– C’est comme ça que j’ai appris plein de choses intéressantes sur des petits villages, comme Tweed en Ontario. On n’y pense pas souvent, mais…
Caroline poussa un profond soupir. Elle n’était présente que de corps et non d’esprit au cours d’histoire de monsieur Paradis. Les radotages amusants de cet enseignant pour le moins spécial ne suffisait plus pour retenir l’attention de la jeune fille. Depuis près de deux semaines déjà, Caroline était en proie à une sombre et profonde mélancolie. Elle avait échoué dans sa mission la plus importante : cacher son secret. Elle s’était trop attachée à Mélissa. C’était de sa propre faute si elle en souffrait maintenant.
Mélissa se tenait un peu plus à l’écart de Caroline. Quand elle lui parlait, Caroline devinait son malaise d’autant plus qu’elle avait très bien lu le dégoût dans le visage de son amie lorsque celle-ci avait regardé ses cicatrices. Et Caroline ne tentait pas de remédier à la situation. Maintenant que Mélissa savait qu’elle était folle, Caroline n’osait plus croiser son regard. Chaque fois qu’elle le faisait par inadvertance, elle croyait discerner la répulsion qu’elle provoquait chez Mélissa. La situation avait amené Caroline à se couper davantage ces temps-ci. Pour l’adolescente, ce signe de faiblesse évident de sa part alimentait ses sentiments de honte, de culpabilité et de colère malgré le fait qu’elle n’eût été capable de les nommer.
En plus, ces récents événements avaient soulevé chez la jeune fille une nouvelle vague d’anxiété ainsi que de nouveaux questionnements. En effet, la fréquence de ses crises s’était considérablement accrue depuis la rentrée scolaire. Caroline s’interrogeait sur les effets néfastes que cette augmentation pourrait entraîner chez elle. Néanmoins, elle ne pouvait rien y faire. Les bénéfices qu’elle retirait de sa pratique lui étaient vitaux.
Du coin de l’œil, l’adolescente aperçut Mélissa se lever afin d’aller tailler son crayon. Elle sentit le regard de cette dernière sur elle. Caroline garda les yeux fixés sur l’enseignant, bien qu’elle n’y portât aucunement attention, et se mordit la lèvre inférieure.
Mélissa. Caroline ressentit un vif pincement au cœur. D’un côté, Caroline avait toujours su que les liens qu’elle formait avec sa camarade de classe ne pouvaient que lui apporter malheur et souffrance. D’autre part, cette amitié avec Mélissa avait paru si sincère, si désirée de la part de cette dernière. Quant à Maria et Nadine, Caroline se tenait à l’écart d’elles aussi. Bien qu’elle ne s’en rendit pas compte, elle craignait beaucoup plus la déception et le rejet de leur part depuis que Mélissa avait découvert son secret.
Pourquoi n’avait-elle pas fermé la porte de sa chambre derrière elle ce soir-là? Habituellement, lorsqu’elle entrait en transe, elle demeurait assez consciente pour s’assurer que personne ne puisse la surprendre. Cette fois-là, tout était allé différemment. Pour toute explication, elle se dit qu’elle devenait de plus en plus folle. Elle sourit amèrement.
Monsieur Paradis parlait ; Mélissa n’entendait rien.
Elle avait toujours été une élève très attentive en classe, une élève de si bonne humeur. Pourtant, ces derniers jours, rien n’y faisait : elle n’arrivait tout simplement pas à se concentrer sur quoi que ce soit et son entrain habituel avait fondu comme de la neige sous un soleil d’été. Le fameux secret de Caroline la tourmentait. Elle avait tant cherché à le percer et maintenant qu’elle connaissait la vérité sur son amie, elle ne savait quoi faire. Elle était prise au dépourvu.
Mélissa s’était attendue à tout, absolument tout, sauf à… ça. Caroline se coupait… volontairement. Mélissa ne savait plus quoi penser. Malgré ce qu’elle avait dit à Éric, elle aurait préféré que Caroline se drogue ou, pis encore, qu’elle soit victime d’abus sexuel. Au moins dans ces cas, elle aurait pu s’en prendre à quelque chose ou quelqu’un. Mais non. Tout se jouait dans la tête de Caroline.
Mais pourquoi se blessait-elle? Pourquoi? Comment pouvait-elle supporter la douleur? Était-elle masochiste? Trop de questions demeuraient sans réponse dans l’esprit de Mélissa. Simultanément, elle rageait intérieurement contre son amie qui adoptait ce comportement incompréhensible et mourait d’inquiétude, de souci et de remords.
Mélissa, terriblement troublée, laissa échapper un juron sous son souffle. Elle avait promis à Caroline de garder son secret. Quelle erreur de sa part! Mélissa avait pu se restreindre de mentionner sa découverte à Maria et Nadine, mais Caroline se faisait de plus en plus distante. Mélissa aurait tant souhaité être plus près d’elle ces temps-ci, mais elle ne maîtrisait pas ses émotions par rapport à cette situation. C’était un terrain hostile et inconnu. Elle devait briser cette promesse idiote maintenant. Elle ne pourrait jamais aider Caroline sans aide extérieure. Et elle savait exactement à qui s’adresser afin d’obtenir l’aide nécessaire à Caroline et ainsi mieux comprendre ce dont son amie souffrait.
Éric se tenait la tête entre les deux mains plutôt par fatigue que par abattement.
– C’était donc ça. Caroline s’automutile.
Il secoua légèrement la tête.
– Pauvre fille, laissa-t-il échapper tristement.
Mélissa roula les yeux.
– Tu ne peux pas me dire quelque chose que je ne sache pas déjà? demanda-t-elle d’un ton brusque.
Son frère lui jeta un regard exaspéré.
– Tu sais que tu devras changer d’attitude par rapport à cette maladie? Car si tu te bornes à penser comme tu le fais présentement et à continuer à agir ainsi, t’es mieux de me laisser m’occuper de Caroline seul.
Mélissa poussa un long soupir en se laissant tomber à ses côtés. Elle passa sa main dans son épaisse chevelure et ferma les yeux.
– Je sais, je sais, commença-t-elle. C’est tellement dur de savoir que mon amie se fait mal comme ça. Je ne sais pas quoi faire ou quoi penser. Et je me sens mal d’avoir brisé ma promesse.
Le visage d’Éric se fit sympathisant.
– Je te comprends. C’est pour ça que je vais t’apprendre quelques petites notions de base par rapport à l’automutilation question de démystifier les choses. Bon, comme tout le monde se devrait de le savoir…
12/24/2006
Stigmates: chapitre 11
Le soleil pointait à l’horizon, combattant vaillamment l’armée de nuages qui, quelques jours auparavant, avait entamé le siège de la ville. Cependant, il était beaucoup trop tôt et le soleil n’avait aucune chance de vaincre l’ennemi juré du peuple. Le soleil avait choyé les gens d’un été particulièrement chaud plus tôt cette année et sans doute avait-il épuisé ses énergies car ses tentatives à repousser les légions de flocons de neige qui campaient au sol furent vaines. Encore une fois, l’hiver triomphait. Ainsi, un vent nordique souffla sur la ville en guise de rappel que l’hiver lui tiendrait compagnie pour les quatre prochains mois.
Caroline se réveilla en frissonnant. Cet accueil glacial ne pouvait signifier qu’une seule chose : elle avait oublié de régler le chauffage avant de se coucher. Elle soupira et, prenant son courage à deux mains, sauta hors de son lit. Sans perdre un instant, elle enfila sa robe de chambre et marcha sur la pointe de ses pieds afin de leur épargner une torture oh! combien cruelle! Après avoir réglé le thermostat à son goût, elle regagna l’agréable chaleur de son lit. Elle contempla les différentes affiches apposées aux murs de sa chambre, mais son esprit était ailleurs.
Caroline tentait de faire le point sur sa relation avec ses amies. Leur faisait-elle confiance? Évidemment, non, car elle ne leur avait jamais soufflé mot à propos de ses habitudes autodestructrices. Elle redoutait toujours le rejet, l’inévitable rejet qui accompagnait toutes ses relations interpersonnelles. À la fin de chaque jour, elle était de plus en plus proche de ses amies et, par conséquent, la douleur qui serait associée à son rejet de la part de ses amies augmentait en proportion. Caroline ruminait cette pensée pessimiste depuis plusieurs semaines déjà. Que devait-elle y faire? L’adolescente se perdait dans ce dédale d’émotions qu’était devenu son cœur. N’était-elle pas maîtresse de son corps et de son esprit? C’était du moins ce qu’elle avait lu en quelque part. Pourtant, elle ne se sentait aucunement en contrôle de quoi que ce soit. La jeune fille secoua doucement la tête afin de remettre de l’ordre dans ses idées. Peine perdue. Ce fut la sonnerie de la porte d’entrée qui l’arracha à ses pensées.
Caroline se releva et, tout en attachant sa robe de chambre, descendit au rez-de-chaussée. Elle jeta un coup d’œil dans le judas de la porte pour apercevoir Mélissa qui sautillait sur place. Caroline ouvrit la porte.
– Good morning sunshine! Mélissa chanta d’une voix enjouée.
