelle Boudria et Marcel Legault sont tous partis aussi.
– C'est dommage pour Martine. Il ne reste qu'une année. Pourquoi s'en aller? Quant à Pauline et le reste, ce n'est qu'un bon débarras! répondit la première avec ce que Caroline croyait être un accent espagnol.
Alors les deux sont en cinquième secondaire, conclut Caroline. La première était grande, plus grande que Caroline, avait le teint basané et de courts cheveux noirs. La deuxième était petite et semblait sur le point de défaillir. Elle avait de courts cheveux blonds frisés que Caroline trouvait très jolis.
La petite demanda à son amie s’il y avait des nouveaux. Cette dernière avoua son ignorance. Pour un moment, Caroline caressa l'idée de leur adresser la parole et de leur révéler son arrivée à cette nouvelle école. Elle n'en eut pas le courage. La jeune fille craignait de s'imposer dans la conversation et de déranger les deux filles. Elle avait le don de dire les mauvaises choses au mauvais moment, puis elle ne voulait pas risquer une autre situation comme celle avec le garçon à l'agora. Elle s'abstint donc d'aborder leur conversation.
Caroline continua de tendre l'oreille aux paroles des deux filles. Cela lui permettrait d'en apprendre un peu plus sur les gens avec lesquels elle s'apprêtait à passer l'année scolaire. Elle pourrait ainsi se préparer mentalement à… à tout gâcher lorsqu'elle les rencontrerait, admit-elle intérieurement. Elle n'était tout simplement pas douée avec les autres. Elle était trop différente.
Ce soir-là, elle repensa aux événements de la journée. L'échange entre les deux filles en face d'elle ne lui avait pas appris beaucoup de choses. Elles s'étaient raconté leurs vacances et avaient parlé des beaux garçons qu'elles avaient rencontrés durant l'été. Rien de tout cela n'avait vraiment intéressé Caroline. Au moins, se consolait-elle, elle n'avait pas revu le garçon de l'agora et sa peur injustifiée l'avait quittée. Et avec cette pensée, en quelque sorte, réconfortante, elle s'endormit.
7/22/2006
Stigmates: chapitre 1
C'était une journée chaude. Le mercure atteignait déjà les 28 degrés Celsius. Néanmoins, le vent rendait cet après-midi de mi-août particulièrement confortable. Quelques nuages solitaires défilaient rapidement dans le ciel. Au loin, on entendait le grondement d'une tondeuse à gazon.
Assise à l'ombre d'un pommier, Caroline Lapointe essayait de relaxer. Les yeux fermés, elle prenait plaisir à se faire caresser la peau par une brise estivale. L'adolescente se laissait doucement bercer par les gazouillis d'oiseaux qui se régalaient des pommes suspendues à l'arbre. La jeune fille respirait lentement, profondément. Mais ce n'était pas assez. Elle essayait vainement de chasser les souvenirs de la dispute qu'elle avait eue avec sa mère en matinée. Une autre dispute. Et c'était encore de sa faute, naturellement. Caroline semblait posséder un don pour gaffer. Elle soupira. Au moins la tension qu'elle avait ressentie après la dispute s'était dissipée puisqu'elle s'était... retirée dans sa chambre pour un certain temps. Elle poussa un autre soupir. Elle ne devait pas penser à ces choses-là.
Soudain, la sonnerie du téléphone retentit et l'extirpa de ses pensées. Caroline se leva rapidement et courut jusque dans la maison. Au quatrième coup, elle sauta sur le combiné et le décrocha.
– Allô?
– Caroline? dit son père à l'autre bout de la ligne. Ça va? Tu sembles à bout de souffle.
– J'étais à l'extérieur et j'ai dû courir pour venir répondre au téléphone... Maman prend un bain.
– Oh. D'accord, alors dis-lui que je vais revenir de l'université vers dix-sept heures trente.
– Parfait, papa, lança Caroline. À ce soir.
– Bye, chouette.
Caroline regarda le téléphone longuement en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Son père était toujours à l'université. L'endroit était devenu sa résidence principale. Oui, il était professeur de biologie et c'était un tout nouveau milieu de travail, mais les vacances n'étaient même pas terminées. Il aurait pu passer un peu de temps avec sa mère et elle.
