12/24/2006

C'est fini

Et voilà, les chapitres 11, 12 et 13 ainsi que l'épilogue de Stigmates sont en ligne. Vous trouverez les chapitres aux endroits suivants:
Ça m'a fait beaucoup de bien de revisiter ces personnages. Je m'étais fortement attaché à Caroline et Mélissa pendant l'écriture et c'est bien sympathique de les retrouver après toutes ces années. Maintenant, je me demande bien ce qui leur est arrivé après les évènements de Stigmates...

Vous trouvez peut-être étrange que moi, l'auteur, ne sache pas ce qui leur arrive après l'épilogue. La raison est bien simple: pendant l'écriture, les personnages ont pris vie devant mes yeux. Alors que j'avais un plan précis pour eux, ils me surprenaient souvent à faire des choses auxquelles je ne m'attendais pas. C'est comme si je n'étais plus en contrôle et que quelqu'un (Caroline? Mélissa?) me soufflait l'histoire dans mon oreille. Depuis la fin de Stigmates, la petite voix s'est tue et je ne connais pas plus le sort ultime de Caroline que vous.

Un jour, ça me plairait de retourner fourrer mon nez dans les affaires de Caro et Mél, mais qui sait ce qui j'y trouverais? Le plus probable, c'est qu'il n'y aurait plus rien d'intéressant à raconter. Mais je peux me tromper. Seul l'avenir nous le dira!

~Marc

Stigmates: épilogue

– Appelle-nous quand ce sera terminé.

– D’accord, maman, répondit Caroline d’une faible voix.

Sa mère déposa un baiser sur son front et Caroline sortit de la voiture. Elle regarda tristement sa mère s’éloigner.

L’hiver avait enfin levé l’interminable siège de la ville. Quelques flocons de neige agonisaient au sol. Le soleil ne démontrait aucune pitié à l’égard de ceux qui l’avaient défié pendant près de cinq mois. Les oiseaux gazouillaient allègrement, soulignant à la fois le triomphe du soleil et le renouveau. Le vent caressait le visage de Caroline.

L’adolescente fit quelques pas vers le menaçant édifice vitré qui s’élevait vers le ciel parsemé de nuages, puis elle s’arrêta.

Les souvenirs des semaines précédentes lui revinrent : son séjour à l’hôpital, la visite de ses amies, l’accablement de ses parents à la découverte de ses habitudes autodestructrices et de ses ignobles cicatrices et les interminables discussions avec ceux-ci.

Après s’être coupé le poignet, son corps était entré dans ce que les médecins appellent un état de choc physiologique. Ses parents avaient appelé l’ambulance et on l’avait transportée à l’hôpital. En premier lieu, ses parents avaient cru qu’elle avait tenté de se suicider. Toutefois, les nombreuses cicatrices qui « ornaient » ses bras les convainquirent qu’il s’agissait de quelque chose de tout à fait différent. Les médecins suggérèrent la thérapie. La suite avait été horrible. Caroline avait dû faire face aux incessants questionnements de ses parents et à leurs reproches. Si Mélissa ne l’avait pas soutenue, elle aurait probablement été incapable de traverser cette pénible étape de sa vie.

Heureusement, Mélissa était venue la visiter dès son retour à la maison.



– Je peux entrer?

Caroline garda le silence.

Mélissa s’avança lentement. Ses yeux verts cherchaient son amie dans la noirceur de la pièce.

– Et si tu allumais ta lampe de chevet?

Caroline s’exécuta.

– Ah! Te voilà…

Mélissa s’assit près de Caroline sur le lit. Cette dernière fuyait le regard de Mélissa.

– Caro. Ma chère Caro. Tu vas mieux? Comme j’ai mal fait de te quitter vendredi. J’aurais dû rester avec toi. Si j’avais su…

Mélissa soupira. Caroline ne souffla mot.

– Si tu savais combien j’ai eu peur pour toi, Caro. J’ai craint pour ta vie. Je croyais que tu avais décidé de tous nous abandonner.

Sans crier gare, Caroline se mit à pleurer à chaudes larmes et se jeta dans les bras de son amie.

– Je suis tellement tannée! Je suis folle… J’ai déçu mes parents… Je ne vaux rien! Je me dégoûte! Oh! Mélissa, qu’est-ce que je peux faire?

Les larmes de douleur, de souffrances et de désespoir que Caroline avait si longtemps retenues coulaient enfin le long de ses joues.

Mélissa la berça dans ses bras en lui murmurant de douces paroles, la consolant du mieux qu’elle le pouvait. De longues minutes passèrent ainsi.

Finalement, Mélissa dut quitter son amie. Avant de partir, elle lui glissa ces mots à l’oreille :

– Sache, Caro, que je serai toujours là pour toi. Toujours. Je sais que c’est difficile de me croire. Tu es très craintive à propos de tes relations interpersonnelles, mais je suis sincère. Je suis certaine que quelque part dans ton cœur, tu le sais que je le suis et que tu me fais confiance.



Caroline secoua la tête et s’avança prudemment. Elle s’arrêta à nouveau.

Elle avait tant appris depuis qu’elle avait déménagé dans cette région. Malgré la souffrance que certains événements reliés à ses nouvelles amies lui avaient causé, elle retirait d’importantes leçons de ses expériences. Par exemple, comment pouvait-elle oublier l’épisode enivrant de la discothèque? Elle était désormais certaine qu’elle y avait découvert une nouvelle partie d’elle-même, un côté normal et merveilleux. Ces derniers jours, elle s’était accrochée à cette idée qui nourrissait l’espoir de la guérison chez elle.

C’est ainsi qu’elle reprit sa marche vers l’édifice.

Bien entendu, elle était terrifiée de ce qui l’attendait à l’intérieur. Ses parents l’avait forcée à venir ici après tout. Néanmoins, la partie d’elle-même qu’elle avait découverte à la discothèque laissa échapper un soupir de soulagement.

Elle était de plus en plus près de l’édifice.

Évidemment, la partie sombre d’elle-même ne se laisserait pas faire. Bientôt, elle serait en territoire inconnu et hostile.

Elle était arrivée à la hauteur des portes.

Caroline jeta un coup d’œil par dessus l’épaule. Elle aurait souhaité apercevoir Mélissa l’encourageant du regard à aller de l’avant. Elle se cambra et étudia les lettres moulées blanches inscrites sur la porte de droite : « Docteur Philippe Martineau, psychothérapeute ».
Puis, prenant son courage à deux mains, elle poussa les portes de l’édifice qui représentait à la fois ses plus grands espoirs et ses plus grandes peurs et se tourna vers une nouvelle étape de sa vie.

Stigmates: chapitre 13

– Hmm… Tu ne t’es pas manquée cette fois-là. Qu’est-ce qu’il y avait?

Caroline se mordait la lèvre. Elle haussa les épaules, en évitant le regard de Mélissa.

– J’sais pas, murmura-t-elle d’une voix monotone.

Mélissa inclina la tête de côté et leva les yeux des cicatrices de son amie. Elle la regarda tendrement.

– Tu sais que tu n’as pas à t’en vouloir, commença doucement Mélissa, même si tu t’es coupée. C’est normal. Tu ne peux pas arrêter du jour au lendemain. Et même si tu pouvais, je ne voudrais pas que tu le fasses car tu n’aurais plus le moyen de vivre avec tes émotions.

Caroline hocha la tête imperceptiblement tandis que Mélissa repansait soigneusement sa plaie. L’adolescente se laissa faire, la figure vide d’émotion.

Une fois encore, elle ne savait quoi penser de ce qui s’était passé ces derniers jours. Après le recul que Mélissa avait pris, elle était maintenant plus près qu’elle ne l’avait jamais été. Son dégoût pour ses cicatrices semblait s’être volatilisé. Ainsi, Mélissa était redevenue l’amie merveilleuse qu’elle avait été dès le début de l’année scolaire et Caroline ne savait quoi faire de tout cela. Comment expliquer ce changement radical d’attitude? Caroline soupçonnait son amie de s’être informée auprès de quelque spécialiste de la santé. En effet, Mélissa avait progressivement commencé à lui parler de ce qu’elle vivait, de ce que les psychothérapeutes appelaient l’automutilation. Toutefois, Caroline n’écoutait toujours que distraitement. Elle ne se sentait pas assez forte pour entendre les choses que Mélissa tentait de lui dire. Cette dernière discernait le désintérêt de Caroline et se taisait.

C’est ainsi que Caroline acceptait machinalement l’attention que son amie lui portait. La possibilité d’un second rejet de la part de Mélissa terrifiait Caroline. Néanmoins, ainsi que paradoxalement, son amie la sécurisait.

– Je dois partir, maintenant, toutefois, si l’envie te reprend, tu m’appelles immédiatement, d’accord?

Mélissa prit gentiment la tête de Caroline entre ses mains et la tourna pour qu’elle la regarde dans les yeux.

– On s’entend, n’est-ce pas? Tu m’appelles si quelque chose ne va pas?

– D’accord, répondit Caroline faiblement. Je t’appelle.

Mélissa serra son amie fortement contre elle et la salua d’un ravissant sourire.

Caroline la reconduit jusqu’à la porte d’entrée. Elle observa son amie disparaître dans l’épais nuage de neige qui tourbillonnait de façon chaotique. La menaçante gueule de l’hiver sembla engloutir Mélissa.

La jeune fille se rendit au salon et s’assit près de la fenêtre. Pensive, elle appuya sa tête contre la surface froide et lisse de la vitre. Son père corrigeait consciencieusement des examens dans son petit cabinet de travail. Sa mère était plongée dans la lecture d’un livre d’Yves Beauchemin dans le grand fauteuil de cuir du salon. Le silence de la maison pesait lourdement sur Caroline. Trop lourdement.

