Entre le français et moi, il y a une histoire d'amour qui dure depuis plus de 10 ans. Je crois qu'elle a commencé lorsque j'avais 9 ans. J'étais en 4e année. À cette époque, mon frère de 6 ans mon aîné m'avait recommandé de lire un petit roman... un certain Seigneur des Anneaux... Je n'avais jamais lu de livres pour moi-même, mais cette histoire m'intriguait beaucoup. Mon frère m'avait glissé quelques mots sur l'anneau magique, la Comté, Gandalf, la Moria... Déjà, des images prenaient forme dans ma tête. Je décidai donc de me lancer dans cette grande aventure en septembre, soit au tout début de l'année scolaire.
J'ouvre une parenthèse. Nous avions une édition en 6 livres du Seigneur des Anneaux. Vous ne le savez peut-être pas, mais le Seigneur des Anneaux est divisé en trois parties qui sont elle-mêmes divisées en deux livres chacune (j'utilise l'appellation qu'on retrouve dans le livre). Le premier livre de La Communauté de l'Anneau se termine lorsque Frodon affronte les cavaliers noirs et que ces derniers sont emportés par la rivière enchantée (par Elrond dans le livre, et non pas Arwen). Le deuxième livre commence dans la maison d'Elrond et se termine par la dissolution de la Communauté. Le troisième livre (donc, le premier des Deux Tours) commence avec la mort de Boromir et suit exclusivement les aventures d'Aragorn, Gimli, Legolas et de Merry et Pippin. Il se termine avec Pippin qui regarde dans le palantir et Gandalf qui l'emmène à Minas Tirith. Le quatrième livre suit exclusivement les aventure de Frodon, Sam et Gollum et se termine avec Frodon prisonnier des orques, tout juste après l'antre d'Arachne. Le cinquième livre (premier livre du Retour du Roi) suit les aventures de Gandalf, Aragorn et cie à Minas Tirith et se termine avec la Bouche de Sauron aux portes de Mordor. Le sixième complète l'histoire en suivant Frodon et Sam jusqu'à la destruction de l'Anneau et en racontant l'épilogue. Fin de la parenthèse.
Je disais donc qu'en septembre, je décidai d'entreprendre la tâche colossale, pour un enfant de 9 ans, de lire Le Seigneur des Anneaux au complet. Il me fallut quatre mois pour m'affranchir du premier livre, mais j'étais accroché. Je lisais à chaque semaine et j'avançais péniblement, lentement, mais sûrement, avec Frodon et cie. Certains passages me semblaient interminables, mais je persévérais et je m'assurais de lire chaque mot, chaque phrase, au complet. En janvier, je commençai le second livre. Et puis à partir de ce moment, tout s'accéléra. Ma lecture prenait beaucoup de vitesse et en juin, j'étais rendu au cinquième livre. Finalement, j'abordai le dernier livre que je terminai dans les derniers jours de juillet.
Il m'avait fallu onze mois, mais j'avais passé au travers du Seigneur des Anneaux. Non seulement j'avais adoré l'histoire, les lieux, les personnages, mais le français m'avait charmé. J'entrepris donc de lire pour moi-même et c'est ainsi qu'alors que mes camarades lisaient Bingo le chien va à la plage (titre fictif), je lisais Les Yeux du Dragon ou Les Aventures de Sherlock Holmes.
Vous me direz que ces titres ne sont que traductions, mais je vous répondrai qu'ils valent autant que n'importe quel livre écrit originalement en français. À mes yeux, le travail des traducteurs et traductrices a une valeur égale à celui de l'auteur. Les traducteurs jonglent avec les mots et explorent les richesses de la langue pour transposer l'oeuvre originale dans un nouveau contexte linguistique.
Au secondaire, le français prit une nouvelle place dans ma vie avec toutes les productions écrites que nous devions produire dans nos cours. Je prenais un plaisir immense à rédiger des textes, cherchant toujours à embellir mes phrases et puisant sans cesse dans mon fidèle dictionnaire.
En cinquième secondaire, je dus rédiger un travail de fin d'études. Il pouvait prendre la forme que je voulais. J'optai (presque) sans hésiter d'écrire une histoire. Je choisis un sujet qui me tenais énormément à coeur: l'automutilation. Mon objectif était d'écrire une histoire permettant aux de découvrir la souffrance que vivent les gens qui s'automutilent. Je m'acharnai pendant près de quatre mois à la rédaction de cette histoire. Lorsque je remis ma version finale à mon superviseur, j'étais extrêmement fier de mon travail. J'y avais mis tout mon coeur. C'était le couronnement de mes études et cette courte histoire (20 000 mots) avait une signification spéciale pour moi...
Aujourd'hui, je relis cette histoire et ses défauts me sautent aux yeux. Elle m'apparaît médiocre. Le style est forcé et les phrases sont truffées de tournures un peu boiteuses. L'histoire est remplie de clichés et la fin paraît forcée... avec raison, puisque j'ai manqué de temps pour certains éléments que je voulais explorer. Certains éléments du récit sont très naïfs, reflétant l'immaturité d'un garçon de 16 ans...
Mais...
J'ai passé de merveilleux moments à la rédiger. Je baignais dans un univers de français où les mots, les phrases, les procédés linguistiques tourbillonnaient dans ma tête. Mes dictionnaires étaient mes amis. Et j'y ai mis tellement d'effort et d'amour que malgré tout, ce texte aura toujours une place dans mon coeur, malgré tous ses défauts.
C'est pourquoi je partage aujourd'hui un extrait de cette histoire, intitulée Stigmates. Veuillez voir le prochain message de mon blogue pour un aperçu de l'univers dans lequel j'ai vécu pendant quelques semaines à la fin de mon secondaire...
~Marc

1 commentaire:
Ce recit est tres interessant. Je comprends bien ce que tu ressentais car moi, je suis attachee aux mots profondement. J'ecrivais et redigeais beaucoup en anglais lorsque j'etais a l'universite. Je creeais pas mal d'histoires betes. (et il semble que je suis encore en train de le faire:-) Mais ecrire a un pouvoir de me remplir et de m'aider a delaisser les sentiments negatifs.
Tu etais formidable. Ce n'est pas du tout facile pour un petit enfant de lire "Les Seigneurs des Anneaux." Pour te dire la verite, comme une adulte, je ne l'ai jamais lu. Il y a beaucoup de raisons mais elles semblent etre les excuses banales.
Maintenant je vais lire ta petite histoire et elle semble etre tres intriguante.
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