– Qui était-ce? demanda une voix ferme derrière Caroline.
– Papa, répondit Caroline en se retournant.
Jessica Paradis, sa mère, se tenait devant elle, le corps droit, l'air hautain. Tout en elle annonçait la maîtresse de la maison. Elle portait une robe de chambre en soie décorée de jolis motifs de roses et une serviette était enroulée autour de ses longs cheveux noirs. Quelques rides se dessinaient déjà sur sa figure, bien qu'elle essayât de les dissimuler le plus souvent possible derrière son maquillage. Son regard quelque peu froid et dur dénonçait le caractère strict de cette jeune quadragénaire. D'une certaine manière, Caroline trouvait que sa mère ressemblait à un aigle avec son long nez crochu qui, en lui seul, suffisait pour chasser la beauté de son visage. Mis à part ce défaut, c'était une femme dont les formes généreuses séduisaient les hommes avides de chair.
– Va-t-il coucher à l'université ce soir? demanda Jessica un léger sourire aux lèvres.
– Non... du moins, pas ce soir, dit Caroline bien qu'elle n'eût pas le cœur à la plaisanterie. Maman... eum... excuse-moi pour tout à l'heure. Je suis désolée.
Jessica la regarda un instant, son visage indéchiffrable. Caroline baissa les yeux. Elle ne pouvait supporter ce regard. Il semblait l'examiner sous tous ses jours, la disséquer, étudier les plus sombres recoins de son âme. Un sentiment d'affolement et de culpabilité l'assaillirent.
– Je suis vraiment désolée, maman, répéta Caroline, penaude.
– N'y pense plus, ma chérie. Toutefois, n'oublie pas ce que ton père a fait pour nous.
Caroline hocha la tête vigoureusement. Qu'elle avait été égoïste! Ne penser qu'à elle et totalement ignorer ses parents. C'était impardonnable.
– Bon, laisse-moi le temps d'aller m'habiller et me sécher les cheveux et nous irons à la librairie nous procurer ton matériel scolaire, d'accord? continua sa mère d'un ton enjoué.
L’école à présent… Tout ce dont j’avais besoin, pensa Caroline. La jeune fille soupira encore une fois et alla attendre sa mère à l'extérieur.
Rock Lapointe était un homme d'une quarantaine d'années. Ses courts cheveux brun foncé étaient parsemés de gris. Ses yeux bruns semblaient doux, toutefois Caroline savait qu’il ne suffisait que de quelques secondes pour transformer ce regard et le rendre dur comme le roc. Il n'était pas costaud mais avait les épaules assez larges. Sa taille moyenne l’aidait à passer facilement inaperçu dans la foule.
Évidemment, Rock parlait de son travail. Il était obsédé par ce dernier. Cependant, il avait une raison pour en parler autant ces temps-ci : il venait d'obtenir un nouveau poste en tant que professeur de biologie à temps plein à l’université de la région. Le quadragénaire était visiblement très excité par ce nouvel emploi. Toutefois, Caroline aurait aimé que son père se taise pour quelques secondes.
– Et puis, dans deux ans, était-il en train de raconter avec un entrain que lui seul avait pour ce qu'il disait, ils vont construire de tout nouveaux laboratoires de biologie à la fine pointe de la technologie. J'ai eu la chance de jeter un coup d’œil aux plans et, franchement, je suis resté bouche bée. C'est si impressionnant!
Caroline roula les yeux et s'empressa de terminer son repas pour échapper à la suite du récit rébarbatif de son père. Jessica, d'autre part, semblait indifférente à la longue tirade de son mari, mâchant machinalement et hochant la tête ici et là.
Caroline se demandait si son père remarquait qu'il n'intéressait personne ou s'il refusait tout simplement de reconnaître leur manque d'intérêt dans leur attitude. D'une façon ou d'une autre, rien ne l'empêchait de poursuivre son monologue. Et ensuite on dit que les filles sont de vraies pies!