La jeune fille se retira dans sa chambre en prenant bien soin de fermer la porte derrière elle. Elle se regarda dans le miroir et déboutonna sa blouse qu’elle laissa tomber par terre. Elle s’étudia longuement. Ses cicatrices étaient si laides, si répugnantes. Comment avait-elle pu en arriver jusque là? Quelle ratée elle était! Il lui semblait qu’aucune fois dans sa vie elle n’avait été capable d’accomplir correctement une tâche. Elle vivait continuellement échec après échec.

Tranquillement, calmement, son esprit quitta son corps. Elle s’empara de son précieux canif. Elle posa la lame inconsciemment à la hauteur de son poignet puis elle se coupa lentement, savourant la douleur qui la libérait de son malaise.

Une fois son rituel terminé, Caroline réalisa que quelque chose n’allait pas du tout. L’entaille était trop profonde, beaucoup trop profonde. Le sang coulait à profusion de sa plaie. Hâtivement, elle se rendit à la salle de bains et tenta vainement d’arrêter le saignement. L’inquiétude gagna rapidement Caroline. Sa fréquence cardiaque augmentait considérablement. Haletant, elle retourna dans sa chambre. La pièce se mit à tourner et Caroline chancela. Elle s’appuya contre sa table de chevet, étourdie, faible, nauséeuse. Son bras ne s’était toujours pas arrêter de saigner. Affolée, elle tituba jusqu’à la porte. Sa main ensanglantée glissa sur la poignée et l’adolescente s’écroula. Sa tête heurta violemment le mur.

Caroline entendit sa mère lui demander ce qui se passait. Elle la vit entrer et se mettre à crier hystériquement. Son père accourut et s’accroupit près d’elle. Tout tournait et s’assombrissait.

Ce fut une image de sa mère en pleurs et de son père se jetant sur le téléphone qu’elle apporta avec elle avant de sombrer dans le silence et la noirceur de l’inconscience.

Stigmates: chapitre 12

– C’est comme ça que j’ai appris plein de choses intéressantes sur des petits villages, comme Tweed en Ontario. On n’y pense pas souvent, mais…

Caroline poussa un profond soupir. Elle n’était présente que de corps et non d’esprit au cours d’histoire de monsieur Paradis. Les radotages amusants de cet enseignant pour le moins spécial ne suffisait plus pour retenir l’attention de la jeune fille. Depuis près de deux semaines déjà, Caroline était en proie à une sombre et profonde mélancolie. Elle avait échoué dans sa mission la plus importante : cacher son secret. Elle s’était trop attachée à Mélissa. C’était de sa propre faute si elle en souffrait maintenant.

Mélissa se tenait un peu plus à l’écart de Caroline. Quand elle lui parlait, Caroline devinait son malaise d’autant plus qu’elle avait très bien lu le dégoût dans le visage de son amie lorsque celle-ci avait regardé ses cicatrices. Et Caroline ne tentait pas de remédier à la situation. Maintenant que Mélissa savait qu’elle était folle, Caroline n’osait plus croiser son regard. Chaque fois qu’elle le faisait par inadvertance, elle croyait discerner la répulsion qu’elle provoquait chez Mélissa. La situation avait amené Caroline à se couper davantage ces temps-ci. Pour l’adolescente, ce signe de faiblesse évident de sa part alimentait ses sentiments de honte, de culpabilité et de colère malgré le fait qu’elle n’eût été capable de les nommer.

En plus, ces récents événements avaient soulevé chez la jeune fille une nouvelle vague d’anxiété ainsi que de nouveaux questionnements. En effet, la fréquence de ses crises s’était considérablement accrue depuis la rentrée scolaire. Caroline s’interrogeait sur les effets néfastes que cette augmentation pourrait entraîner chez elle. Néanmoins, elle ne pouvait rien y faire. Les bénéfices qu’elle retirait de sa pratique lui étaient vitaux.

Du coin de l’œil, l’adolescente aperçut Mélissa se lever afin d’aller tailler son crayon. Elle sentit le regard de cette dernière sur elle. Caroline garda les yeux fixés sur l’enseignant, bien qu’elle n’y portât aucunement attention, et se mordit la lèvre inférieure.
Mélissa. Caroline ressentit un vif pincement au cœur. D’un côté, Caroline avait toujours su que les liens qu’elle formait avec sa camarade de classe ne pouvaient que lui apporter malheur et souffrance. D’autre part, cette amitié avec Mélissa avait paru si sincère, si désirée de la part de cette dernière. Quant à Maria et Nadine, Caroline se tenait à l’écart d’elles aussi. Bien qu’elle ne s’en rendit pas compte, elle craignait beaucoup plus la déception et le rejet de leur part depuis que Mélissa avait découvert son secret.

Pourquoi n’avait-elle pas fermé la porte de sa chambre derrière elle ce soir-là? Habituellement, lorsqu’elle entrait en transe, elle demeurait assez consciente pour s’assurer que personne ne puisse la surprendre. Cette fois-là, tout était allé différemment. Pour toute explication, elle se dit qu’elle devenait de plus en plus folle. Elle sourit amèrement.



Monsieur Paradis parlait ; Mélissa n’entendait rien.

Elle avait toujours été une élève très attentive en classe, une élève de si bonne humeur. Pourtant, ces derniers jours, rien n’y faisait : elle n’arrivait tout simplement pas à se concentrer sur quoi que ce soit et son entrain habituel avait fondu comme de la neige sous un soleil d’été. Le fameux secret de Caroline la tourmentait. Elle avait tant cherché à le percer et maintenant qu’elle connaissait la vérité sur son amie, elle ne savait quoi faire. Elle était prise au dépourvu.

Mélissa s’était attendue à tout, absolument tout, sauf à… ça. Caroline se coupait… volontairement. Mélissa ne savait plus quoi penser. Malgré ce qu’elle avait dit à Éric, elle aurait préféré que Caroline se drogue ou, pis encore, qu’elle soit victime d’abus sexuel. Au moins dans ces cas, elle aurait pu s’en prendre à quelque chose ou quelqu’un. Mais non. Tout se jouait dans la tête de Caroline.

Mais pourquoi se blessait-elle? Pourquoi? Comment pouvait-elle supporter la douleur? Était-elle masochiste? Trop de questions demeuraient sans réponse dans l’esprit de Mélissa. Simultanément, elle rageait intérieurement contre son amie qui adoptait ce comportement incompréhensible et mourait d’inquiétude, de souci et de remords.

Mélissa, terriblement troublée, laissa échapper un juron sous son souffle. Elle avait promis à Caroline de garder son secret. Quelle erreur de sa part! Mélissa avait pu se restreindre de mentionner sa découverte à Maria et Nadine, mais Caroline se faisait de plus en plus distante. Mélissa aurait tant souhaité être plus près d’elle ces temps-ci, mais elle ne maîtrisait pas ses émotions par rapport à cette situation. C’était un terrain hostile et inconnu. Elle devait briser cette promesse idiote maintenant. Elle ne pourrait jamais aider Caroline sans aide extérieure. Et elle savait exactement à qui s’adresser afin d’obtenir l’aide nécessaire à Caroline et ainsi mieux comprendre ce dont son amie souffrait.



Éric se tenait la tête entre les deux mains plutôt par fatigue que par abattement.

– C’était donc ça. Caroline s’automutile.

Il secoua légèrement la tête.

– Pauvre fille, laissa-t-il échapper tristement.

Mélissa roula les yeux.

– Tu ne peux pas me dire quelque chose que je ne sache pas déjà? demanda-t-elle d’un ton brusque.

Son frère lui jeta un regard exaspéré.

– Tu sais que tu devras changer d’attitude par rapport à cette maladie? Car si tu te bornes à penser comme tu le fais présentement et à continuer à agir ainsi, t’es mieux de me laisser m’occuper de Caroline seul.

Mélissa poussa un long soupir en se laissant tomber à ses côtés. Elle passa sa main dans son épaisse chevelure et ferma les yeux.

– Je sais, je sais, commença-t-elle. C’est tellement dur de savoir que mon amie se fait mal comme ça. Je ne sais pas quoi faire ou quoi penser. Et je me sens mal d’avoir brisé ma promesse.

Le visage d’Éric se fit sympathisant.

– Je te comprends. C’est pour ça que je vais t’apprendre quelques petites notions de base par rapport à l’automutilation question de démystifier les choses. Bon, comme tout le monde se devrait de le savoir…

Stigmates: chapitre 11

Le soleil pointait à l’horizon, combattant vaillamment l’armée de nuages qui, quelques jours auparavant, avait entamé le siège de la ville. Cependant, il était beaucoup trop tôt et le soleil n’avait aucune chance de vaincre l’ennemi juré du peuple. Le soleil avait choyé les gens d’un été particulièrement chaud plus tôt cette année et sans doute avait-il épuisé ses énergies car ses tentatives à repousser les légions de flocons de neige qui campaient au sol furent vaines. Encore une fois, l’hiver triomphait. Ainsi, un vent nordique souffla sur la ville en guise de rappel que l’hiver lui tiendrait compagnie pour les quatre prochains mois.



Caroline se réveilla en frissonnant. Cet accueil glacial ne pouvait signifier qu’une seule chose : elle avait oublié de régler le chauffage avant de se coucher. Elle soupira et, prenant son courage à deux mains, sauta hors de son lit. Sans perdre un instant, elle enfila sa robe de chambre et marcha sur la pointe de ses pieds afin de leur épargner une torture oh! combien cruelle! Après avoir réglé le thermostat à son goût, elle regagna l’agréable chaleur de son lit. Elle contempla les différentes affiches apposées aux murs de sa chambre, mais son esprit était ailleurs.