– Salut, Mél! Qu’est-ce que tu fais ici aussi tôt?
– À vrai dire, je ne sais pas. Je me suis levée et me suis dit : « Aujourd’hui, je m’en vais chez Caroline! » Alors, me voici! Ça ne te dérange pas? Puis, j’espère que je n’ai réveillé personne.
– Non, non, ça va. Mes parents sont partis pour la fin de semaine. C’est leur anniversaire de mariage demain…
– Oh! Monsieur et madame Lapointe sortent en amoureux, n’est-ce pas? J’en connais deux qui vont forniquer en fin de semaine…
– Mél, ce sont mes parents, tout de même! répondit Caro d’un ton vexé en aidant son amie à se défaire de son lourd manteau d’hiver.
– Oh! Caro! Il faut bien savoir taquiner les gens, même nos parents, dit Mélissa d’un ton rieur en délassant ses bottes.
– Je suppose que tu as raison, admit Caroline à contrecœur. Toutefois, laisse mes parents hors de tout cela.
– D’accord, d’accord, Miss On-ne-touche-pas-à-mes-parents! Chacun ses bébites après tout. Par exemple, moi, il ne faut pas passer de commentaire à propos de mes fesses!
– Quoi? Tes fesses?
– Oh! Ça remonte à ma jeunesse. C’était des farces que je faisais avec Éric. Enfin, c’est trop long à expliquer, mais ne passe pas de commentaire à propos de mes fesses.
– Est-ce que tu me niaises? demanda Caroline prudemment en conduisant Mélissa dans sa chambre.
– Non, je suis très sérieuse.
Mélissa paraissait en effet très sérieuse. Cependant, elle ne put réprimer son sourire très longtemps. Caroline sourit en retour.
– Ah! Enfin, je peux me remettre à l’étude de ton antre mystérieux! annonça Mélissa malicieusement.
– Attention, c’est en désordre puisque je viens de me lever, avertit Caroline.
– Désordre? Quel désordre? demanda Mélissa en examinant la chambre à coucher de son amie. Tout ce que je vois, c’est un lit tout prêt à être utilisé de nouveau.
– Oui, il y a le lit, mais mes effets scolaires ne sont pas supposés être dans ce coin-là.
– Mais ils sont super bien rangés!
– Puis, mes vêtements traînent sur le plancher.
– Mais ils sont super bien pliés! Ma chère Caro, t’es une vraie perfectionniste! C’est tout un travail fignolé que tu effectues! Une vraie petite fourmi… Ce n’est pas surprenant que tu aies des 95% et plus dans tous tes examens à l’école.
– Ça pourrait être mieux, marmonna Caroline.
– Quoi? Moi, je n’ai que rarement plus de 85%! Ne sois pas trop exigeante envers toi-même, voyons, ajouta Mélissa tendrement.
Caroline s’affaira à ranger ses effets personnels en se gardant d’adresser la parole à son amie par honte de l’attitude qu’elle venait d’adopter envers cette dernière. En effet, comment osait-elle se plaindre de ses excellents résultats scolaires? D’autre part, son rendement était nettement insuffisant. Ces deux sentiments contraires s’entremêlèrent dans son cœur jusqu’à ce qu’elle ne put plus distinguer l’un de l’autre et que son équilibre émotionnel soit gravement menacé.
Entre temps, Mélissa fouinait un peu partout dans la chambre, fourrant son nez dans les recoins de la pièce, lançant quelque taquinerie à propos de ce qu’elle y trouvait.
Finalement, afin de se changer les idées et ainsi peut-être prévenir une crise imminente, Caroline brisa le silence.
– Et si on se louait des films?
Le soleil avait battu en retraite face à la redoutable armée de l’hiver depuis près de cinq heures déjà. À l’intérieur, le feu crépitait dans la cheminée. L’agréable chaleur du feu et la faible lumière orangée que ce dernier émettait contribuait à l’atmosphère chaleureuse et paisible de la maison. Les deux adolescentes étaient assises à chaque extrémité du divan, en face de la télévision, enroulées dans de chaudes couvertures.
Caroline se sentait légèrement instable émotionnellement. Néanmoins, elle était parvenue à savourer les moments plaisants qu’elle avait vécus lors de la journée. Mélissa et elle avaient visionné quelques films relaxants, elles s’étaient amusées à préparer le dîner et Mélissa lui avait raconté de nombreuses anecdotes délectables concernant leurs camarades de classe.
Maintenant, les deux amies regardaient la télévision, cherchant vainement une émission intéressante.
– Tiens, ça te dit Killer B’s From Space? demanda Mélissa en blague.
– Tellement, répondit sarcastiquement Caroline en étouffant un bâillement.
– Oh! Enjeux! On va regarder ça! Leurs reportages sont toujours très intéressants!
Caroline acquiesça. Qu’y apprendrait-elle cette fois-ci?
– Bonsoir, commença l’animateur. Ce soir à Enjeux, nous explorons une maladie méconnue de tous qui fait de terribles ravages chez les adolescents et les jeunes adultes : l’automutilation.
Caroline fut intriguée par ce mot : automutilation. Une vague peur se glissa en elle. Puis vint le reportage et les images choc.
Si Caroline avait déjà connu un océan d’émotions intenses, c’était maintenant un raz-de-marée qui menaçait de l’emporter à tout jamais. L’automutilation : maladie mentale, blessures, brûlures et coupures volontaires, sentiment de désintégration mentale. Caroline entendait tout mais ne comprenait rien. Comment était-ce possible? Des gens qui, comme elle, s’infligeaient des blessures? Des gens qui se sentaient aussi quitter leur corps? Ce qu’elle faisait portait un nom! L’automutilation.
Ce simple reportage était assez pour déclencher violemment une crise chez Caroline, mais par-dessus tout, Mélissa le commentait.
– Je ne comprends vraiment pas pourquoi ces gens voudraient se faire mal? Est-ce qu’ils sont fous ou quoi? Et les cicatrices que ça laisse! C’est dégoûtant! Je veux bien être ouverte d’esprit, mais c’est beaucoup trop pour moi, ça!
Caroline ne sut contrôler la situation. Son esprit s’était déjà envolé. La voix du reporter et de Mélissa semblaient lointaines, très lointaines. Il n’y avait qu’une seule chose à faire pour se sauver de cette situation horrifiante. Caroline se leva lentement.
Mélissa l’observa de ses grands yeux verts, réalisant que quelque chose n’allait pas du tout chez son amie.
– Caro! Qu’est-ce qu’il y a?
– Je dois aller à la salle de bains, s’entendit-elle répondre.
Machinalement, elle se rendit à sa chambre en ignorant les questionnements frénétiques de son amie. Dans l’état d’esprit qu’elle était présentement, elle oublia de fermer la porte derrière elle. Puis, elle s’empara de son précieux canif, retroussa sa manche droite et se mit à l’œuvre. Elle accueillit la douleur, ce sublime médicament contre tous ses maux. Elle regarda fixement le sang qui s’écoulait de la coupure.
Caroline ne réagit pas aux cris d’une Mélissa hystérique qui l’avait suivie dans sa chambre. Cette dernière suppliait l’adolescente en détresse de cesser de se couper, mais la crise de Caroline n’était pas encore terminée. Ainsi, elle se coupa une seconde fois, puis laissa tomber son canif.
Caroline s’affaissa. Au lieu du calme habituel qui l’habitait à la suite de ses actions autodestructives, un désespoir immense l’emplissait. Son monde venait de s’effondrer sous elle. Il n’y avait plus qu’un gouffre obscur et terrifiant qui s’ouvrait sous ses pieds et elle s’y sentait tomber et tomber. Tout était foutu. Mélissa connaissait son horrible secret. Elle ferma les yeux. Elle ne voulait jamais plus les ouvrir. Elle était si honteuse et elle se détestait car, se doutait-elle, Mélissa ne voudrait plus lui adresser la parole maintenant qu’elle savait la vérité. Elle pleura silencieusement pour la pauvre créature qu’elle était, pour ses échecs perpétuels, pour les cruautés de la vie.
Mélissa se jeta sur Caroline et l’entoura de ses bras. Elle la serra fortement contre elle nonobstant le sang qui tachait ses vêtements et se mit à susurrer à Caroline tout en essayant de retenir les larmes d’accablement qui menaçaient de couler. Elle la berça affectueusement, tel un enfant que l’on réconforte d’un mauvais rêve.
– Caroline… Caroline… Caroline, murmurait-elle doucement sans cesse.
Ainsi, abattue par ce qu’il venait de se produire, Caroline s’assoupit au contact des caresses de son amie qui allaient non sans rappeler une tendresse maternelle.
Lorsque Caroline se réveilla, elle était étendue sur son lit. Ses plaies étaient pansées, l’éclairage était tamisé. Elle regarda autour d’elle. Mélissa était assise dans un coin de la chambre, serrant contre elle ses jambes repliées, la tête appuyée sur ses genoux. Ses yeux rouges trahissaient le torrent de larmes qui avait dû couler pendant le sommeil de Caroline. Ses vêtements étaient tachés de sang.
– Mélissa, coassa Caroline. Je suis tellement désolée…
Mélissa leva la tête et regarda son amie. Son regard reflétait sa désolation.