La jeune fille tenta d’interrompre son père pour demander la permission de se retirer de table : il ne lui porta guère attention. Un Boeing 747 se serait écrasé dans la cour arrière qu'il ne l'aurait aucunement remarqué. Dans son esprit, tant qu'il y avait une personne à la table pour l'écouter ou faire semblant de l'écouter, il était satisfait.
Caroline monta à l'étage et s'enferma dans sa chambre. Elle se laissa tomber sur son lit. La dispute du matin avec sa mère l'avait drainée de ses énergies et écouter son père dans ces conditions devenait insupportable.
L'adolescente songea aux événements de la matinée. Caroline et Jessica s'étaient disputées pour quelque chose de si banal. Jessica n'appréciait pas l'attitude que Caroline adoptait depuis leur déménagement, une semaine plus tôt. Voir Caroline dans cet état de mélancolie continue l'avait finalement dégoûtée et elle avait explosé ce matin lorsque sa fille s'était présentée au déjeuner. Caroline savait qu'elle avait été la goutte qui avait fait déborder le vase. Elle savait que tout était de sa faute. Elle ferma les yeux. Avec la rentrée scolaire qui approchait à pas de géant, les choses ne s'amélioreraient pas de sitôt.
Avant peu, le sommeil emporta Caroline et ses préoccupations.
Assise à l'ombre d'un pommier, Caroline Lapointe essayait de relaxer. Les yeux fermés, elle prenait plaisir à se faire caresser la peau par une brise estivale. L'adolescente se laissait doucement bercer par les gazouillis d'oiseaux qui se régalaient des pommes suspendues à l'arbre. La jeune fille respirait lentement, profondément. Mais ce n'était pas assez. Elle essayait vainement de chasser les souvenirs de la dispute qu'elle avait eue avec sa mère en matinée. Une autre dispute. Et c'était encore de sa faute, naturellement. Caroline semblait posséder un don pour gaffer. Elle soupira. Au moins la tension qu'elle avait ressentie après la dispute s'était dissipée puisqu'elle s'était... retirée dans sa chambre pour un certain temps. Elle poussa un autre soupir. Elle ne devait pas penser à ces choses-là.
Soudain, la sonnerie du téléphone retentit et l'extirpa de ses pensées. Caroline se leva rapidement et courut jusque dans la maison. Au quatrième coup, elle sauta sur le combiné et le décrocha.
– Allô?
– Caroline? dit son père à l'autre bout de la ligne. Ça va? Tu sembles à bout de souffle.
– J'étais à l'extérieur et j'ai dû courir pour venir répondre au téléphone... Maman prend un bain.
– Oh. D'accord, alors dis-lui que je vais revenir de l'université vers dix-sept heures trente.
– Parfait, papa, lança Caroline. À ce soir.
– Bye, chouette.
Caroline regarda le téléphone longuement en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Son père était toujours à l'université. L'endroit était devenu sa résidence principale. Oui, il était professeur de biologie et c'était un tout nouveau milieu de travail, mais les vacances n'étaient même pas terminées. Il aurait pu passer un peu de temps avec sa mère et elle.
– Qui était-ce? demanda une voix ferme derrière Caroline.
– Papa, répondit Caroline en se retournant.
Jessica Paradis, sa mère, se tenait devant elle, le corps droit, l'air hautain. Tout en elle annonçait la maîtresse de la maison. Elle portait une robe de chambre en soie décorée de jolis motifs de roses et une serviette était enroulée autour de ses longs cheveux noirs. Quelques rides se dessinaient déjà sur sa figure, bien qu'elle essayât de les dissimuler le plus souvent possible derrière son maquillage. Son regard quelque peu froid et dur dénonçait le caractère strict de cette jeune quadragénaire. D'une certaine manière, Caroline trouvait que sa mère ressemblait à un aigle avec son long nez crochu qui, en lui seul, suffisait pour chasser la beauté de son visage. Mis à part ce défaut, c'était une femme dont les formes généreuses séduisaient les hommes avides de chair.
– Va-t-il coucher à l'université ce soir? demanda Jessica un léger sourire aux lèvres.
– Non... du moins, pas ce soir, dit Caroline bien qu'elle n'eût pas le cœur à la plaisanterie. Maman... eum... excuse-moi pour tout à l'heure. Je suis désolée.