Caroline tentait de faire le point sur sa relation avec ses amies. Leur faisait-elle confiance? Évidemment, non, car elle ne leur avait jamais soufflé mot à propos de ses habitudes autodestructrices. Elle redoutait toujours le rejet, l’inévitable rejet qui accompagnait toutes ses relations interpersonnelles. À la fin de chaque jour, elle était de plus en plus proche de ses amies et, par conséquent, la douleur qui serait associée à son rejet de la part de ses amies augmentait en proportion. Caroline ruminait cette pensée pessimiste depuis plusieurs semaines déjà. Que devait-elle y faire? L’adolescente se perdait dans ce dédale d’émotions qu’était devenu son cœur. N’était-elle pas maîtresse de son corps et de son esprit? C’était du moins ce qu’elle avait lu en quelque part. Pourtant, elle ne se sentait aucunement en contrôle de quoi que ce soit. La jeune fille secoua doucement la tête afin de remettre de l’ordre dans ses idées. Peine perdue. Ce fut la sonnerie de la porte d’entrée qui l’arracha à ses pensées.

Caroline se releva et, tout en attachant sa robe de chambre, descendit au rez-de-chaussée. Elle jeta un coup d’œil dans le judas de la porte pour apercevoir Mélissa qui sautillait sur place. Caroline ouvrit la porte.

– Good morning sunshine! Mélissa chanta d’une voix enjouée.

– Salut, Mél! Qu’est-ce que tu fais ici aussi tôt?

– À vrai dire, je ne sais pas. Je me suis levée et me suis dit : « Aujourd’hui, je m’en vais chez Caroline! » Alors, me voici! Ça ne te dérange pas? Puis, j’espère que je n’ai réveillé personne.

– Non, non, ça va. Mes parents sont partis pour la fin de semaine. C’est leur anniversaire de mariage demain…

– Oh! Monsieur et madame Lapointe sortent en amoureux, n’est-ce pas? J’en connais deux qui vont forniquer en fin de semaine…

– Mél, ce sont mes parents, tout de même! répondit Caro d’un ton vexé en aidant son amie à se défaire de son lourd manteau d’hiver.

– Oh! Caro! Il faut bien savoir taquiner les gens, même nos parents, dit Mélissa d’un ton rieur en délassant ses bottes.

– Je suppose que tu as raison, admit Caroline à contrecœur. Toutefois, laisse mes parents hors de tout cela.

– D’accord, d’accord, Miss On-ne-touche-pas-à-mes-parents! Chacun ses bébites après tout. Par exemple, moi, il ne faut pas passer de commentaire à propos de mes fesses!

– Quoi? Tes fesses?

– Oh! Ça remonte à ma jeunesse. C’était des farces que je faisais avec Éric. Enfin, c’est trop long à expliquer, mais ne passe pas de commentaire à propos de mes fesses.

– Est-ce que tu me niaises? demanda Caroline prudemment en conduisant Mélissa dans sa chambre.

– Non, je suis très sérieuse.

Mélissa paraissait en effet très sérieuse. Cependant, elle ne put réprimer son sourire très longtemps. Caroline sourit en retour.

– Ah! Enfin, je peux me remettre à l’étude de ton antre mystérieux! annonça Mélissa malicieusement.

– Attention, c’est en désordre puisque je viens de me lever, avertit Caroline.

– Désordre? Quel désordre? demanda Mélissa en examinant la chambre à coucher de son amie. Tout ce que je vois, c’est un lit tout prêt à être utilisé de nouveau.

– Oui, il y a le lit, mais mes effets scolaires ne sont pas supposés être dans ce coin-là.

– Mais ils sont super bien rangés!

– Puis, mes vêtements traînent sur le plancher.

– Mais ils sont super bien pliés! Ma chère Caro, t’es une vraie perfectionniste! C’est tout un travail fignolé que tu effectues! Une vraie petite fourmi… Ce n’est pas surprenant que tu aies des 95% et plus dans tous tes examens à l’école.

– Ça pourrait être mieux, marmonna Caroline.

– Quoi? Moi, je n’ai que rarement plus de 85%! Ne sois pas trop exigeante envers toi-même, voyons, ajouta Mélissa tendrement.

Caroline s’affaira à ranger ses effets personnels en se gardant d’adresser la parole à son amie par honte de l’attitude qu’elle venait d’adopter envers cette dernière. En effet, comment osait-elle se plaindre de ses excellents résultats scolaires? D’autre part, son rendement était nettement insuffisant. Ces deux sentiments contraires s’entremêlèrent dans son cœur jusqu’à ce qu’elle ne put plus distinguer l’un de l’autre et que son équilibre émotionnel soit gravement menacé.

Entre temps, Mélissa fouinait un peu partout dans la chambre, fourrant son nez dans les recoins de la pièce, lançant quelque taquinerie à propos de ce qu’elle y trouvait.

Finalement, afin de se changer les idées et ainsi peut-être prévenir une crise imminente, Caroline brisa le silence.

– Et si on se louait des films?



Le soleil avait battu en retraite face à la redoutable armée de l’hiver depuis près de cinq heures déjà. À l’intérieur, le feu crépitait dans la cheminée. L’agréable chaleur du feu et la faible lumière orangée que ce dernier émettait contribuait à l’atmosphère chaleureuse et paisible de la maison. Les deux adolescentes étaient assises à chaque extrémité du divan, en face de la télévision, enroulées dans de chaudes couvertures.

Caroline se sentait légèrement instable émotionnellement. Néanmoins, elle était parvenue à savourer les moments plaisants qu’elle avait vécus lors de la journée. Mélissa et elle avaient visionné quelques films relaxants, elles s’étaient amusées à préparer le dîner et Mélissa lui avait raconté de nombreuses anecdotes délectables concernant leurs camarades de classe.

Maintenant, les deux amies regardaient la télévision, cherchant vainement une émission intéressante.

– Tiens, ça te dit Killer B’s From Space? demanda Mélissa en blague.

– Tellement, répondit sarcastiquement Caroline en étouffant un bâillement.

– Oh! Enjeux! On va regarder ça! Leurs reportages sont toujours très intéressants!

Caroline acquiesça. Qu’y apprendrait-elle cette fois-ci?

– Bonsoir, commença l’animateur. Ce soir à Enjeux, nous explorons une maladie méconnue de tous qui fait de terribles ravages chez les adolescents et les jeunes adultes : l’automutilation.
Caroline fut intriguée par ce mot : automutilation. Une vague peur se glissa en elle. Puis vint le reportage et les images choc.

Si Caroline avait déjà connu un océan d’émotions intenses, c’était maintenant un raz-de-marée qui menaçait de l’emporter à tout jamais. L’automutilation : maladie mentale, blessures, brûlures et coupures volontaires, sentiment de désintégration mentale. Caroline entendait tout mais ne comprenait rien. Comment était-ce possible? Des gens qui, comme elle, s’infligeaient des blessures? Des gens qui se sentaient aussi quitter leur corps? Ce qu’elle faisait portait un nom! L’automutilation.

Ce simple reportage était assez pour déclencher violemment une crise chez Caroline, mais par-dessus tout, Mélissa le commentait.

– Je ne comprends vraiment pas pourquoi ces gens voudraient se faire mal? Est-ce qu’ils sont fous ou quoi? Et les cicatrices que ça laisse! C’est dégoûtant! Je veux bien être ouverte d’esprit, mais c’est beaucoup trop pour moi, ça!

Caroline ne sut contrôler la situation. Son esprit s’était déjà envolé. La voix du reporter et de Mélissa semblaient lointaines, très lointaines. Il n’y avait qu’une seule chose à faire pour se sauver de cette situation horrifiante. Caroline se leva lentement.
Mélissa l’observa de ses grands yeux verts, réalisant que quelque chose n’allait pas du tout chez son amie.

– Caro! Qu’est-ce qu’il y a?

– Je dois aller à la salle de bains, s’entendit-elle répondre.

Machinalement, elle se rendit à sa chambre en ignorant les questionnements frénétiques de son amie. Dans l’état d’esprit qu’elle était présentement, elle oublia de fermer la porte derrière elle. Puis, elle s’empara de son précieux canif, retroussa sa manche droite et se mit à l’œuvre. Elle accueillit la douleur, ce sublime médicament contre tous ses maux. Elle regarda fixement le sang qui s’écoulait de la coupure.

Caroline ne réagit pas aux cris d’une Mélissa hystérique qui l’avait suivie dans sa chambre. Cette dernière suppliait l’adolescente en détresse de cesser de se couper, mais la crise de Caroline n’était pas encore terminée. Ainsi, elle se coupa une seconde fois, puis laissa tomber son canif.

Caroline s’affaissa. Au lieu du calme habituel qui l’habitait à la suite de ses actions autodestructives, un désespoir immense l’emplissait. Son monde venait de s’effondrer sous elle. Il n’y avait plus qu’un gouffre obscur et terrifiant qui s’ouvrait sous ses pieds et elle s’y sentait tomber et tomber. Tout était foutu. Mélissa connaissait son horrible secret. Elle ferma les yeux. Elle ne voulait jamais plus les ouvrir. Elle était si honteuse et elle se détestait car, se doutait-elle, Mélissa ne voudrait plus lui adresser la parole maintenant qu’elle savait la vérité. Elle pleura silencieusement pour la pauvre créature qu’elle était, pour ses échecs perpétuels, pour les cruautés de la vie.