– Pourquoi es-tu désolée? demanda-t-elle. Tu n’as pas besoin de l’être.
– Je… je… je ne pouvais pas te le dire, expliqua Caroline en baissant les yeux. Vois-tu ce que je suis vraiment, maintenant? Je ne mérite pas ton amitié et ton dévouement. Je ne suis bonne que pour l’hôpital psychiatrique. Je suis folle…
Mélissa secoua la tête.
– Non, tu n’es pas folle… Tu… tu…
Caroline afficha un demi-sourire.
– Tu ne sais pas quoi dire. C’est correct, car je le suis, folle.
Ses yeux s’emplirent d’eau. Elle les referma et quelques larmes coulèrent sur ses joues.
– Non, Caro, dit Mélissa. Ne dis pas ça… Tu me brises le cœur…
Mélissa se leva et prit place aux côtés de son amie. Elle lui frotta gentiment le dos et lui tendit mouchoir. Caroline eut un petit rire nerveux.
– C’est la scène classique où l’amie réconforte la personne en détresse en lui donnant un kleenex, dit Caroline entre deux sanglots.
Pour la première fois, Mélissa n’avait pas le cœur à la plaisanterie. Elle se contenta de garder le silence.
– Tu sais, continua Caroline en reniflant, j’ai bien apprécié le temps qu’on a passé ensemble…
– Pourquoi dis-tu cela? demanda Mélissa d’une voix lourde de tristesse.
– Tu ne voudras pas m’avoir, moi, la folle, la démente, comme amie. Je t’ai caché tant de choses et tu m’as été si aimable tout ce temps. Tu vas me laisser tomber et… et…
Caroline ne put terminer sa phrase. Mélissa l’étreignit de nouveau.
– Qu’est-ce que tu dis là? Je ne te laisserai pas tomber. Non, désormais que je connais ton secret, je suis avec toi jusqu’au bout.
Caroline regarda son amie. Une lueur d’espoir brillait dans son regard. Cependant, l’ombre de l’incrédulité engloutit bientôt la lumière de l’espérance. Elle détourna les yeux de son amie.
Brusquement, elle retroussa les manches de sa blouse.
– Je suis répugnante! Elles sont répugnantes! s’écria Caroline en regardant ses cicatrices. Tu ne peux le nier! Regarde-les!
Elle brandit ses bras vers Mélissa.
– Je me suis infligé chacune d’elles volontairement! C’est dégoûtant!
Mélissa fléchit sous l’attaque de Caroline. Autant qu’elle désirait aider son amie, elle ne pouvait en effet porter son regard sur ces marques d’une laideur incomparable qui représentaient une douleur si vive et si aiguë qu’à la simple pensée de celles-ci, un frisson lui parcourait le dos. Caroline baissa les bras et se recroquevilla.
– Et maintenant quoi? demanda-t-elle, la voix brisée.
– Je ne sais pas, avoua Mélissa. Je ne sais pas…
Caroline se réveilla en frissonnant. Cet accueil glacial ne pouvait signifier qu’une seule chose : elle avait oublié de régler le chauffage avant de se coucher. Elle soupira et, prenant son courage à deux mains, sauta hors de son lit. Sans perdre un instant, elle enfila sa robe de chambre et marcha sur la pointe de ses pieds afin de leur épargner une torture oh! combien cruelle! Après avoir réglé le thermostat à son goût, elle regagna l’agréable chaleur de son lit. Elle contempla les différentes affiches apposées aux murs de sa chambre, mais son esprit était ailleurs.
Caroline tentait de faire le point sur sa relation avec ses amies. Leur faisait-elle confiance? Évidemment, non, car elle ne leur avait jamais soufflé mot à propos de ses habitudes autodestructrices. Elle redoutait toujours le rejet, l’inévitable rejet qui accompagnait toutes ses relations interpersonnelles. À la fin de chaque jour, elle était de plus en plus proche de ses amies et, par conséquent, la douleur qui serait associée à son rejet de la part de ses amies augmentait en proportion. Caroline ruminait cette pensée pessimiste depuis plusieurs semaines déjà. Que devait-elle y faire? L’adolescente se perdait dans ce dédale d’émotions qu’était devenu son cœur. N’était-elle pas maîtresse de son corps et de son esprit? C’était du moins ce qu’elle avait lu en quelque part. Pourtant, elle ne se sentait aucunement en contrôle de quoi que ce soit. La jeune fille secoua doucement la tête afin de remettre de l’ordre dans ses idées. Peine perdue. Ce fut la sonnerie de la porte d’entrée qui l’arracha à ses pensées.
Caroline se releva et, tout en attachant sa robe de chambre, descendit au rez-de-chaussée. Elle jeta un coup d’œil dans le judas de la porte pour apercevoir Mélissa qui sautillait sur place. Caroline ouvrit la porte.
– Good morning sunshine! Mélissa chanta d’une voix enjouée.
– Salut, Mél! Qu’est-ce que tu fais ici aussi tôt?
– À vrai dire, je ne sais pas. Je me suis levée et me suis dit : « Aujourd’hui, je m’en vais chez Caroline! » Alors, me voici! Ça ne te dérange pas? Puis, j’espère que je n’ai réveillé personne.
– Non, non, ça va. Mes parents sont partis pour la fin de semaine. C’est leur anniversaire de mariage demain…
– Oh! Monsieur et madame Lapointe sortent en amoureux, n’est-ce pas? J’en connais deux qui vont forniquer en fin de semaine…
– Mél, ce sont mes parents, tout de même! répondit Caro d’un ton vexé en aidant son amie à se défaire de son lourd manteau d’hiver.
– Oh! Caro! Il faut bien savoir taquiner les gens, même nos parents, dit Mélissa d’un ton rieur en délassant ses bottes.
– Je suppose que tu as raison, admit Caroline à contrecœur. Toutefois, laisse mes parents hors de tout cela.
– D’accord, d’accord, Miss On-ne-touche-pas-à-mes-parents! Chacun ses bébites après tout. Par exemple, moi, il ne faut pas passer de commentaire à propos de mes fesses!
– Quoi? Tes fesses?
– Oh! Ça remonte à ma jeunesse. C’était des farces que je faisais avec Éric. Enfin, c’est trop long à expliquer, mais ne passe pas de commentaire à propos de mes fesses.
– Est-ce que tu me niaises? demanda Caroline prudemment en conduisant Mélissa dans sa chambre.
– Non, je suis très sérieuse.
Mélissa paraissait en effet très sérieuse. Cependant, elle ne put réprimer son sourire très longtemps. Caroline sourit en retour.
– Ah! Enfin, je peux me remettre à l’étude de ton antre mystérieux! annonça Mélissa malicieusement.
– Attention, c’est en désordre puisque je viens de me lever, avertit Caroline.
– Désordre? Quel désordre? demanda Mélissa en examinant la chambre à coucher de son amie. Tout ce que je vois, c’est un lit tout prêt à être utilisé de nouveau.
– Oui, il y a le lit, mais mes effets scolaires ne sont pas supposés être dans ce coin-là.
– Mais ils sont super bien rangés!
– Puis, mes vêtements traînent sur le plancher.
– Mais ils sont super bien pliés! Ma chère Caro, t’es une vraie perfectionniste! C’est tout un travail fignolé que tu effectues! Une vraie petite fourmi… Ce n’est pas surprenant que tu aies des 95% et plus dans tous tes examens à l’école.
– Ça pourrait être mieux, marmonna Caroline.
– Quoi? Moi, je n’ai que rarement plus de 85%! Ne sois pas trop exigeante envers toi-même, voyons, ajouta Mélissa tendrement.
Caroline s’affaira à ranger ses effets personnels en se gardant d’adresser la parole à son amie par honte de l’attitude qu’elle venait d’adopter envers cette dernière. En effet, comment osait-elle se plaindre de ses excellents résultats scolaires? D’autre part, son rendement était nettement insuffisant. Ces deux sentiments contraires s’entremêlèrent dans son cœur jusqu’à ce qu’elle ne put plus distinguer l’un de l’autre et que son équilibre émotionnel soit gravement menacé.
Entre temps, Mélissa fouinait un peu partout dans la chambre, fourrant son nez dans les recoins de la pièce, lançant quelque taquinerie à propos de ce qu’elle y trouvait.
Finalement, afin de se changer les idées et ainsi peut-être prévenir une crise imminente, Caroline brisa le silence.
– Et si on se louait des films?
Le soleil avait battu en retraite face à la redoutable armée de l’hiver depuis près de cinq heures déjà. À l’intérieur, le feu crépitait dans la cheminée. L’agréable chaleur du feu et la faible lumière orangée que ce dernier émettait contribuait à l’atmosphère chaleureuse et paisible de la maison. Les deux adolescentes étaient assises à chaque extrémité du divan, en face de la télévision, enroulées dans de chaudes couvertures.
Caroline se sentait légèrement instable émotionnellement. Néanmoins, elle était parvenue à savourer les moments plaisants qu’elle avait vécus lors de la journée. Mélissa et elle avaient visionné quelques films relaxants, elles s’étaient amusées à préparer le dîner et Mélissa lui avait raconté de nombreuses anecdotes délectables concernant leurs camarades de classe.