Jessica la regarda un instant, son visage indéchiffrable. Caroline baissa les yeux. Elle ne pouvait supporter ce regard. Il semblait l'examiner sous tous ses jours, la disséquer, étudier les plus sombres recoins de son âme. Un sentiment d'affolement et de culpabilité l'assaillirent.
– Je suis vraiment désolée, maman, répéta Caroline, penaude.
– N'y pense plus, ma chérie. Toutefois, n'oublie pas ce que ton père a fait pour nous.
Caroline hocha la tête vigoureusement. Qu'elle avait été égoïste! Ne penser qu'à elle et totalement ignorer ses parents. C'était impardonnable.
– Bon, laisse-moi le temps d'aller m'habiller et me sécher les cheveux et nous irons à la librairie nous procurer ton matériel scolaire, d'accord? continua sa mère d'un ton enjoué.
L’école à présent… Tout ce dont j’avais besoin, pensa Caroline. La jeune fille soupira encore une fois et alla attendre sa mère à l'extérieur.
Rock Lapointe était un homme d'une quarantaine d'années. Ses courts cheveux brun foncé étaient parsemés de gris. Ses yeux bruns semblaient doux, toutefois Caroline savait qu’il ne suffisait que de quelques secondes pour transformer ce regard et le rendre dur comme le roc. Il n'était pas costaud mais avait les épaules assez larges. Sa taille moyenne l’aidait à passer facilement inaperçu dans la foule.
Évidemment, Rock parlait de son travail. Il était obsédé par ce dernier. Cependant, il avait une raison pour en parler autant ces temps-ci : il venait d'obtenir un nouveau poste en tant que professeur de biologie à temps plein à l’université de la région. Le quadragénaire était visiblement très excité par ce nouvel emploi. Toutefois, Caroline aurait aimé que son père se taise pour quelques secondes.
– Et puis, dans deux ans, était-il en train de raconter avec un entrain que lui seul avait pour ce qu'il disait, ils vont construire de tout nouveaux laboratoires de biologie à la fine pointe de la technologie. J'ai eu la chance de jeter un coup d’œil aux plans et, franchement, je suis resté bouche bée. C'est si impressionnant!
Caroline roula les yeux et s'empressa de terminer son repas pour échapper à la suite du récit rébarbatif de son père. Jessica, d'autre part, semblait indifférente à la longue tirade de son mari, mâchant machinalement et hochant la tête ici et là.
Caroline se demandait si son père remarquait qu'il n'intéressait personne ou s'il refusait tout simplement de reconnaître leur manque d'intérêt dans leur attitude. D'une façon ou d'une autre, rien ne l'empêchait de poursuivre son monologue. Et ensuite on dit que les filles sont de vraies pies!
La jeune fille tenta d’interrompre son père pour demander la permission de se retirer de table : il ne lui porta guère attention. Un Boeing 747 se serait écrasé dans la cour arrière qu'il ne l'aurait aucunement remarqué. Dans son esprit, tant qu'il y avait une personne à la table pour l'écouter ou faire semblant de l'écouter, il était satisfait.
Caroline monta à l'étage et s'enferma dans sa chambre. Elle se laissa tomber sur son lit. La dispute du matin avec sa mère l'avait drainée de ses énergies et écouter son père dans ces conditions devenait insupportable.
L'adolescente songea aux événements de la matinée. Caroline et Jessica s'étaient disputées pour quelque chose de si banal. Jessica n'appréciait pas l'attitude que Caroline adoptait depuis leur déménagement, une semaine plus tôt. Voir Caroline dans cet état de mélancolie continue l'avait finalement dégoûtée et elle avait explosé ce matin lorsque sa fille s'était présentée au déjeuner. Caroline savait qu'elle avait été la goutte qui avait fait déborder le vase. Elle savait que tout était de sa faute. Elle ferma les yeux. Avec la rentrée scolaire qui approchait à pas de géant, les choses ne s'amélioreraient pas de sitôt.
Avant peu, le sommeil emporta Caroline et ses préoccupations.
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