Mélissa se jeta sur Caroline et l’entoura de ses bras. Elle la serra fortement contre elle nonobstant le sang qui tachait ses vêtements et se mit à susurrer à Caroline tout en essayant de retenir les larmes d’accablement qui menaçaient de couler. Elle la berça affectueusement, tel un enfant que l’on réconforte d’un mauvais rêve.

– Caroline… Caroline… Caroline, murmurait-elle doucement sans cesse.

Ainsi, abattue par ce qu’il venait de se produire, Caroline s’assoupit au contact des caresses de son amie qui allaient non sans rappeler une tendresse maternelle.



Lorsque Caroline se réveilla, elle était étendue sur son lit. Ses plaies étaient pansées, l’éclairage était tamisé. Elle regarda autour d’elle. Mélissa était assise dans un coin de la chambre, serrant contre elle ses jambes repliées, la tête appuyée sur ses genoux. Ses yeux rouges trahissaient le torrent de larmes qui avait dû couler pendant le sommeil de Caroline. Ses vêtements étaient tachés de sang.

– Mélissa, coassa Caroline. Je suis tellement désolée…

Mélissa leva la tête et regarda son amie. Son regard reflétait sa désolation.

– Pourquoi es-tu désolée? demanda-t-elle. Tu n’as pas besoin de l’être.

– Je… je… je ne pouvais pas te le dire, expliqua Caroline en baissant les yeux. Vois-tu ce que je suis vraiment, maintenant? Je ne mérite pas ton amitié et ton dévouement. Je ne suis bonne que pour l’hôpital psychiatrique. Je suis folle…

Mélissa secoua la tête.

– Non, tu n’es pas folle… Tu… tu…

Caroline afficha un demi-sourire.

– Tu ne sais pas quoi dire. C’est correct, car je le suis, folle.

Ses yeux s’emplirent d’eau. Elle les referma et quelques larmes coulèrent sur ses joues.

– Non, Caro, dit Mélissa. Ne dis pas ça… Tu me brises le cœur…

Mélissa se leva et prit place aux côtés de son amie. Elle lui frotta gentiment le dos et lui tendit mouchoir. Caroline eut un petit rire nerveux.

– C’est la scène classique où l’amie réconforte la personne en détresse en lui donnant un kleenex, dit Caroline entre deux sanglots.

Pour la première fois, Mélissa n’avait pas le cœur à la plaisanterie. Elle se contenta de garder le silence.

– Tu sais, continua Caroline en reniflant, j’ai bien apprécié le temps qu’on a passé ensemble…

– Pourquoi dis-tu cela? demanda Mélissa d’une voix lourde de tristesse.

– Tu ne voudras pas m’avoir, moi, la folle, la démente, comme amie. Je t’ai caché tant de choses et tu m’as été si aimable tout ce temps. Tu vas me laisser tomber et… et…

Caroline ne put terminer sa phrase. Mélissa l’étreignit de nouveau.

– Qu’est-ce que tu dis là? Je ne te laisserai pas tomber. Non, désormais que je connais ton secret, je suis avec toi jusqu’au bout.

Caroline regarda son amie. Une lueur d’espoir brillait dans son regard. Cependant, l’ombre de l’incrédulité engloutit bientôt la lumière de l’espérance. Elle détourna les yeux de son amie.

Brusquement, elle retroussa les manches de sa blouse.

– Je suis répugnante! Elles sont répugnantes! s’écria Caroline en regardant ses cicatrices. Tu ne peux le nier! Regarde-les!

Elle brandit ses bras vers Mélissa.

– Je me suis infligé chacune d’elles volontairement! C’est dégoûtant!

Mélissa fléchit sous l’attaque de Caroline. Autant qu’elle désirait aider son amie, elle ne pouvait en effet porter son regard sur ces marques d’une laideur incomparable qui représentaient une douleur si vive et si aiguë qu’à la simple pensée de celles-ci, un frisson lui parcourait le dos. Caroline baissa les bras et se recroquevilla.

– Et maintenant quoi? demanda-t-elle, la voix brisée.

– Je ne sais pas, avoua Mélissa. Je ne sais pas…

12/19/2006

Méchant Soleil!

Il fait tout fondre la neige! Méchant Soleil! Tu devrais avoir honte; on est le 19 décembre, tu pourrais bien nous laisser un peu de neige pour Noël, non?

~Marc

Il neige! Il neige!


Youppi!

On voit pas très bien, mais il neige!

On aura peut-être un Noël blanc en fin de compte!

~Marc

Coming out

Non, pas ce genre-là de coming out, voyons!

J'adore l'émission Survivor. J'en regardais quelques extraits il y a quelques saisons, mais depuis l'hiver passé, je l'écoute religieusement et je suis vraiment accroché. J'ai décidé d'en parler puisque Chris Kohler, un blogueur de jeux vidéo que j'apprécie beaucoup, en a parlé lui-même. En fait, j'aurais pu écrire ce qu'il a écrit parce que c'est exactement les mêmes raisons que moi. Tenez, allez lire son article: ici.

~Marc

12/16/2006

Les limites des mathématiques




Quelle sensibilité dans cette image! Ça vient me chercher à l'intérieur. Et je ne blague pas! J'imagine qu'il faut étudier en maths/physique pour comprendre...

J'ai découvert ce petit bijou à cette adresse.

~Marc

12/14/2006

Le Retour du Retour du Grand Test de Personnalité

Voici en primeur la troisième édition du grand test de personnalité que j'ai déjà fait auparavant. D'ailleurs, vous pouvez voir mes résultats précédents ici et ici.

Sans plus tarder, voyons ce qui a changé...


Advanced Global Personality Test Results
Extraversion |||||||||| 33%
Stability |||||||||||||||||||| 86%
Orderliness |||||||||||||||||| 76%
Accommodation |||||||||||||| 56%
Interdependence |||||||||||||||||||| 83%
Intellectual |||||||||||||||||| 76%
Mystical |||| 16%
Artistic |||||||||| 36%
Religious |||||| 30%
Hedonism || 10%
Materialism |||| 16%
Narcissism |||||||||||||||| 63%
Adventurousness |||||| 23%
Work ethic |||||||||| 36%
Self absorbed |||||||||||| 50%
Conflict seeking || 10%
Need to dominate || 10%
Romantic |||||||||||||| 56%
Avoidant |||||| 23%
Anti-authority || 10%
Wealth |||||||||||| 50%
Dependency |||||| 30%
Change averse |||||||||||| 43%
Cautiousness |||||||||||||||| 63%
Individuality |||| 16%
Sexuality |||||| 30%
Peter pan complex || 10%
Physical security |||||||||||||||||||| 90%
Physical Fitness |||||||||||||||| 70%
Histrionic || 10%
Paranoia |||| 16%
Vanity |||||||||||| 43%
Hypersensitivity |||||| 30%
Female cliche |||||||||| 36%
Take Free Advanced Global Personality Test
personality tests by similarminds.com


Stability results were very high which suggests you are extremely relaxed, calm, secure, and optimistic.

Orderliness results were high which suggests you are overly organized, reliable, neat, and hard working at the expense too often of flexibility, efficiency, spontaneity, and fun.

Extraversion results were moderately low which suggests you are reclusive, quiet, unassertive, and secretive.

Trait Snapshot: secretive, organized, clean, rarely worries, solitary, high self control, dislikes large parties, prefers organized to unpredictable, prudent, observer, tough, self reliant, very good at saving money, introverted, perfectionist, mind over heart, not controlling of others, hard working, confident, resolute, solitary, does not make friends easily, finisher, does not like to stand out, very practical, intellectual, unsympathetic at times, honest, respects authority, follows the rules, cautious


Hmm! Encore une fois, c'est très semblable aux deux tests précédents. Je suis retombé à un niveau modérément bas d'extraversion, par contre. Ce qui me semble juste.

Mais il manque un élément à tout ça: I'm a Procrastinator!






Mais seulement en période d'examens. Pendant la session, je fais tous mes devoirs à temps et en avance. :p

~The Procrastinator
(I'll be back.)

12/13/2006

The end is near!

Bon, plus que 3 chapitres + l'épilogue à mettre en ligne! J'espère que vous appréciez toujours.

Je me souviens que peu après avoir terminé l'écriture de Stigmates, j'ai commencé à penser à une version modifiée, genre Stigmates: New Revised, Corrected and Extended Edition. En fait, j'avais déjà commencé à apporter de petites corrections à l'écriture et au style, mais avec le cégep et ce qui se passait dans ma vie personnelle, mon projet a pris le bord. Dommage. J'avais comme but d'ajouter 2-3 chapitres vers la fin. Ces chapitres auraient tenté d'explorer en plus grands détails les dernières péripéties. Lesquelles? Ah! Je ne peux pas vous dévoiler le punch, tout de même!

~Marc

Stigmates: chapitre 10

Un nuage gris s’était pointé à l’horizon. C’était un tout petit nuage, sans doute désigné comme éclaireur par ses grands frères qui se cachaient encore. Doucement et prudemment s’était-il avancé afin de ne pas semer la panique dans la population. Puis, peu à peu, ses frères étaient venus le rejoindre un à un en essayant de passer inaperçu auprès des citadins insouciants. Ainsi, ils avaient envahi le royaume céleste du Soleil qui n’avait d’autre choix que de contempler le spectacle qui s’ensuivrait.

Quelques passants observateurs notèrent l’armée nuageuse campant au-dessus de leur tête et s’empressèrent de se rendre à leur destination distinguant dans tout cela un mauvais présage. Les autres malheureux ne virent rien.