Maintenant, les deux amies regardaient la télévision, cherchant vainement une émission intéressante.
– Tiens, ça te dit Killer B’s From Space? demanda Mélissa en blague.
– Tellement, répondit sarcastiquement Caroline en étouffant un bâillement.
– Oh! Enjeux! On va regarder ça! Leurs reportages sont toujours très intéressants!
Caroline acquiesça. Qu’y apprendrait-elle cette fois-ci?
– Bonsoir, commença l’animateur. Ce soir à Enjeux, nous explorons une maladie méconnue de tous qui fait de terribles ravages chez les adolescents et les jeunes adultes : l’automutilation.
Caroline fut intriguée par ce mot : automutilation. Une vague peur se glissa en elle. Puis vint le reportage et les images choc.
Si Caroline avait déjà connu un océan d’émotions intenses, c’était maintenant un raz-de-marée qui menaçait de l’emporter à tout jamais. L’automutilation : maladie mentale, blessures, brûlures et coupures volontaires, sentiment de désintégration mentale. Caroline entendait tout mais ne comprenait rien. Comment était-ce possible? Des gens qui, comme elle, s’infligeaient des blessures? Des gens qui se sentaient aussi quitter leur corps? Ce qu’elle faisait portait un nom! L’automutilation.
Ce simple reportage était assez pour déclencher violemment une crise chez Caroline, mais par-dessus tout, Mélissa le commentait.
– Je ne comprends vraiment pas pourquoi ces gens voudraient se faire mal? Est-ce qu’ils sont fous ou quoi? Et les cicatrices que ça laisse! C’est dégoûtant! Je veux bien être ouverte d’esprit, mais c’est beaucoup trop pour moi, ça!
Caroline ne sut contrôler la situation. Son esprit s’était déjà envolé. La voix du reporter et de Mélissa semblaient lointaines, très lointaines. Il n’y avait qu’une seule chose à faire pour se sauver de cette situation horrifiante. Caroline se leva lentement.
Mélissa l’observa de ses grands yeux verts, réalisant que quelque chose n’allait pas du tout chez son amie.
– Caro! Qu’est-ce qu’il y a?
– Je dois aller à la salle de bains, s’entendit-elle répondre.
Machinalement, elle se rendit à sa chambre en ignorant les questionnements frénétiques de son amie. Dans l’état d’esprit qu’elle était présentement, elle oublia de fermer la porte derrière elle. Puis, elle s’empara de son précieux canif, retroussa sa manche droite et se mit à l’œuvre. Elle accueillit la douleur, ce sublime médicament contre tous ses maux. Elle regarda fixement le sang qui s’écoulait de la coupure.
Caroline ne réagit pas aux cris d’une Mélissa hystérique qui l’avait suivie dans sa chambre. Cette dernière suppliait l’adolescente en détresse de cesser de se couper, mais la crise de Caroline n’était pas encore terminée. Ainsi, elle se coupa une seconde fois, puis laissa tomber son canif.
Caroline s’affaissa. Au lieu du calme habituel qui l’habitait à la suite de ses actions autodestructives, un désespoir immense l’emplissait. Son monde venait de s’effondrer sous elle. Il n’y avait plus qu’un gouffre obscur et terrifiant qui s’ouvrait sous ses pieds et elle s’y sentait tomber et tomber. Tout était foutu. Mélissa connaissait son horrible secret. Elle ferma les yeux. Elle ne voulait jamais plus les ouvrir. Elle était si honteuse et elle se détestait car, se doutait-elle, Mélissa ne voudrait plus lui adresser la parole maintenant qu’elle savait la vérité. Elle pleura silencieusement pour la pauvre créature qu’elle était, pour ses échecs perpétuels, pour les cruautés de la vie.
Mélissa se jeta sur Caroline et l’entoura de ses bras. Elle la serra fortement contre elle nonobstant le sang qui tachait ses vêtements et se mit à susurrer à Caroline tout en essayant de retenir les larmes d’accablement qui menaçaient de couler. Elle la berça affectueusement, tel un enfant que l’on réconforte d’un mauvais rêve.
– Caroline… Caroline… Caroline, murmurait-elle doucement sans cesse.
Ainsi, abattue par ce qu’il venait de se produire, Caroline s’assoupit au contact des caresses de son amie qui allaient non sans rappeler une tendresse maternelle.
Lorsque Caroline se réveilla, elle était étendue sur son lit. Ses plaies étaient pansées, l’éclairage était tamisé. Elle regarda autour d’elle. Mélissa était assise dans un coin de la chambre, serrant contre elle ses jambes repliées, la tête appuyée sur ses genoux. Ses yeux rouges trahissaient le torrent de larmes qui avait dû couler pendant le sommeil de Caroline. Ses vêtements étaient tachés de sang.
– Mélissa, coassa Caroline. Je suis tellement désolée…
Mélissa leva la tête et regarda son amie. Son regard reflétait sa désolation.
– Pourquoi es-tu désolée? demanda-t-elle. Tu n’as pas besoin de l’être.
– Je… je… je ne pouvais pas te le dire, expliqua Caroline en baissant les yeux. Vois-tu ce que je suis vraiment, maintenant? Je ne mérite pas ton amitié et ton dévouement. Je ne suis bonne que pour l’hôpital psychiatrique. Je suis folle…
Mélissa secoua la tête.
– Non, tu n’es pas folle… Tu… tu…
Caroline afficha un demi-sourire.
– Tu ne sais pas quoi dire. C’est correct, car je le suis, folle.
Ses yeux s’emplirent d’eau. Elle les referma et quelques larmes coulèrent sur ses joues.
– Non, Caro, dit Mélissa. Ne dis pas ça… Tu me brises le cœur…
Mélissa se leva et prit place aux côtés de son amie. Elle lui frotta gentiment le dos et lui tendit mouchoir. Caroline eut un petit rire nerveux.
– C’est la scène classique où l’amie réconforte la personne en détresse en lui donnant un kleenex, dit Caroline entre deux sanglots.
Pour la première fois, Mélissa n’avait pas le cœur à la plaisanterie. Elle se contenta de garder le silence.
– Tu sais, continua Caroline en reniflant, j’ai bien apprécié le temps qu’on a passé ensemble…
– Pourquoi dis-tu cela? demanda Mélissa d’une voix lourde de tristesse.
– Tu ne voudras pas m’avoir, moi, la folle, la démente, comme amie. Je t’ai caché tant de choses et tu m’as été si aimable tout ce temps. Tu vas me laisser tomber et… et…
Caroline ne put terminer sa phrase. Mélissa l’étreignit de nouveau.
– Qu’est-ce que tu dis là? Je ne te laisserai pas tomber. Non, désormais que je connais ton secret, je suis avec toi jusqu’au bout.
Caroline regarda son amie. Une lueur d’espoir brillait dans son regard. Cependant, l’ombre de l’incrédulité engloutit bientôt la lumière de l’espérance. Elle détourna les yeux de son amie.
Brusquement, elle retroussa les manches de sa blouse.
– Je suis répugnante! Elles sont répugnantes! s’écria Caroline en regardant ses cicatrices. Tu ne peux le nier! Regarde-les!
Elle brandit ses bras vers Mélissa.
– Je me suis infligé chacune d’elles volontairement! C’est dégoûtant!
Mélissa fléchit sous l’attaque de Caroline. Autant qu’elle désirait aider son amie, elle ne pouvait en effet porter son regard sur ces marques d’une laideur incomparable qui représentaient une douleur si vive et si aiguë qu’à la simple pensée de celles-ci, un frisson lui parcourait le dos. Caroline baissa les bras et se recroquevilla.
– Et maintenant quoi? demanda-t-elle, la voix brisée.
– Je ne sais pas, avoua Mélissa. Je ne sais pas…
12/19/2006
Méchant Soleil!
Il fait tout fondre la neige! Méchant Soleil! Tu devrais avoir honte; on est le 19 décembre, tu pourrais bien nous laisser un peu de neige pour Noël, non?
~Marc
~Marc
Coming out
Non, pas ce genre-là de coming out, voyons!
J'adore l'émission Survivor. J'en regardais quelques extraits il y a quelques saisons, mais depuis l'hiver passé, je l'écoute religieusement et je suis vraiment accroché. J'ai décidé d'en parler puisque Chris Kohler, un blogueur de jeux vidéo que j'apprécie beaucoup, en a parlé lui-même. En fait, j'aurais pu écrire ce qu'il a écrit parce que c'est exactement les mêmes raisons que moi. Tenez, allez lire son article: ici.
~Marc
J'adore l'émission Survivor. J'en regardais quelques extraits il y a quelques saisons, mais depuis l'hiver passé, je l'écoute religieusement et je suis vraiment accroché. J'ai décidé d'en parler puisque Chris Kohler, un blogueur de jeux vidéo que j'apprécie beaucoup, en a parlé lui-même. En fait, j'aurais pu écrire ce qu'il a écrit parce que c'est exactement les mêmes raisons que moi. Tenez, allez lire son article: ici.
~Marc
12/16/2006
Les limites des mathématiques
Quelle sensibilité dans cette image! Ça vient me chercher à l'intérieur. Et je ne blague pas! J'imagine qu'il faut étudier en maths/physique pour comprendre...