Tout à coup, le bombardement commença. Ce n’était que de tout petits flocons inoffensifs pour commencer. Les nuages testaient la résistance des gens. Lorsqu’ils réalisèrent que cette offensive était vaine, que les personnes avaient déjà connu d’autres attaques plus féroces, ils intensifièrent leur assaut. La masse de flocons qui tombaient du ciel s’épaissit et bientôt, on ne pouvait distinguer quoi que ce soit à plus de trois pas devant soi. Le vent glacial soufflait violemment et emportait les flocons de neige dans un ballet chaotique. Les gens étaient assaillis de tout côté. Le siège de la ville par l’hiver venait de commencer.



Caroline attendait impatiemment l’autobus à son arrêt. Elle était emmitouflée dans d’épaisses couches de vêtements qui, à son grand désespoir, n’offraient que peu de résistance au froid mordant du blizzard. Elle sautillait sur place, se frottait les mains ensemble, secouait ses jambes, et pourtant, le froid l’atteignait encore. L’adolescente ronchonna contre l’hiver sous son souffle, priant pour que l’autobus arrive dans les plus brefs délais.

Soudain, deux silhouettes se dessinèrent aux côtés de Caroline.

– C’est l’hiver, c’est l’hiver, c’est l’hiver! chantonna une voix familière.

– Salut, Mél!

Caroline regarda la deuxième silhouette.

– Bonjour, Éric!

Éric hocha la tête sans rien dire. Son regard se portait au loin. Le jeune homme semblait bien indifférent aux deux filles en sa compagnie. Du peu de cours qu’elle avait avec Éric, Caroline avait appris qu’il ne prenait la parole que très rarement en classe et le plus souvent, c’était pour lancer des critiques acerbes envers la société et le système. Ainsi, c’était une violente colère qui bouillonnait derrière ces apparences sérieuses et calmes. Caroline se demandait si ce n’était que la traditionnelle « crise d’adolescence » ou si l’on devait y distinguer les prémices d’un héros révolutionnaire. Elle sourit à cette pensée absurde.

– Alors, vous vous ennuyiez trop de moi et ne pouviez attendre à votre arrêt d’autobus? blagua Caroline.

– Exactement! s’exclama Mélissa en riant. Non, sans farce, c’est qu’il fait tellement froid, donc pourquoi attendrait-on l’autobus sur place si on peut marcher jusqu’à un autre arrêt et se réchauffer en bougeant ainsi?

Caroline inclina sa tête de côté et regarda son amie, sourire en coin. Mélissa lui rendit un sourire chaleureux. Caroline secoua la tête imperceptiblement et une ombre de tristesse traversa son visage. L’isolement et le rapprochement semblaient à jamais en guerre à l’intérieur de Caroline. Ce fameux dilemme était-il donc éternel? Bien des nuits, ce dilemme la tenait éveillée. Elle se retournait sans cesse dans son lit, pleurait silencieusement son inaptitude sociale, sa vie familiale, son horrible secret, puis étouffait de lourds sanglots dans le creux de son oreiller. Sur cette longue route de misère qui conduisait Caroline dans les plus profondes ténèbres de son âme, elle n’avait que pour seul compagnon son secret. Quelle ironie que ce secret semblât être la cause même de toutes ses souffrances. Heureusement, l’autobus tira Caroline de l’imminente mélancolie de laquelle elle était la proie. Les trois adolescents s’empressèrent d’y monter.

Une chaleur agréable les accueillit. Caroline bougea ses orteils qui lui brûlaient dû à l’extrême différence de température entre l’intérieur et l’extérieur de l’autobus. Ce dernier étant particulièrement bondé ce matin-là, Caroline se retrouva vite collée contre Mélissa et Éric. Les deux filles discutaient de choses banales quand quelqu’un empoigna brusquement le bras gauche de Caroline et la tira de côté.

– Aïe! lança Caroline en affichant une expression de vive douleur.

– Désolé, mademoiselle, mais je vous ai demandée à trois reprises de me laisser passer afin que je puisse descendre, dit rudement un homme rondelet en passant aux côtés de l’adolescente qui se massait le bras.

– Espèce de brute, grommela Mélissa une fois que l’homme eût descendu. Ça va Caro?

– Oui, oui. Il m’a prise là où j’ai un bleu, c’est tout, mentit Caroline.

En fait, la vérité était que l’étranger l’avait empoignée sur une nouvelle plaie. Elle s’était coupée la veille et l’entaille ne s’était pas encore cicatrisée. Maintenant, Caroline craignait qu’elle se soit remise à saigner. L’adolescente garda une pression appliquée sur sa blessure en guise de protection.

– Tu es certaine que ça va, Caroline? demanda Mélissa.

Frère et sœur regardaient Caroline. Éric semblait interrogé ; Mélissa, inquiète.

– Oui, tout va bien.

Du moins, je l’espère, ajouta Caroline dans sa tête.



En arrivant à l’école, Caroline et Mélissa se séparèrent d’Éric qui alla rencontrer son petit cercle d’amis. Les deux étudiantes rejoignirent Nadine et Maria à l’agora.

– C’est horrible ce que le gouvernement leur fait! disait la Guatémaltèque.

– Je sais, je sais, mais quand même! répliqua Nadine. Ils ont vu ce qui est arrivé aux manifestants de la place Tiananmen, en ’89. Ils ont couru après!

– Parfois, tu m’enrages par l’absence de ton sens de valeurs! fulmina Maria.

Mélissa s’approcha de ses amies en levant les bras.

– Allez, allez, mes chères camarades! Allez-vous encore vous bouder? Bon, c’est quoi le sujet du débat aujourd’hui?

– La situation du Falun Gong en Chine, répondit Maria. Nadine se borne à prendre parti pour le gouvernement.

Mélissa jeta un coup d’œil à Caroline qui, discrètement, se tenait à l’écart de la conversation. Elle ne désirait pas participer à un débat de peur de déplaire à l’une de ses deux amies et de devoir subir leurs représailles. Mélissa roula ses yeux. Caroline sourit. Malgré l’incroyable complicité qui régnait entre Maria et Nadine, leurs conflits de valeurs n’étaient que trop fréquents. Il en revenait à Mélissa de camper le rôle d’arbitre et d’animer leurs débats. Toutefois, tout se passait dans la plus grande amitié, sans réelle hostilité envers quiconque.

Caroline profita de ce moment pour se rendre à la salle de toilettes afin de s’assurer que sa nouvelle plaie ne se soit rouverte. Elle roula sa manche et examina sa blessure. En effet, elle saignait légèrement. Elle nettoya plaie et bras et appliqua un pansement sur la coupure. Cependant, avant de recouvrir son bras, elle étudia ses nombreuses cicatrices, ces dizaines d’horribles bouches rouges, roses et blanches qui lui criaient qu’elle était folle, qu’elle ne possédait aucun espoir de guérison, qui lui vociféraient des injures qu’elle méritait bien. Caroline eut un haut-le-cœur à penser à toutes ces dégoûtantes balafres qui « décoraient » ses bras. Elle déroula sa manche et retourna à l’agora, le cœur lourd d’amertume.



La cloche retentit dans l’école et les étudiants se levèrent d’un bond. Les couloirs se remplirent à un rythme démesuré. Les estomacs affamés guidaient les élèves qui se précipitaient frénétiquement à la cantine de la cafétéria tels des voyageurs assoiffés à une oasis dans le désert.

Exceptionnellement ce jour-là, Caroline et ses amies se rendirent à une pièce spécialement aménagée pour les dîners des étudiants de la cinquième secondaire. Lorsque les filles désiraient un peu plus de paix qu’à l’habitude, ce qui était le cas cette fois-là, elles y mangeaient en compagnie de leurs camarades de classe. C’était une grande pièce appelée, pour quelque obscure raison, la « pastorale ». Elle était meublée de longues tables rectangulaires et de chaises. Quelques fenêtres décorées de stores verticaux de couleur beige donnaient sur le stationnement des enseignants, ce qui, en soi, n’était pas nécessairement plaisant comme vue, mais qui, comparée à l’absence de fenêtres dans la cafétéria, était bien reçu par les étudiants. Caroline assumait qu’on avait peint la salle en teintes de bleu afin d’inciter au calme et à la quiétude de la part des étudiants, autre moyen subtil employé par la direction de l’école leur permettant d’exercer un certain contrôle sur les élèves.

Les copines bavardaient calmement avec des compagnons de classe lorsque Éric survint. Poliment, il s’assit au bout de la table et hocha la tête, en guise de salutation, en direction de Caroline. Elle lui répondit par un sourire timide.

– D’accord, je sais que je suis quelques mois en retard, entama Éric, mais tu t’arranges bien dans cette nouvelle école?

– Oui, assez bien, répondit Caroline en prenant une bouchée de son sandwich. Mieux que je ne l’aurais cru.

– C’est très bien ça. Est-ce que c’est bien différent de ton ancienne école?

Caroline hésita quelques secondes avant de répondre.

– Non, c’est semblable. Je m’adapte très bien. Et toi, puisque je ne te vois pas souvent, comment te débrouilles-tu dans tes différents cours?

L’adolescente espérait que sa tentative pour détourner le sujet de la conversation n’était pas trop flagrante.

– Bof, ça pourrait aller mieux. Vois-tu, je l’avoue, je peux être très paresseux. Je le suis surtout pour les sujets qui ne m’intéressent pas comme le français ou la physique. Par contre, toi, je trouve que tu as l’air d’une fille qui n’a pas peur de retrousser ses manches.

Caroline passa à un cheveu près de s’étouffer avec son sandwich. Son visage avait perdu toutes couleurs et le regard que portait Éric sur elle était empreint d’une sincère inquiétude.

– Caro? Ça va? C’est quelque chose que j’ai dit?

– Non, non, répondit Caroline, la voix chancelante. Ma bouchée a passé dans le mauvais trou, voilà. Je… je vais bien.

Éric la regardait fixement, en fronçant les sourcils, puis son regard s’attendrit quand il vit qu’elle allait mieux.

– Tu m’as fait peur. Je croyais que j’allais avoir une morte sur les mains.

– Je vais aller boire… Je reviens.

Caroline se leva et quitta Éric en évitant son regard.

Pourquoi a-t-il utilisé cette expression : « Retrousser ses manches »? A-t-il des soupçons à propos de mon secret? Voulait-il examiner ma réaction? Mais comment serait-il arrivé à cette conclusion? Non, ce n’est pas possible! Ce n’est que moi qui réagis de manière excessive. Je vois des menaces où il n’y a que de l’aide potentielle. De l’aide? Comment est-ce qu’Éric pourrait bien m’aider?

Caroline geignit. Elle comprenait mal pourquoi ce genre d’événements la troublait autant. Quoiqu’il en fût, Éric l’avait profondément ébranlée par son choix de mots.

La jeune fille s’apprêtait à rentrer dans la pastorale quand elle sentit quelque chose lui chatouiller le bras gauche. Un mince filet de sang coulait sur sa main. Sa plaie s’était rouverte. Brusquement, elle tourna les talons et s’en retourna en direction des toilettes. Du coin de l’œil, elle aperçut Nadine se lever et venir à sa rencontre.

– Caro! Qu’est-ce que tu fais?

– Je dois aller aux toilettes, lui lança Caroline en regardant au-dessus de son épaule. Je vous revois tout à l’heure.

Elle tenait son bras gauche en face d’elle, collée contre son corps afin que personne ne remarque le sang qui tachait sa main. Puis, rapidement, elle s’enferma dans l’un des cabinets de toilette et s’occupa à repanser sa plaie. Pendant qu’elle appliquait un bandage sur sa blessure, Nadine frappa à la porte.

– Caro? Ça va? Éric nous a dit que tu t’étais pratiquement étouffée avec ton sandwich et puisque tu prenais un peu de temps à revenir, j’ai décidé d’aller voir si tu étais correcte. Dis-moi, ça va?

– Oui, oui. Le sandwich, ça va. J’ai soudainement eu un appel de la nature, le genre que tu ne peux faire attendre.

Nadine éclata de rire.

– D’accord, on se revoit tout à l’heure.

Caroline réalisa qu’elle avait retenu sa respiration lors de sa conversation avec Nadine. Elle prit une grande bouffée d’air et ferma les yeux. Quel genre de vie était-ce que de se cacher à tout bout de champ de tout le monde afin de se couper et de n’avoir aucun ami à qui faire confiance? Elle se mordit les lèvres et une larme coula le long de sa joue. Elle finirait par craquer un jour. Et qu’arriverait-il alors?



Mélissa se séchait les cheveux en fredonnant des chansons d’enfance quand Éric vint la rejoindre dans sa chambre. Il se coucha sur le lit de sa sœur et croisa ses bras derrière sa tête.

– Qu’est-ce que tu fais là, toi? demanda Mélissa en haussant un sourcil.

– Caroline Lapointe, dit-il en toisant l’affiche de l’acteur canadien Hayden Christensen. C’est étrange ce qui s’est passé ce midi à la pastorale.

– Que vois-tu de bizarre là-dedans? Elle s’est étouffée, voilà!

– Non, il y a plus… More than meets the eye, ajouta-t-il énigmatiquement.

Mélissa observa le visage son frère, tentant en vain de le déchiffrer.

– Tu sais, continua-t-il lentement, ce n’est peut-être rien, mais elle s’est étouffée juste après que j’aie dit : « Tu n’as pas l’air d’une fille qui a peur de retrousser ses manches. »
Mélissa s’accouda au bord de sa fenêtre. Ses yeux ne voyaient rien pourtant. Elle était trop préoccupée par le sort de son amie.

– Et alors? demanda Mélissa qui ne voyait pas où son frère voulait en venir.

– Et bien, ce n’est qu’une impression, je crois que ses bras sont les clés qui nous permettront de percer son mystère.

Mélissa fit volte-face, le visage écarlate, les poings sur les hanches.

– Est-ce que tu insinues que Caroline s’injecte de l’héroïne? vociféra Mélissa. T’essaies de dire que c’est une petite droguée? Car si c’est ça, tu vas recevoir mon pied où je le pense et trois fois plutôt qu’une!

Pendant un instant, les yeux d’Éric s’apparentaient à des soucoupes. Il eut vite fait de regagner son calme habituel.

– Non, non et non. L’idée ne m’a jamais traversé l’esprit. C’est quelque chose d’autre… Je ne sais pas quoi… Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

Mélissa foudroya son frère du regard. Peu à peu, la colère quitta sa figure. Elle s’assit sur son lit, aux côtés de son frère.

– Pardonne-moi, mais je veux vraiment aider Caroline. C’est bizarre… Mais je sens qu’elle a besoin de toute l’aide que l’on peut lui apporter.

– Ne t’inquiète pas, sœurette, répondit Éric. On va bien trouver.

Mélissa poussa un long soupir. Une partie d’elle hésitait à percer le secret de Caroline. Qui savait ce qu’elle y trouverait?

12/11/2006

The Survivor!

I SURVIVED! W00T!

Les dieux de la physique ont eu pitié de ma pôvre petite personne et m'ont fait grâce d'un examen simple et tout à fait dans la portée de mes capacités. Quel soulagement! Tout de même, ne me parlez plus d'astrophysique pour un petit bout.

Dans un autre ordre d'idées, j'ai ENFIN terminé mes cours de conduite sur la route! Ça veut dire que je peux faire l'examen pour obtenir mon permis probatoire. Ça m'a pris 5 ans avant de me décider à obtenir mon permis d'apprenti, puis un an complet avant de terminer mes cours sur la route. Je vais essayer de faire mon examen en janvier afin de mettre tout ça derrière moi. Après tout, ce n'est pas comme si j'avais besoin de mon permis de conduire. Le transport en commun et ma petite maman me suffisent amplement pour l'instant. J'avoue que ce sera pratique en cas d'urgence... ou en cas de rendez-vous romantique! :p Hi hi!

~Marc

12/10/2006

Iceberg droit devant!

Bon, quand j'aurai coulé mon cours d'Astrophysique, je n'aurai pas à chercher pourquoi. Je n'arrive tout simplement pas à étudier! Je n'ai AUCUNE motivation pour ce cours. J'ai perdu mon temps toute la fin de semaine en lisant mes notes en diagonale. Émilie avait raison: ce cours est TELLEMENT plate. Beûrk. J'ai assez hâte à demain après-midi, quand astro ne sera plus qu'un mauvais souvenir. SVP, ne me parlez plus jamais du théorème virial, des supernovae, de la masse de Chandrasekhar et de la luminosité d'Eddington, j'en ai plein mon casque.

~Marc
(a la tête dans les étoiles alors qu'il voudrait plutôt l'avoir dans le sol)

12/07/2006

WOUHOU!!!

Aki Shimazaki a sorti un nouveau roman, Mitsuba! Hourra! Je l'ai mis sur ma liste de Noël et là, j'ai vraiment très hâte de le lire!

Aki Shimazaki, c'est mon auteure préférée tout juste après Jacques Poulin. Lisez ses livres, ce sont de véritables délices!

~Marc
(tout excité!)

12/06/2006

The plot thickens!

J'ai repris goût à mettre mon histoire en ligne. J'imagine que ça paraît puisque j'ai mis 3 chapitres en ligne en quelques jours seulement. J'espère que vous continuez d'apprécier. Ça fait étrange de relire cette histoire. Ça faisait une éternité que je l'avais lue et... je l'avoue, j'en avais oublié plusieurs bouts!

Je me souviens que j'étais bien fier de moi quand j'écrivais ces chapitres. J'aimais bien le petit suspense que je créais à la fin de chaque chapitre. Le changement inattendu de perspective (de Caroline à Mélissa) me plaisait beaucoup également.

Mais est-ce que le suspense fonctionne vraiment? Vous doutez-vous de ce qui va se passer à la fin? Avez-vous des idées?

Bref. Il ne reste plus que 4 chapitres et une épilogue à poster. Je viens de les relire en diagonale. Décidément, je me demande comment j'ai fait pour écrire ça. Je ne crois pas que je serais capable de répéter cet exploit.

Stigmates: chapitre 9

– Caroline! Attends-moi, voyons!

Caroline hésita. Elle avait feint un malaise toute la journée afin de se tenir à l’écart de ses amies. Elle ne possédait pas la force de les affronter après les événements de vendredi soir. De plus, elle se rendait compte qu’elle dépendait de plus en plus de ses amies. Elle devait à tout prix y remédier. Elle s’était trop rapprochée de Mélissa, Nadine et Maria. Rien de bon ne pouvait résulter de ceci. Comme elle le savait trop bien, elle n’avait pas sa place parmi les gens normaux. Ainsi, elle essayait de les éviter. Toutefois, elle ne pourrait s’en éloigner encore longtemps. Puisqu’elle ne voyait pas d’alternative, elle se retourna et patienta le temps que Mélissa l’ait rejointe avant de se remettre en route.

Mélissa, trimbalant son sac à dos sur son épaule droite, lui sourit. Elle passa une main dans son épaisse chevelure châtaigne.