J'ai découvert ce petit bijou à cette adresse.
~Marc
12/14/2006
Le Retour du Retour du Grand Test de Personnalité
Voici en primeur la troisième édition du grand test de personnalité que j'ai déjà fait auparavant. D'ailleurs, vous pouvez voir mes résultats précédents ici et ici.
Sans plus tarder, voyons ce qui a changé...
Take Free Advanced Global Personality Test
personality tests by similarminds.com
Hmm! Encore une fois, c'est très semblable aux deux tests précédents. Je suis retombé à un niveau modérément bas d'extraversion, par contre. Ce qui me semble juste.
Mais il manque un élément à tout ça: I'm a Procrastinator!

Mais seulement en période d'examens. Pendant la session, je fais tous mes devoirs à temps et en avance. :p
~The Procrastinator
(I'll be back.)
Sans plus tarder, voyons ce qui a changé...
| Advanced Global Personality Test Results
|
personality tests by similarminds.com
Stability results were very high which suggests you are extremely relaxed, calm, secure, and optimistic.
Orderliness results were high which suggests you are overly organized, reliable, neat, and hard working at the expense too often of flexibility, efficiency, spontaneity, and fun.
Extraversion results were moderately low which suggests you are reclusive, quiet, unassertive, and secretive.
Orderliness results were high which suggests you are overly organized, reliable, neat, and hard working at the expense too often of flexibility, efficiency, spontaneity, and fun.
Extraversion results were moderately low which suggests you are reclusive, quiet, unassertive, and secretive.
Trait Snapshot: secretive, organized, clean, rarely worries, solitary, high self control, dislikes large parties, prefers organized to unpredictable, prudent, observer, tough, self reliant, very good at saving money, introverted, perfectionist, mind over heart, not controlling of others, hard working, confident, resolute, solitary, does not make friends easily, finisher, does not like to stand out, very practical, intellectual, unsympathetic at times, honest, respects authority, follows the rules, cautious
Hmm! Encore une fois, c'est très semblable aux deux tests précédents. Je suis retombé à un niveau modérément bas d'extraversion, par contre. Ce qui me semble juste.
Mais il manque un élément à tout ça: I'm a Procrastinator!
Mais seulement en période d'examens. Pendant la session, je fais tous mes devoirs à temps et en avance. :p
~The Procrastinator
(I'll be back.)
12/13/2006
The end is near!
Bon, plus que 3 chapitres + l'épilogue à mettre en ligne! J'espère que vous appréciez toujours.
Je me souviens que peu après avoir terminé l'écriture de Stigmates, j'ai commencé à penser à une version modifiée, genre Stigmates: New Revised, Corrected and Extended Edition. En fait, j'avais déjà commencé à apporter de petites corrections à l'écriture et au style, mais avec le cégep et ce qui se passait dans ma vie personnelle, mon projet a pris le bord. Dommage. J'avais comme but d'ajouter 2-3 chapitres vers la fin. Ces chapitres auraient tenté d'explorer en plus grands détails les dernières péripéties. Lesquelles? Ah! Je ne peux pas vous dévoiler le punch, tout de même!
~Marc
Je me souviens que peu après avoir terminé l'écriture de Stigmates, j'ai commencé à penser à une version modifiée, genre Stigmates: New Revised, Corrected and Extended Edition. En fait, j'avais déjà commencé à apporter de petites corrections à l'écriture et au style, mais avec le cégep et ce qui se passait dans ma vie personnelle, mon projet a pris le bord. Dommage. J'avais comme but d'ajouter 2-3 chapitres vers la fin. Ces chapitres auraient tenté d'explorer en plus grands détails les dernières péripéties. Lesquelles? Ah! Je ne peux pas vous dévoiler le punch, tout de même!
~Marc
Stigmates: chapitre 10
Un nuage gris s’était pointé à l’horizon. C’était un tout petit nuage, sans doute désigné comme éclaireur par ses grands frères qui se cachaient encore. Doucement et prudemment s’était-il avancé afin de ne pas semer la panique dans la population. Puis, peu à peu, ses frères étaient venus le rejoindre un à un en essayant de passer inaperçu auprès des citadins insouciants. Ainsi, ils avaient envahi le royaume céleste du Soleil qui n’avait d’autre choix que de contempler le spectacle qui s’ensuivrait.
Quelques passants observateurs notèrent l’armée nuageuse campant au-dessus de leur tête et s’empressèrent de se rendre à leur destination distinguant dans tout cela un mauvais présage. Les autres malheureux ne virent rien.
Tout à coup, le bombardement commença. Ce n’était que de tout petits flocons inoffensifs pour commencer. Les nuages testaient la résistance des gens. Lorsqu’ils réalisèrent que cette offensive était vaine, que les personnes avaient déjà connu d’autres attaques plus féroces, ils intensifièrent leur assaut. La masse de flocons qui tombaient du ciel s’épaissit et bientôt, on ne pouvait distinguer quoi que ce soit à plus de trois pas devant soi. Le vent glacial soufflait violemment et emportait les flocons de neige dans un ballet chaotique. Les gens étaient assaillis de tout côté. Le siège de la ville par l’hiver venait de commencer.
Caroline attendait impatiemment l’autobus à son arrêt. Elle était emmitouflée dans d’épaisses couches de vêtements qui, à son grand désespoir, n’offraient que peu de résistance au froid mordant du blizzard. Elle sautillait sur place, se frottait les mains ensemble, secouait ses jambes, et pourtant, le froid l’atteignait encore. L’adolescente ronchonna contre l’hiver sous son souffle, priant pour que l’autobus arrive dans les plus brefs délais.
Soudain, deux silhouettes se dessinèrent aux côtés de Caroline.
– C’est l’hiver, c’est l’hiver, c’est l’hiver! chantonna une voix familière.
– Salut, Mél!
Caroline regarda la deuxième silhouette.
– Bonjour, Éric!
Éric hocha la tête sans rien dire. Son regard se portait au loin. Le jeune homme semblait bien indifférent aux deux filles en sa compagnie. Du peu de cours qu’elle avait avec Éric, Caroline avait appris qu’il ne prenait la parole que très rarement en classe et le plus souvent, c’était pour lancer des critiques acerbes envers la société et le système. Ainsi, c’était une violente colère qui bouillonnait derrière ces apparences sérieuses et calmes. Caroline se demandait si ce n’était que la traditionnelle « crise d’adolescence » ou si l’on devait y distinguer les prémices d’un héros révolutionnaire. Elle sourit à cette pensée absurde.
– Alors, vous vous ennuyiez trop de moi et ne pouviez attendre à votre arrêt d’autobus? blagua Caroline.
– Exactement! s’exclama Mélissa en riant. Non, sans farce, c’est qu’il fait tellement froid, donc pourquoi attendrait-on l’autobus sur place si on peut marcher jusqu’à un autre arrêt et se réchauffer en bougeant ainsi?
Caroline inclina sa tête de côté et regarda son amie, sourire en coin. Mélissa lui rendit un sourire chaleureux. Caroline secoua la tête imperceptiblement et une ombre de tristesse traversa son visage. L’isolement et le rapprochement semblaient à jamais en guerre à l’intérieur de Caroline. Ce fameux dilemme était-il donc éternel? Bien des nuits, ce dilemme la tenait éveillée. Elle se retournait sans cesse dans son lit, pleurait silencieusement son inaptitude sociale, sa vie familiale, son horrible secret, puis étouffait de lourds sanglots dans le creux de son oreiller. Sur cette longue route de misère qui conduisait Caroline dans les plus profondes ténèbres de son âme, elle n’avait que pour seul compagnon son secret. Quelle ironie que ce secret semblât être la cause même de toutes ses souffrances. Heureusement, l’autobus tira Caroline de l’imminente mélancolie de laquelle elle était la proie. Les trois adolescents s’empressèrent d’y monter.
Une chaleur agréable les accueillit. Caroline bougea ses orteils qui lui brûlaient dû à l’extrême différence de température entre l’intérieur et l’extérieur de l’autobus. Ce dernier étant particulièrement bondé ce matin-là, Caroline se retrouva vite collée contre Mélissa et Éric. Les deux filles discutaient de choses banales quand quelqu’un empoigna brusquement le bras gauche de Caroline et la tira de côté.
– Aïe! lança Caroline en affichant une expression de vive douleur.
– Désolé, mademoiselle, mais je vous ai demandée à trois reprises de me laisser passer afin que je puisse descendre, dit rudement un homme rondelet en passant aux côtés de l’adolescente qui se massait le bras.
– Espèce de brute, grommela Mélissa une fois que l’homme eût descendu. Ça va Caro?
– Oui, oui. Il m’a prise là où j’ai un bleu, c’est tout, mentit Caroline.
En fait, la vérité était que l’étranger l’avait empoignée sur une nouvelle plaie. Elle s’était coupée la veille et l’entaille ne s’était pas encore cicatrisée. Maintenant, Caroline craignait qu’elle se soit remise à saigner. L’adolescente garda une pression appliquée sur sa blessure en guise de protection.
– Tu es certaine que ça va, Caroline? demanda Mélissa.