– Écoute, je veux te parler un peu. Tu nous as évitées toute la fin de semaine ainsi que toute la journée à l’école. Là, tu ne m’échapperas pas!

Caroline tenta de sourire, mais le résultat s’apparentait plus à une grimace qu’à toute autre chose.

– D’accord, mais je ne prends pas l’autobus ce soir. Je dois aller au centre d’achat.

– Ça fait mon affaire, répondit Mélissa. Je dois y rejoindre Éric à cinq heures. On doit acheter un cadeau d’anniversaire de mariage à nos parents.

Les deux camarades se mirent en route vers le centre commercial. Elles marchèrent longuement en silence. Leur longue chevelure dansait dans le vent frais d’automne qui faisait tourbillonner les feuilles multicolores. Dans le ciel, on entendait les a-honk graves et hink aigus d’un vol de bernaches qui entreprenaient leur migration vers le sud.

– Y a-t-il plus belle saison que l’automne?

– Oui, répliqua tout simplement Caroline, affichant, malgré elle une esquisse d’un sourire.

Mélissa laissa entendre un rire mélodieux.

– Bon, je vois que tu vas déjà mieux, ma chère Caro.

Caroline ne pouvait nier ce fait. Encore une fois, elle fut étonnée de l’effet que Mélissa pouvait produire sur elle. Puis, elle repensa à vendredi soir. L’amertume s’empara d’elle de nouveau.

– Mélissa, je… je suis tellement désolée pour ce qui s’est passé vendredi soir, commença lentement Caroline. Je ne voulais pas vous humilier devant le gars. Pardonnez-moi…

Caroline baissa les yeux lorsqu’elle prononça ces paroles. Ainsi, elle était inconsciente du regard de Mélissa qui tentait de la déchiffrer. Caroline interpréta le silence de son amie comme un reproche.

– Tu sais, je comprends si vous ne voulez plus vous tenir avec moi, continua-t-elle, embarrassée et troublée. Je voulais seulement vous faire savoir que j’étais désolée…

Caroline jeta un coup d’œil furtif à sa camarade. Mélissa fronçait les sourcils. Une vague de culpabilité et de haine envers elle-même menacèrent d’emporter Caroline.

– Attends un peu, Caro, entama Mélissa d’une voix dure. Tu veux qu’on te pardonne pour ce que tu as fait? Premièrement, veux-tu bien me dire qu’est-ce que tu as fait?

– Tu le sais très bien… Je vous ai humiliées, Maria, Nadine et toi, au Tribe lorsque le gars m’a invitée à danser et que j’ai… j’ai capoté.

– Tu ne nous as jamais fait honte, Caroline! Tu es notre amie et on t’aime comme tu es. T’as le droit de refuser une danse à un inconnu. Comme tu as le droit de ne pas te sentir à l’aise avec les garçons. Même si Nadine et Maria parlent souvent de gars et tout et tout, ça ne te force pas non plus à vouloir un petit copain… Regarde-moi, je ne suis pas très à l’aise avec les gars non plus… même si je les taquine assez souvent… Ce n’est qu’un masque.

– Mais… J’ai gâché votre soirée… Vous n’auriez pas dû m’inviter.

Mélissa s’arrêta, planta ses poings sur ses hanches et regarda fermement Caroline.

– Caro, t’es notre amie et on te voulait avec nous. Tu ne peux rien y changer. Et puis, après tout, ce n’est qu’à cause d’un petit accident qui n’était aucunement de ta faute que nous avons dû revenir.

– D’accord… T’as raison… Pardonne-moi pour ce que j’ai dit…

Le visage de Mélissa s’attendrit et elle sourit affectueusement à son amie.

– Tu n’as pas besoin de demander pardon. Tout d’abord, tu n’as rien fait de mauvais. Ensuite, des amis, ça pardonne inconditionnellement.

Mélissa pinça la joue de son amie.

– Allez, dit-elle avec entrain, tu n’as rien à te reprocher.

C’est ce que tu crois? pensa Caroline. Tu ne dis cela que pour me faire plaisir… Je sais que tout est de ma faute… Tout l’a toujours été…

Les deux adolescentes se remirent en route pour le centre d’achat. Mélissa essayait de changer les idées de Caroline qui, elle-même, tentait de cacher sa mélancolie à son amie.
Mélissa avait dit que ce n’était qu’à cause d’un malencontreux accident qu’elles avaient quitté la discothèque. Elle ne se serait jamais douté que c’était Caroline elle-même qui s’était infligée volontairement cette blessure. Donc, c’était vraiment Caroline qui avait gâché leur soirée. L’adolescente se lança silencieusement un chapelet d’injures à la tête.

Une fois au centre commercial, les deux amies se promenèrent de magasin en magasin, discutant de ce qu’elles y trouvaient. Caroline tenait toutefois Mélissa à l’écart des magasins de vêtements. C’était trop dangereux pour y entrer. Mélissa aurait pu lui demander gentiment et poliment d’essayer une de ces petites chemises révélatrices à manches courtes. À cette demande, Caroline n’aurait pu trouver d’excuse valable et aurait été forcée de dévoiler ses nombreuses cicatrices. D’accord, ça ne se serait jamais produit de cette façon, mais quelque scénario équivalent se serait certainement déroulé. Caroline ne pouvait supporter ces pensées. Ses cicatrices menaient directement à son secret. Toutes ces entailles et coupures, elles conduiraient quiconque en apprenait l’existence à la conclusion que Caroline en avait elle-même tirée : elle était terriblement folle.

Les deux adolescentes observaient de petits chatons s’amuser ensemble au travers de la vitrine d’une animalerie quand un garçon se glissa à leurs côtés.

– Mignons, n’est-ce pas?

Mélissa et Caroline sursautèrent au son de la voix. Puis, Mélissa éclata de rire.

– Salut, frérot! Je suis désolée, est-il déjà cinq heures? Je n’ai pas vu le temps filer.

– C’est correct. Je suis en avance.

Caroline salua Éric en souriant timidement. Il ne lui rendit qu’une mince ébauche d’un sourire.
Frère et sœur se mirent à discuter ensemble et Caroline les écouta distraitement. La jeune fille étudiait Éric. Étrangement, il la mettait moins mal à l’aise qu’à l’habitude. Peut-être était-ce dû à sa personnalité si différente lorsqu’il était en présence de sa sœur? Il semblait relativement agréable lorsqu’il bavardait ainsi avec sa sœur. Toutefois, avec les autres étudiants, Éric était sombre et sérieux. Il ne possédait qu’un très petit cercle d’amis intimes. En dehors de ces derniers, il n’adressait la parole qu’à peu d’autres personnes de l’école. Un jour, Caroline se disait, elle devrait questionner Mélissa à propos de son drôle de frère.
Les trois amis visitèrent encore quelques boutiques avant de se séparer.

Par la suite, Caroline se trouva seule de nouveau. Elle acheta ce qu’elle était venue chercher, mais avant peu, la solitude pesa trop fortement sur elle et la jeune fille en transe se retira aux toilettes publiques, tout en farfouillant dans sa petite bourse à la recherche de ses petits ciseaux.



– Tu crois qu’ils vont apprécier? demandait Éric à sa sœur.

– Bien sûr! C’est tellement beau! Et puis –

Mélissa oublia ce qu’elle allait dire. Assise avec son frère à une table de la foire alimentaire du centre commercial, elle venait d’apercevoir Caroline se diriger vers les salles de toilettes. En soi, ce geste n’était nullement étrange. Ce qui intriguait la jeune fille, c’était ce regard vide qu’elle avait remarqué chez son amie. Caroline avait affiché un visage complètement dépouillé de toute émotion. Mélissa avait la curieuse impression d’avoir aperçu une marionnette vivante.

– Qu’est-ce qu’il y a, Mél?

Mélissa secoua la tête.

– Rien… Ça va.

Elle continuait la discussion avec son frère lorsqu’elle aperçut Caroline sortir de la salle des toilettes. Cette fois, son amie semblait calme, sereine. Cependant, il y avait quelque chose d’étrange dans tout cela. C’était un élément insaisissable sur lequel Mélissa n’arrivait pas à mettre le doigt. Tout ceci ne faisait que renforcer le sentiment que son amie nécessitait une aide immédiate.

Mélissa se mordit les lèvres. Éric la regardait patiemment, attendant qu’elle prononce les premiers mots.

– Vois-tu, commença-t-elle après un long moment de réflexion, je m’inquiète sérieusement pour Caroline. Quelque chose ne va pas chez elle. Je n’ai aucune idée de ce que cela peut être… Je n’ai qu’une curieuse impression qu’elle nous cache quelque chose d’important. Elle garde un secret. Tu sais, elle n’est pas du genre à sortir et elle est très discrète… trop discrète, même.

– Tu crois qu’elle a des problèmes familiaux?

– Je n'en sais rien… J’espère de tout mon cœur que ce n’est pas le cas, mais tu t’y connais mieux que moi là dedans.

– Je ne peux rien affirmer pour le moment. Je ne la connais pas du tout, Caroline. Cependant, t’as piqué ma curiosité. Peut-être qu’à deux, on a une meilleure chance de percer son secret? Toutefois, tu me connais…

– Ouais, je sais… Et si Caroline ne m’a rien dévoilé, elle ne te dévoilera jamais quoi que ce soit. En plus, t’es un gars et je sais qu’ils la rendent mal à l’aise. Mais j’apprécie ton aide.

– Je vais faire ce que je fais le mieux : observer et analyser.

– Merci.