Frère et sœur regardaient Caroline. Éric semblait interrogé ; Mélissa, inquiète.
– Oui, tout va bien.
Du moins, je l’espère, ajouta Caroline dans sa tête.
En arrivant à l’école, Caroline et Mélissa se séparèrent d’Éric qui alla rencontrer son petit cercle d’amis. Les deux étudiantes rejoignirent Nadine et Maria à l’agora.
– C’est horrible ce que le gouvernement leur fait! disait la Guatémaltèque.
– Je sais, je sais, mais quand même! répliqua Nadine. Ils ont vu ce qui est arrivé aux manifestants de la place Tiananmen, en ’89. Ils ont couru après!
– Parfois, tu m’enrages par l’absence de ton sens de valeurs! fulmina Maria.
Mélissa s’approcha de ses amies en levant les bras.
– Allez, allez, mes chères camarades! Allez-vous encore vous bouder? Bon, c’est quoi le sujet du débat aujourd’hui?
– La situation du Falun Gong en Chine, répondit Maria. Nadine se borne à prendre parti pour le gouvernement.
Mélissa jeta un coup d’œil à Caroline qui, discrètement, se tenait à l’écart de la conversation. Elle ne désirait pas participer à un débat de peur de déplaire à l’une de ses deux amies et de devoir subir leurs représailles. Mélissa roula ses yeux. Caroline sourit. Malgré l’incroyable complicité qui régnait entre Maria et Nadine, leurs conflits de valeurs n’étaient que trop fréquents. Il en revenait à Mélissa de camper le rôle d’arbitre et d’animer leurs débats. Toutefois, tout se passait dans la plus grande amitié, sans réelle hostilité envers quiconque.
Caroline profita de ce moment pour se rendre à la salle de toilettes afin de s’assurer que sa nouvelle plaie ne se soit rouverte. Elle roula sa manche et examina sa blessure. En effet, elle saignait légèrement. Elle nettoya plaie et bras et appliqua un pansement sur la coupure. Cependant, avant de recouvrir son bras, elle étudia ses nombreuses cicatrices, ces dizaines d’horribles bouches rouges, roses et blanches qui lui criaient qu’elle était folle, qu’elle ne possédait aucun espoir de guérison, qui lui vociféraient des injures qu’elle méritait bien. Caroline eut un haut-le-cœur à penser à toutes ces dégoûtantes balafres qui « décoraient » ses bras. Elle déroula sa manche et retourna à l’agora, le cœur lourd d’amertume.
La cloche retentit dans l’école et les étudiants se levèrent d’un bond. Les couloirs se remplirent à un rythme démesuré. Les estomacs affamés guidaient les élèves qui se précipitaient frénétiquement à la cantine de la cafétéria tels des voyageurs assoiffés à une oasis dans le désert.
Exceptionnellement ce jour-là, Caroline et ses amies se rendirent à une pièce spécialement aménagée pour les dîners des étudiants de la cinquième secondaire. Lorsque les filles désiraient un peu plus de paix qu’à l’habitude, ce qui était le cas cette fois-là, elles y mangeaient en compagnie de leurs camarades de classe. C’était une grande pièce appelée, pour quelque obscure raison, la « pastorale ». Elle était meublée de longues tables rectangulaires et de chaises. Quelques fenêtres décorées de stores verticaux de couleur beige donnaient sur le stationnement des enseignants, ce qui, en soi, n’était pas nécessairement plaisant comme vue, mais qui, comparée à l’absence de fenêtres dans la cafétéria, était bien reçu par les étudiants. Caroline assumait qu’on avait peint la salle en teintes de bleu afin d’inciter au calme et à la quiétude de la part des étudiants, autre moyen subtil employé par la direction de l’école leur permettant d’exercer un certain contrôle sur les élèves.
Les copines bavardaient calmement avec des compagnons de classe lorsque Éric survint. Poliment, il s’assit au bout de la table et hocha la tête, en guise de salutation, en direction de Caroline. Elle lui répondit par un sourire timide.
– D’accord, je sais que je suis quelques mois en retard, entama Éric, mais tu t’arranges bien dans cette nouvelle école?
– Oui, assez bien, répondit Caroline en prenant une bouchée de son sandwich. Mieux que je ne l’aurais cru.
– C’est très bien ça. Est-ce que c’est bien différent de ton ancienne école?
Caroline hésita quelques secondes avant de répondre.
– Non, c’est semblable. Je m’adapte très bien. Et toi, puisque je ne te vois pas souvent, comment te débrouilles-tu dans tes différents cours?
L’adolescente espérait que sa tentative pour détourner le sujet de la conversation n’était pas trop flagrante.
– Bof, ça pourrait aller mieux. Vois-tu, je l’avoue, je peux être très paresseux. Je le suis surtout pour les sujets qui ne m’intéressent pas comme le français ou la physique. Par contre, toi, je trouve que tu as l’air d’une fille qui n’a pas peur de retrousser ses manches.
Caroline passa à un cheveu près de s’étouffer avec son sandwich. Son visage avait perdu toutes couleurs et le regard que portait Éric sur elle était empreint d’une sincère inquiétude.
– Caro? Ça va? C’est quelque chose que j’ai dit?
– Non, non, répondit Caroline, la voix chancelante. Ma bouchée a passé dans le mauvais trou, voilà. Je… je vais bien.
Éric la regardait fixement, en fronçant les sourcils, puis son regard s’attendrit quand il vit qu’elle allait mieux.
– Tu m’as fait peur. Je croyais que j’allais avoir une morte sur les mains.
– Je vais aller boire… Je reviens.
Caroline se leva et quitta Éric en évitant son regard.
Pourquoi a-t-il utilisé cette expression : « Retrousser ses manches »? A-t-il des soupçons à propos de mon secret? Voulait-il examiner ma réaction? Mais comment serait-il arrivé à cette conclusion? Non, ce n’est pas possible! Ce n’est que moi qui réagis de manière excessive. Je vois des menaces où il n’y a que de l’aide potentielle. De l’aide? Comment est-ce qu’Éric pourrait bien m’aider?
Caroline geignit. Elle comprenait mal pourquoi ce genre d’événements la troublait autant. Quoiqu’il en fût, Éric l’avait profondément ébranlée par son choix de mots.
La jeune fille s’apprêtait à rentrer dans la pastorale quand elle sentit quelque chose lui chatouiller le bras gauche. Un mince filet de sang coulait sur sa main. Sa plaie s’était rouverte. Brusquement, elle tourna les talons et s’en retourna en direction des toilettes. Du coin de l’œil, elle aperçut Nadine se lever et venir à sa rencontre.
– Caro! Qu’est-ce que tu fais?
– Je dois aller aux toilettes, lui lança Caroline en regardant au-dessus de son épaule. Je vous revois tout à l’heure.
Elle tenait son bras gauche en face d’elle, collée contre son corps afin que personne ne remarque le sang qui tachait sa main. Puis, rapidement, elle s’enferma dans l’un des cabinets de toilette et s’occupa à repanser sa plaie. Pendant qu’elle appliquait un bandage sur sa blessure, Nadine frappa à la porte.
– Caro? Ça va? Éric nous a dit que tu t’étais pratiquement étouffée avec ton sandwich et puisque tu prenais un peu de temps à revenir, j’ai décidé d’aller voir si tu étais correcte. Dis-moi, ça va?
– Oui, oui. Le sandwich, ça va. J’ai soudainement eu un appel de la nature, le genre que tu ne peux faire attendre.
Nadine éclata de rire.
– D’accord, on se revoit tout à l’heure.
Caroline réalisa qu’elle avait retenu sa respiration lors de sa conversation avec Nadine. Elle prit une grande bouffée d’air et ferma les yeux. Quel genre de vie était-ce que de se cacher à tout bout de champ de tout le monde afin de se couper et de n’avoir aucun ami à qui faire confiance? Elle se mordit les lèvres et une larme coula le long de sa joue. Elle finirait par craquer un jour. Et qu’arriverait-il alors?
Mélissa se séchait les cheveux en fredonnant des chansons d’enfance quand Éric vint la rejoindre dans sa chambre. Il se coucha sur le lit de sa sœur et croisa ses bras derrière sa tête.
– Qu’est-ce que tu fais là, toi? demanda Mélissa en haussant un sourcil.
– Caroline Lapointe, dit-il en toisant l’affiche de l’acteur canadien Hayden Christensen. C’est étrange ce qui s’est passé ce midi à la pastorale.
– Que vois-tu de bizarre là-dedans? Elle s’est étouffée, voilà!
– Non, il y a plus… More than meets the eye, ajouta-t-il énigmatiquement.
Mélissa observa le visage son frère, tentant en vain de le déchiffrer.
– Tu sais, continua-t-il lentement, ce n’est peut-être rien, mais elle s’est étouffée juste après que j’aie dit : « Tu n’as pas l’air d’une fille qui a peur de retrousser ses manches. »
Mélissa s’accouda au bord de sa fenêtre. Ses yeux ne voyaient rien pourtant. Elle était trop préoccupée par le sort de son amie.
– Et alors? demanda Mélissa qui ne voyait pas où son frère voulait en venir.
– Et bien, ce n’est qu’une impression, je crois que ses bras sont les clés qui nous permettront de percer son mystère.
Mélissa fit volte-face, le visage écarlate, les poings sur les hanches.
– Est-ce que tu insinues que Caroline s’injecte de l’héroïne? vociféra Mélissa. T’essaies de dire que c’est une petite droguée? Car si c’est ça, tu vas recevoir mon pied où je le pense et trois fois plutôt qu’une!
Pendant un instant, les yeux d’Éric s’apparentaient à des soucoupes. Il eut vite fait de regagner son calme habituel.
– Non, non et non. L’idée ne m’a jamais traversé l’esprit. C’est quelque chose d’autre… Je ne sais pas quoi… Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.
Mélissa foudroya son frère du regard. Peu à peu, la colère quitta sa figure. Elle s’assit sur son lit, aux côtés de son frère.
– Pardonne-moi, mais je veux vraiment aider Caroline. C’est bizarre… Mais je sens qu’elle a besoin de toute l’aide que l’on peut lui apporter.
– Ne t’inquiète pas, sœurette, répondit Éric. On va bien trouver.
Mélissa poussa un long soupir. Une partie d’elle hésitait à percer le secret de Caroline. Qui savait ce qu’elle y trouverait?
Quelques passants observateurs notèrent l’armée nuageuse campant au-dessus de leur tête et s’empressèrent de se rendre à leur destination distinguant dans tout cela un mauvais présage. Les autres malheureux ne virent rien.
Tout à coup, le bombardement commença. Ce n’était que de tout petits flocons inoffensifs pour commencer. Les nuages testaient la résistance des gens. Lorsqu’ils réalisèrent que cette offensive était vaine, que les personnes avaient déjà connu d’autres attaques plus féroces, ils intensifièrent leur assaut. La masse de flocons qui tombaient du ciel s’épaissit et bientôt, on ne pouvait distinguer quoi que ce soit à plus de trois pas devant soi. Le vent glacial soufflait violemment et emportait les flocons de neige dans un ballet chaotique. Les gens étaient assaillis de tout côté. Le siège de la ville par l’hiver venait de commencer.
Caroline attendait impatiemment l’autobus à son arrêt. Elle était emmitouflée dans d’épaisses couches de vêtements qui, à son grand désespoir, n’offraient que peu de résistance au froid mordant du blizzard. Elle sautillait sur place, se frottait les mains ensemble, secouait ses jambes, et pourtant, le froid l’atteignait encore. L’adolescente ronchonna contre l’hiver sous son souffle, priant pour que l’autobus arrive dans les plus brefs délais.
Soudain, deux silhouettes se dessinèrent aux côtés de Caroline.
– C’est l’hiver, c’est l’hiver, c’est l’hiver! chantonna une voix familière.
– Salut, Mél!
Caroline regarda la deuxième silhouette.
– Bonjour, Éric!
Éric hocha la tête sans rien dire. Son regard se portait au loin. Le jeune homme semblait bien indifférent aux deux filles en sa compagnie. Du peu de cours qu’elle avait avec Éric, Caroline avait appris qu’il ne prenait la parole que très rarement en classe et le plus souvent, c’était pour lancer des critiques acerbes envers la société et le système. Ainsi, c’était une violente colère qui bouillonnait derrière ces apparences sérieuses et calmes. Caroline se demandait si ce n’était que la traditionnelle « crise d’adolescence » ou si l’on devait y distinguer les prémices d’un héros révolutionnaire. Elle sourit à cette pensée absurde.
– Alors, vous vous ennuyiez trop de moi et ne pouviez attendre à votre arrêt d’autobus? blagua Caroline.
– Exactement! s’exclama Mélissa en riant. Non, sans farce, c’est qu’il fait tellement froid, donc pourquoi attendrait-on l’autobus sur place si on peut marcher jusqu’à un autre arrêt et se réchauffer en bougeant ainsi?
Caroline inclina sa tête de côté et regarda son amie, sourire en coin. Mélissa lui rendit un sourire chaleureux. Caroline secoua la tête imperceptiblement et une ombre de tristesse traversa son visage. L’isolement et le rapprochement semblaient à jamais en guerre à l’intérieur de Caroline. Ce fameux dilemme était-il donc éternel? Bien des nuits, ce dilemme la tenait éveillée. Elle se retournait sans cesse dans son lit, pleurait silencieusement son inaptitude sociale, sa vie familiale, son horrible secret, puis étouffait de lourds sanglots dans le creux de son oreiller. Sur cette longue route de misère qui conduisait Caroline dans les plus profondes ténèbres de son âme, elle n’avait que pour seul compagnon son secret. Quelle ironie que ce secret semblât être la cause même de toutes ses souffrances. Heureusement, l’autobus tira Caroline de l’imminente mélancolie de laquelle elle était la proie. Les trois adolescents s’empressèrent d’y monter.
Une chaleur agréable les accueillit. Caroline bougea ses orteils qui lui brûlaient dû à l’extrême différence de température entre l’intérieur et l’extérieur de l’autobus. Ce dernier étant particulièrement bondé ce matin-là, Caroline se retrouva vite collée contre Mélissa et Éric. Les deux filles discutaient de choses banales quand quelqu’un empoigna brusquement le bras gauche de Caroline et la tira de côté.
– Aïe! lança Caroline en affichant une expression de vive douleur.
– Désolé, mademoiselle, mais je vous ai demandée à trois reprises de me laisser passer afin que je puisse descendre, dit rudement un homme rondelet en passant aux côtés de l’adolescente qui se massait le bras.
– Espèce de brute, grommela Mélissa une fois que l’homme eût descendu. Ça va Caro?
– Oui, oui. Il m’a prise là où j’ai un bleu, c’est tout, mentit Caroline.
En fait, la vérité était que l’étranger l’avait empoignée sur une nouvelle plaie. Elle s’était coupée la veille et l’entaille ne s’était pas encore cicatrisée. Maintenant, Caroline craignait qu’elle se soit remise à saigner. L’adolescente garda une pression appliquée sur sa blessure en guise de protection.
– Tu es certaine que ça va, Caroline? demanda Mélissa.
Frère et sœur regardaient Caroline. Éric semblait interrogé ; Mélissa, inquiète.
– Oui, tout va bien.
Du moins, je l’espère, ajouta Caroline dans sa tête.
En arrivant à l’école, Caroline et Mélissa se séparèrent d’Éric qui alla rencontrer son petit cercle d’amis. Les deux étudiantes rejoignirent Nadine et Maria à l’agora.
– C’est horrible ce que le gouvernement leur fait! disait la Guatémaltèque.
– Je sais, je sais, mais quand même! répliqua Nadine. Ils ont vu ce qui est arrivé aux manifestants de la place Tiananmen, en ’89. Ils ont couru après!
– Parfois, tu m’enrages par l’absence de ton sens de valeurs! fulmina Maria.
Mélissa s’approcha de ses amies en levant les bras.
– Allez, allez, mes chères camarades! Allez-vous encore vous bouder? Bon, c’est quoi le sujet du débat aujourd’hui?
– La situation du Falun Gong en Chine, répondit Maria. Nadine se borne à prendre parti pour le gouvernement.
Mélissa jeta un coup d’œil à Caroline qui, discrètement, se tenait à l’écart de la conversation. Elle ne désirait pas participer à un débat de peur de déplaire à l’une de ses deux amies et de devoir subir leurs représailles. Mélissa roula ses yeux. Caroline sourit. Malgré l’incroyable complicité qui régnait entre Maria et Nadine, leurs conflits de valeurs n’étaient que trop fréquents. Il en revenait à Mélissa de camper le rôle d’arbitre et d’animer leurs débats. Toutefois, tout se passait dans la plus grande amitié, sans réelle hostilité envers quiconque.
Caroline profita de ce moment pour se rendre à la salle de toilettes afin de s’assurer que sa nouvelle plaie ne se soit rouverte. Elle roula sa manche et examina sa blessure. En effet, elle saignait légèrement. Elle nettoya plaie et bras et appliqua un pansement sur la coupure. Cependant, avant de recouvrir son bras, elle étudia ses nombreuses cicatrices, ces dizaines d’horribles bouches rouges, roses et blanches qui lui criaient qu’elle était folle, qu’elle ne possédait aucun espoir de guérison, qui lui vociféraient des injures qu’elle méritait bien. Caroline eut un haut-le-cœur à penser à toutes ces dégoûtantes balafres qui « décoraient » ses bras. Elle déroula sa manche et retourna à l’agora, le cœur lourd d’amertume.
La cloche retentit dans l’école et les étudiants se levèrent d’un bond. Les couloirs se remplirent à un rythme démesuré. Les estomacs affamés guidaient les élèves qui se précipitaient frénétiquement à la cantine de la cafétéria tels des voyageurs assoiffés à une oasis dans le désert.