Mélissa serra la main de son frère. Bien sûr, la jeune fille avait longuement discuté de ces choses avec Nadine et Maria, mais elles n’avaient pu tirer aucune conclusion des comportements de Caroline. Elles se préoccupaient du sort de leur amie et c’est ainsi que Mélissa avait pensé à son frère. Les nombreuses lectures de ce dernier l’aideraient sûrement à découvrir quelque chose. Puis, il avait un talent exceptionnel d’observation et d’analyse, comme il l’avait dit.

L’adolescente regarda son frère en silence. Pourrait-il l’aider à percer le mystère de Caroline Lapoine?

Lu dans les toilettes

Dans les toilettes des hommes à Carleton, il y a un petit papier collé à l'intérieur de la porte des cabines. On y voit un dessin d'un crayon aux côtés du dessin d'une femme. Sous ces deux images, on peut lire le message suivant:

Guys, we fuckin' need to remember the difference between the two.
There is no excuse for sexual assault or any other forms of sexism.

Très bien dit.

~Marc

12/03/2006

Stigmates: chapitre 8

Ce fut à la lumière de doux rayons de soleil que Caroline se réveilla le lendemain matin. La jeune fille paressa pendant de longues minutes. Son lit douillet la retenait et elle n’avait aucunement l’intention d’échapper à la chaude étreinte de ce dernier. Au rez-de-chaussée, elle discernait des fragments de conversation de ses parents qui, à en juger par le bruit des ustensiles contre les casseroles et assiettes, déjeunaient. Malgré les complaintes constantes de son estomac, l’idée de quelques heures de plus de sommeil était trop alléchante pour la refuser.

La jeune fille tira les couvertures jusqu’à son menton. Subitement, elle ouvrit grand les yeux et s’assit dans son lit. Il y avait un pansement à l’intérieur de sa main gauche. Elle le regardait en fronçant les sourcils quand elle se rappela les événements de la veille.

– Ce n’était donc pas un cauchemar, murmura-t-elle.

Elle se laissa tomber à la renverse. Ses yeux fixaient le plafond, mais elle ne voyait rien. Quelle soirée avait-ce été! En revoyant le garçon de l’agora, une crise s’était déclenchée. Qu’est-ce que ses amies penseraient d’elle? Qu’elle était folle, à coup sûr. Et probablement aussi qu’elle était une fille stupide qui a peur de danser avec un joli garçon. Ses amies lui en voudraient de les avoir humiliées ainsi devant le gars de l’agora. Comment pourrait-elle les regarder à nouveau dans les yeux devant les réprimandes muettes qu’elles exprimeraient dans leur regard? L’adolescente fut prise d’une soudaine envie de téléphoner à ses camarades, de leur demander pardon pour l’idiote qu’elle avait été la veille, mais elle était terrifiée de leur réaction. À quoi bon? pensa-t-elle. Elles ne m’inviteront tout simplement pas à sortir de nouveau avec elles.

Caroline ferma les yeux. Elle se détestait. Tout ce qu’elle entreprenait se soldait par un échec, sinon au sens propre du terme, du moins à ses yeux : ses relations interpersonnelles, ses travaux scolaires, ses projets. Quelques fois, Caroline songeait au suicide. Elle caressait l’idée pendant quelques minutes, examinant ses poignets, se disant qu’il ne suffirait que de faire deux entailles à ces endroits et tout serait terminé rapidement. Cependant, la peur la gagnait à ces seules pensées et elle avait vite fait de les chasser de son esprit.

Quand elle ne put plus supporter ces sinistres idées, elle bondit hors de son lit. Elle s’habilla en vitesse et rejoignit ses parents à la salle à manger. L’adolescente était prête à tout pour se changer les idées.

Rock était absorbé dans la lecture de son journal et ne se dérangea point lorsque sa fille s’assit en face de lui.

– Salut, papa. Salut, maman.

Son père lui lança une salutation matinale de l’autre côté de son journal et continua paisiblement sa lecture. Jessica, pour sa part, prit un plus grand intérêt pour sa fille.

– Alors, as-tu passé une belle soirée au cinéma? demanda sa mère.

– Oui, c’était très agréable, mentit-elle.

Jessica déposa une assiette comportant deux généreuses crêpes arrosées de succulent sirop d’érable. Les gargouillis de son estomac vide transformèrent ce déjeuner banal en un véritable festin de roi. Ses papilles gustatives jubilèrent d’anticipation. La petite créature qu’était Caroline se métamorphosa en ogre le temps de son déjeuner, fourrant d’énormes bouchées de son repas dans son petit orifice buccal. Elle avait dépensé beaucoup d’énergie la veille et son corps réclamait son dû.

– Tiens, qu’est-ce que c’est que cela? demanda soudainement Jessica à sa fille.

Jessica pointait le pansement dans la main gauche de Caroline. Caroline ne broncha point. Elle avait déjà préparé sa réponse.

– Oh! Ce n’est rien. Mes amies et moi avions décidé de faire une petite course. J’ai trébuché et me suis coupé la main sur un morceau de verre. Ne t’inquiète pas, j’ai désinfecté la plaie.

– Folies de jeunesse! Tu ne devrais pas t’exciter comme ça, lui réprimanda sa mère.

– Je suis désolée, maman…

La mine de Jessica s’assombrit. Elle se tut et se retira au salon.

Bravo! Tu as encore gaffé! Comment te sens-tu maintenant? Misérable, voilà comment elle se sentait. Caroline ne saisissait pas ce qui avait bien pu faire réagir sa mère comme elle l’avait fait, mais elle savait que c’était de sa faute. Caroline soupira et tenta de converser avec son père.

– Alors, tout va bien au travail?

Tout de suite, elle regretta d’avoir adressé la parole à son père.

– Oui, mais je suis un peu déçu du milieu, dit-il, toujours caché derrière son journal. On ne reconnaît pas mes compétences à leur juste valeur. Je me sens délaissé…
Pour des raisons qu’elle ne put discerner que beaucoup plus tard, ces mots déclenchèrent une crise chez elle. Rock se plaignait inlassablement de sa situation professionnelle, mais sa voix était réduite à un sourd bourdonnement dans la tête à Caroline.

– Je dois aller faire mes devoirs, interrompit Caroline.

Son père abaissa son journal et regarda sa fille en levant un sourcil.

– Ça va?

– Oui.

Il plissa les yeux et l’observa s’éloigner.

Les ados, pensa-t-il.

Puis, il replongea dans sa lecture.

Caroline se rendit à sa chambre, ferma la porte derrière elle et sortit son canif de sa cachette. Elle s’apprêtait à relever sa manche et à se soulager de ce qu’elle vivait lorsqu’elle entendit sa mère lui demander de prendre le téléphone. La partie consciente de Caroline s’observa décrocher le combiné.

– Oui?

Sa voix sonnait creuse, vide. Elle était dépourvue de toute trace d’émotion quelconque.

– Caroline?

C’était Mélissa. Elle semblait inquiète.

– Ça va, Caroline? Tu me sembles… bizarre.

– Non, ça va. Tout va bien. Mais je ne peux pas te parler tout de suite. Je te rappelle plus tard.

– Non, attends! Ça ne va pas du tout, hein? Qu’est-ce que t’as? Est-ce que tu es là?

– Je vais te rappeler.

Et sur ce, Caroline raccrocha. Elle n’en pouvait plus d’attendre. Elle reprit son canif et
s’administra sa médecine. Comme à l’habitude, le calme s’installa. Par la suite, elle pratiqua son petit rituel habituel : nettoyage de la plaie et du canif, bandage de la plaie si besoin est, etc.

Lorsqu’elle eut terminé, son esprit était trop engourdi pour rappeler Mélissa. Aussi, elle se coucha sur son lit et s’assoupit immédiatement.



Sourcils froncés, Mélissa Lacroix regardait le combiné du téléphone qu’elle tenait dans sa main gauche. Elle le déposa et s’assit lentement dans le grand fauteuil du salon tout en laissant s’échapper un long soupir. Elle était très préoccupée. Les événements de la veille la troublaient. Comment pouvait-elle chasser de sa tête la vision de la main ensanglantée de son amie? Bien sûr, tout cela n’avait été qu’un méprisable accident, comme leur avait expliqué Caroline, mais l’image subsistait dans l’esprit de Mélissa. Caroline, par nature, était timide et peu bavarde. Mélissa respectait ce côté de Caroline et c’est ainsi qu’elle n’en savait que très peu sur son amie. Cette dernière ne parlait pratiquement jamais de ses parents, de son ancienne vie ou d’elle-même. Toutefois, elle était toujours très enjouée d’entendre les histoires que ses amies avaient à raconter. Mélissa connaissait ce genre de personnes. Caroline cachait quelque chose. Un secret. Mais lequel? L’adolescente se triturait les méninges. Qu’était-ce? Et qu’est-ce qui la motivait à garder cette chose secrète? Bien sûr, cela ne faisait que quelques semaines que Caroline et elle se connaissaient, et il était tout à fait compréhensible que Caroline ne souhaite pas se confier tout de suite à Mélissa. Cependant, tout cela avait piqué la curiosité de Mélissa et elle devait maintenant aller au bout des choses.

Elle poussa un autre soupir. Elle devait être prudente. Elle voyait bien qu’on ne devait pas trop pousser Caroline Lapointe. De plus, la curiosité n’avait-elle pas tué le chat? Donc, elle attendrait que le moment soit juste. Elle patienterait jusqu’à ce que Caroline soit suffisamment à l’aise pour lui livrer ses secrets. Enfin, elle pourrait aider son amie. C’était tout ce qu’elle désirait vraiment : aider cette pauvre âme qu’elle savait en détresse.