Exceptionnellement ce jour-là, Caroline et ses amies se rendirent à une pièce spécialement aménagée pour les dîners des étudiants de la cinquième secondaire. Lorsque les filles désiraient un peu plus de paix qu’à l’habitude, ce qui était le cas cette fois-là, elles y mangeaient en compagnie de leurs camarades de classe. C’était une grande pièce appelée, pour quelque obscure raison, la « pastorale ». Elle était meublée de longues tables rectangulaires et de chaises. Quelques fenêtres décorées de stores verticaux de couleur beige donnaient sur le stationnement des enseignants, ce qui, en soi, n’était pas nécessairement plaisant comme vue, mais qui, comparée à l’absence de fenêtres dans la cafétéria, était bien reçu par les étudiants. Caroline assumait qu’on avait peint la salle en teintes de bleu afin d’inciter au calme et à la quiétude de la part des étudiants, autre moyen subtil employé par la direction de l’école leur permettant d’exercer un certain contrôle sur les élèves.
Les copines bavardaient calmement avec des compagnons de classe lorsque Éric survint. Poliment, il s’assit au bout de la table et hocha la tête, en guise de salutation, en direction de Caroline. Elle lui répondit par un sourire timide.
– D’accord, je sais que je suis quelques mois en retard, entama Éric, mais tu t’arranges bien dans cette nouvelle école?
– Oui, assez bien, répondit Caroline en prenant une bouchée de son sandwich. Mieux que je ne l’aurais cru.
– C’est très bien ça. Est-ce que c’est bien différent de ton ancienne école?
Caroline hésita quelques secondes avant de répondre.
– Non, c’est semblable. Je m’adapte très bien. Et toi, puisque je ne te vois pas souvent, comment te débrouilles-tu dans tes différents cours?
L’adolescente espérait que sa tentative pour détourner le sujet de la conversation n’était pas trop flagrante.
– Bof, ça pourrait aller mieux. Vois-tu, je l’avoue, je peux être très paresseux. Je le suis surtout pour les sujets qui ne m’intéressent pas comme le français ou la physique. Par contre, toi, je trouve que tu as l’air d’une fille qui n’a pas peur de retrousser ses manches.
Caroline passa à un cheveu près de s’étouffer avec son sandwich. Son visage avait perdu toutes couleurs et le regard que portait Éric sur elle était empreint d’une sincère inquiétude.
– Caro? Ça va? C’est quelque chose que j’ai dit?
– Non, non, répondit Caroline, la voix chancelante. Ma bouchée a passé dans le mauvais trou, voilà. Je… je vais bien.
Éric la regardait fixement, en fronçant les sourcils, puis son regard s’attendrit quand il vit qu’elle allait mieux.
– Tu m’as fait peur. Je croyais que j’allais avoir une morte sur les mains.
– Je vais aller boire… Je reviens.
Caroline se leva et quitta Éric en évitant son regard.
Pourquoi a-t-il utilisé cette expression : « Retrousser ses manches »? A-t-il des soupçons à propos de mon secret? Voulait-il examiner ma réaction? Mais comment serait-il arrivé à cette conclusion? Non, ce n’est pas possible! Ce n’est que moi qui réagis de manière excessive. Je vois des menaces où il n’y a que de l’aide potentielle. De l’aide? Comment est-ce qu’Éric pourrait bien m’aider?
Caroline geignit. Elle comprenait mal pourquoi ce genre d’événements la troublait autant. Quoiqu’il en fût, Éric l’avait profondément ébranlée par son choix de mots.
La jeune fille s’apprêtait à rentrer dans la pastorale quand elle sentit quelque chose lui chatouiller le bras gauche. Un mince filet de sang coulait sur sa main. Sa plaie s’était rouverte. Brusquement, elle tourna les talons et s’en retourna en direction des toilettes. Du coin de l’œil, elle aperçut Nadine se lever et venir à sa rencontre.
– Caro! Qu’est-ce que tu fais?
– Je dois aller aux toilettes, lui lança Caroline en regardant au-dessus de son épaule. Je vous revois tout à l’heure.
Elle tenait son bras gauche en face d’elle, collée contre son corps afin que personne ne remarque le sang qui tachait sa main. Puis, rapidement, elle s’enferma dans l’un des cabinets de toilette et s’occupa à repanser sa plaie. Pendant qu’elle appliquait un bandage sur sa blessure, Nadine frappa à la porte.
– Caro? Ça va? Éric nous a dit que tu t’étais pratiquement étouffée avec ton sandwich et puisque tu prenais un peu de temps à revenir, j’ai décidé d’aller voir si tu étais correcte. Dis-moi, ça va?
– Oui, oui. Le sandwich, ça va. J’ai soudainement eu un appel de la nature, le genre que tu ne peux faire attendre.
Nadine éclata de rire.
– D’accord, on se revoit tout à l’heure.
Caroline réalisa qu’elle avait retenu sa respiration lors de sa conversation avec Nadine. Elle prit une grande bouffée d’air et ferma les yeux. Quel genre de vie était-ce que de se cacher à tout bout de champ de tout le monde afin de se couper et de n’avoir aucun ami à qui faire confiance? Elle se mordit les lèvres et une larme coula le long de sa joue. Elle finirait par craquer un jour. Et qu’arriverait-il alors?
Mélissa se séchait les cheveux en fredonnant des chansons d’enfance quand Éric vint la rejoindre dans sa chambre. Il se coucha sur le lit de sa sœur et croisa ses bras derrière sa tête.
– Qu’est-ce que tu fais là, toi? demanda Mélissa en haussant un sourcil.
– Caroline Lapointe, dit-il en toisant l’affiche de l’acteur canadien Hayden Christensen. C’est étrange ce qui s’est passé ce midi à la pastorale.
– Que vois-tu de bizarre là-dedans? Elle s’est étouffée, voilà!
– Non, il y a plus… More than meets the eye, ajouta-t-il énigmatiquement.
Mélissa observa le visage son frère, tentant en vain de le déchiffrer.
– Tu sais, continua-t-il lentement, ce n’est peut-être rien, mais elle s’est étouffée juste après que j’aie dit : « Tu n’as pas l’air d’une fille qui a peur de retrousser ses manches. »
Mélissa s’accouda au bord de sa fenêtre. Ses yeux ne voyaient rien pourtant. Elle était trop préoccupée par le sort de son amie.
– Et alors? demanda Mélissa qui ne voyait pas où son frère voulait en venir.
– Et bien, ce n’est qu’une impression, je crois que ses bras sont les clés qui nous permettront de percer son mystère.
Mélissa fit volte-face, le visage écarlate, les poings sur les hanches.
– Est-ce que tu insinues que Caroline s’injecte de l’héroïne? vociféra Mélissa. T’essaies de dire que c’est une petite droguée? Car si c’est ça, tu vas recevoir mon pied où je le pense et trois fois plutôt qu’une!
Pendant un instant, les yeux d’Éric s’apparentaient à des soucoupes. Il eut vite fait de regagner son calme habituel.
– Non, non et non. L’idée ne m’a jamais traversé l’esprit. C’est quelque chose d’autre… Je ne sais pas quoi… Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.
Mélissa foudroya son frère du regard. Peu à peu, la colère quitta sa figure. Elle s’assit sur son lit, aux côtés de son frère.
– Pardonne-moi, mais je veux vraiment aider Caroline. C’est bizarre… Mais je sens qu’elle a besoin de toute l’aide que l’on peut lui apporter.
– Ne t’inquiète pas, sœurette, répondit Éric. On va bien trouver.
Mélissa poussa un long soupir. Une partie d’elle hésitait à percer le secret de Caroline. Qui savait ce qu’elle y trouverait?
12/11/2006
The Survivor!
I SURVIVED! W00T!
Les dieux de la physique ont eu pitié de ma pôvre petite personne et m'ont fait grâce d'un examen simple et tout à fait dans la portée de mes capacités. Quel soulagement! Tout de même, ne me parlez plus d'astrophysique pour un petit bout.
Dans un autre ordre d'idées, j'ai ENFIN terminé mes cours de conduite sur la route! Ça veut dire que je peux faire l'examen pour obtenir mon permis probatoire. Ça m'a pris 5 ans avant de me décider à obtenir mon permis d'apprenti, puis un an complet avant de terminer mes cours sur la route. Je vais essayer de faire mon examen en janvier afin de mettre tout ça derrière moi. Après tout, ce n'est pas comme si j'avais besoin de mon permis de conduire. Le transport en commun et ma petite maman me suffisent amplement pour l'instant. J'avoue que ce sera pratique en cas d'urgence... ou en cas de rendez-vous romantique! :p Hi hi!
~Marc
Les dieux de la physique ont eu pitié de ma pôvre petite personne et m'ont fait grâce d'un examen simple et tout à fait dans la portée de mes capacités. Quel soulagement! Tout de même, ne me parlez plus d'astrophysique pour un petit bout.
Dans un autre ordre d'idées, j'ai ENFIN terminé mes cours de conduite sur la route! Ça veut dire que je peux faire l'examen pour obtenir mon permis probatoire. Ça m'a pris 5 ans avant de me décider à obtenir mon permis d'apprenti, puis un an complet avant de terminer mes cours sur la route. Je vais essayer de faire mon examen en janvier afin de mettre tout ça derrière moi. Après tout, ce n'est pas comme si j'avais besoin de mon permis de conduire. Le transport en commun et ma petite maman me suffisent amplement pour l'instant. J'avoue que ce sera pratique en cas d'urgence... ou en cas de rendez-vous romantique! :p Hi hi!
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